Peterhansel : "La motivation, je ne me pose même pas la question !"

Stéphane Peterhansel va s'aligner sur un nouveau Dakar en janvier prochain, avec plus que jamais le statut d'homme à battre.

À 52 ans, Stéphane Peterhansel va disputer en janvier prochain à son 29e Dakar, le 19e dans la catégorie auto. Le Français, devenu maître de l'épreuve avec pas moins de 13 succès acquis – six en moto, sept en auto – et double tenant du titre, va donc remettre en jeu une fois de plus sa couronne pour ce qui constituera la 40e édition de la classique du rallye-raid, ainsi que la dernière du programme DKR de Peugeot.

L'occasion d'aborder avec lui, avant le grand départ pour l'Amérique du Sud, et plus précisément Lima, qui marque le retour du Pérou sur le parcours de l'épreuve pour la première fois depuis 2013, plusieurs facettes de celui qui est devenu au fil des ans "Monsieur Dakar". 

Comment un homme au palmarès aussi fourni peut-il encore entretenir la flamme de la compétition et prendre tous les risques dans l'une des épreuves les plus dangereuses et exigeantes au monde ? Quelle part joue l'expérience dans la réussite d'un engagement sur le Dakar ? Quels sont ses souvenirs les plus frappants ? Autant de question que Motorsport.com a posé au pilote Peugeot pour tenter de mieux comprendre ce qui anime le pilote Peugeot.

Parlons de la préparation physique et mentale. Outre les rallye-raid de mise en bouche avant le Dakar, à quoi ressemble une semaine type de Stéphane Peterhansel ? Quel type d’exercice pratiques-tu pour te maintenir alerte ?

Il y a quand même l’objectif principal qui est le Dakar, au mois de janvier. Il y a des mois, juste après le Dakar, je dirais les six qui suivent, qui sont un entretien de la condition physique, qui passe par des sports d’endurance, mais pas à outrance.

Et depuis des années, je recommence l’entrainement physique en septembre : c’est donc beaucoup à base de vélo, que ce soit de vélo de route ou du VTT ; un peu de course à pied, mais ça devient de plus en plus difficile avec les genoux qui sont pétés ! Et de tous ces sports, je privilégie le VTT, qui te fait du cardio et du physique, mais qui t’oblige aussi à rester concentré comme dans le pilotage.

Nous on habite à la montagne, donc tu roules dans des pentes hyper abruptes, où tu dois éviter les racines, les rochers. Donc en plus du travail sur le côté cardio, tu travailles sur la vision, l’analyse de la trajectoire, et c’est la base de mon entraînement. Après, il y a quand même de la course à pied et de la marche en montagne et d’autres sports pour varier : mais tout mon entrainement est basé sur de l’extérieur, je fais l’intégralité dehors ; pas en salle, j’ai horreur de ça.

#106 Peugeot Sport Peugeot 3008 DKR : Stéphane Peterhansel
 

Est-ce qu'il y a des éléments de préparation qui permettent d’arriver dans un meilleur état physique et mental, à la manière des pilotes de piste qui gardent la main en pratiquant le karting ou des exercices de cardio et réflexologie ?

Oui, alors comme je disais, la réflexologie, je ne le fais pas sur des simulateurs, mais plutôt en naturel avec des VTT ou même en roulant avec ma moto dans les chemins, où tu développes ta vue et tes réflexes.

Après, on a aussi de la préparation à l’altitude, car on est concernés par ça. Et enfin, il faut avoir un régime alimentaire qui te permette de te sentir bien dans ton corps. C’est-à-dire ne pas trop charger en sucres, en gras. Il faut avoir une alimentation la plus saine possible, et ça a de plus en plus d’importance quand tu vieillis et que ton organisme sature de malbouffe pendant des dizaines d’années : je pense que c’est encore plus important de faire attention quand tu es un peu plus vieux.

Tu as participé à ton premier Dakar en 1988, il y a presque 30 ans, et en as remporté 13 éditions. À 52 ans et avec un tel palmarès, où trouve-t-on encore la motivation et l’envie de se lancer dans une nouvelle édition chaque année ?

La motivation, je ne me pose même pas la question ! Ça a toujours été une passion et c’est un vrai plaisir de partir en course surtout quand tu as la chance d’utiliser une voiture comme la 3008 DKR qui est l’aboutissement de tout ce qu’on a fait pendant quatre ans : elle est juste exceptionnelle à conduire.

Le plaisir de pilotage est au plus haut niveau et on a la chance de partir avec l’espoir de pouvoir gagner, donc tout a fait que je n’ai pas besoin de me pousser et de me motiver. C’est justement l’envie de prendre du plaisir, la passion de la compétition et de l’adrénaline qui va avec !

Stéphane Peterhansel
 

Pourquoi voit-on surtout des vétérans prendre le dessus sur la discipline ? Que faut-il dans la panoplie du jeune pilote pour devenir un bon pilote de rallye-raid ?

Il faut un peu de sagesse, un peu de sang-froid, savoir prendre sur soi et ne pas s’enflammer. Et ne pas s’enflammer, ce n’est pas compatible avec les juniors, en général ! Donc, voilà, l’expérience. Le rallye-raid reste une discipline dans laquelle il faut énormément d’expérience et comme je te dis, les jeunes pensent qu’ils ont les capacités en vitesse pure, forcément ; mais ils n’ont pas assez de réflexion en général ou d’analyse de la situation.

Il faut accepter par moments de perdre du temps pour terminer une étape. Si tu n’acceptes pas de perdre du temps, tu insistes dans une connerie qui va tout simplement peut-être te faire abandonner la course. Donc c’est un peu de sagesse.

Sur une si longue carrière, tu t’es fait quelques frayeurs. Est-ce qu'il y a un accident ou un moment en particulier lors duquel tu t’es demandé ce que tu faisais là ? Quelle a été ta plus grande peur ?

Des peurs, je m’en suis fait en moto. Je ne suis pas beaucoup tombé, mais de grosses frayeurs de passer proche de la chute et en sachant que si cette chute était arrivée, je me serais forcément fait mal parce que c’était à haute vitesse… Donc des peurs à retardement. Après, ce qui m’a le plus marqué de toute ma carrière sur le Dakar, c’est la mort d’un vieux copain qui avait gagné le Dakar en 1989, Gilles Lalay.

C’était un copain, il était pilote officiel et il est tombé devant moi et s’est tué devant moi [sur un contact avec un véhicule de l’organisation, ndlr] et après cet accident, j’avais envie d’arrêter le Dakar. Pendant plus de six mois, il ne fallait plus m’en parler, je ne voulais plus en entendre parler. Et