Hommage - Coluche, le motard qui réalisa ses rêves

Généreux, libre et provocateur : Coluche était foncièrement motard. Ce 19 juin marque le 30e anniversaire de sa mort, survenue alors qu'il faisait ce qu'il aimait le plus : de la moto avec son groupe de copains. Tout simplement.

La moto lui a coûté la vie, après lui avoir fait vivre les émotions les plus fortes et avoir accompagné son quotidien depuis toujours. Depuis la Terrot 175cc de son oncle sur laquelle on l'assoit enfant, puis les rues qu'il avale au guidon de sa Suzuki 50 pour livrer les fleurs que vend sa mère, jusqu'à cette route du sud où il balade sa Honda VF1100C en ce 19 juin 1986, en passant par l'anneau de Nardo où, neuf mois avant sa mort, il établit un record de vitesse.

Avant de devenir Coluche, Michel Colucci est un petit gars de Montrouge, contraint de fantasmer à défaut de pouvoir se payer ses rêves. À partir de l'âge de 15 ans, il multiplie les escapades avec son ami - et futur beau-frère - René Metge pour se rendre à 25 km de là, à Montlhéry. Un nouveau monde s'ouvre à lui dans l'ambiance du circuit, où il fréquente d'autres mordus, et notamment certains qui, eux, iront au bout de ce rêve en devenant pilotes, à l'image de Jean Auréal.

Et puis, il côtoie surtout Georges Monneret, "Jojo la moto", un personnage comme on n'en fait plus, une figure du milieu qui en impose et que Coluche est autorisé à discrètement - et timidement - accompagner. On l'autorise à faire chauffer une moto ou à accompagner la bande lors d'une participation aux 24 Heures du Mans. Il observe, apprend et savoure le simple fait d'en être. Il gardera de cette époque le souvenir d'une ambiance, d'un état d'esprit, et une admiration sans borne pour celui qui, tous les dimanches ou presque, battait des records à la pelle.

Des rêves qui se concrétisent

Il a beau avoir très tôt renoncé à devenir pilote, réaliste quant à son niveau, la moto continue à faire partie intégrante de sa vie lorsqu'il réalise un autre rêve, celui de devenir artiste. Elle constitue alors un refuge autant qu'un ancrage dans ces plaisirs jamais oubliés, ceux de la jeunesse. Motard au quotidien, il est d'après ses amis du milieu le plus prudent et le plus craintif qui soit, et on ne lui connaît qu'un seul petit accident… avec un assureur, ça ne s'invente pas !

"La moto, c'était son univers personnel", raconte Érick Courly, l'un de ses proches amis et co-auteur du Dossier Michel Vaillant qui lui est consacré. "Univers de rêve et univers quotidien puisqu'il se déplaçait pratiquement chaque jour à moto, sans se poser la moindre question. Il prenait un grand plaisir à essayer des bécanes, dès qu'il en avait l'occasion."

La notoriété change radicalement sa vie ainsi que sa manière de vivre la moto. Désormais il peut se payer ses rêves et il ne s'en prive pas. Si une moto lui plaît, il l'achète. Il en offre aussi parfois au groupe d'amis motards qu'il s'est constitué et ne rechigne jamais à faire un tour de périph. "Attention, Coluche n'était ni fin technicien, ni pilote hors pair, par contre il était assoiffé de belles mécaniques, de découvertes et d'expériences dans ce domaine", raconte un autre proche, Bruno Gillet.

Et puis son succès lui ouvre des portes et lui permet d'approcher des pilotes à qui il voue un respect inconditionnel. "Il adorait les circuits, l'ambiance des courses, et appréciait de pouvoir parler aux pilotes, qu'il admirait particulièrement. Je crois qu'il nourrissait, au fond de lui, le rêve d'être l'un d'eux", témoigne Érick Courly.

C'est ainsi qu'il monte à bord du side-car d'Alain Michel (futur Champion du monde de la discipline), ou qu'il teste en 1983 la Honda 500 RS de Raymond Roche. Une expérience exceptionnelle, qu'il commentera avec autant de passion que de gouaille : "La 500, c'est pas tellement qu'elle fait 300 à l'heure, c'est qu'elle y va très vite. C'est pas tellement la vitesse qu'elle atteint, c'est la vitesse avec laquelle elle va à la vitesse."

À la même époque, ses amis sont témoins de sa belle rencontre avec Freddie Spencer, qu'il croise d'abord lors d'un Grand Prix de France, dépassant la timidité que lui inspire le champion pour aller le saluer. Plaisir ultime d'une star qui redevient petit garçon face à ses idoles, l'Américain le reconnait quelques mois plus tard alors que Coluche a fait le voyage pour Daytona et assiste, en parfait touriste - bermuda, casquette, sac banane et appareil autour du cou - à la semaine de la moto, rendez-vous incontournable du passionné qu'il est.

À jamais dans le livre des records

Son goût des sports mécaniques le pousse à participer à quelques courses de stock-car pour la blague - en Lada rose - mais sa passion viscérale pour la moto le mène bien plus loin : il tente, en 1985, de battre un record de vitesse à moto.

Si ses moyens matériels lui permettent d'assouvir sa passion, il en faut bien plus que cela pour le mener à relever ce défi fou. Il faut une vraie philosophie de vie, la richesse de savoir vivre en toute liberté : Coluche n'a jamais oublié ses rêves d'enfant et il tente de les réaliser, il fait ce qu'il a envie de faire, sans penser à l'image qu'il renvoie. "Chacune de ses actions transpirait le plus total désintéressement", témoigne Érick Courly, ce que confirme une première tentative de record organisée sans médias - et finalement avortée sur casse mécanique.

La deuxième tentative est la bonne : le 29 septembre 1985 (le jour de la St Michel, ça non plus ça ne s'invente pas), il bat le record de vitesse moto du kilomètre lancé, en 252,087 km/h, une vitesse moyenne réalisée sur la base d'un aller-retour sur un kilomètre, délimité par deux radars. Il se trouve alors sur l'anneau de Nardo, un ovale bordé par un rail d'acier et balayé de rafales de vent : cette fois, oui, il prend de véritables risques, mais la passion qui le pousse à relever ce défi va bien au-delà de la raison. Au guidon d'une Yamaha 750 OW31, un quatre-cylindres deux-temps ayant anciennement appartenu à Patrick Pons, il n'est pas peu fier d'inscrire son nom dans les tablettes officielles du sport moto, "une façon de rejoindre, à sa manière, ses rêves de môme" selon Érick Courly, qui a vécu ce record à ses côtés.

Neuf mois plus tard, Coluche est tué dans un accident de la route. Et contrairement au raccourci rapidement opéré à l'époque du fait de ce récent record, il sera démontré que la vitesse n'était en rien impliquée dans le drame. Coluche n'était pas pilote, c'était un motard du quotidien qui vivait sa passion autant qu'il le pouvait et qui, surtout, prenait plaisir à la partager. "La moto était pour lui une façon de vivre, de communiquer. Une liberté d'action et de mouvement, loin des contraintes de son quotidien d'amuseur public", résume Érick Courly.

Généreux et insoumis, Coluche était l'essence même du motard et les valeurs qui sont restées associées à son image continuent d'en attester, trente ans après sa mort.

Le Dossier Michel Vaillant consacré à Coluche<br/><br/>Michel Vaillant - Dossiers par Chimits, Courly, Froissart, Gillet, Graton (Jean), Graton (Philippe) Studio Graton Van den Abeele © Dupuis 2016
Dossier Michel Vaillant - Coluche (nouvelle édition) © Dupuis 2016

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A propos de cet article
Séries Bike , MotoGP
Type d'article Contenu spécial
Tags coluche, histoire, hommage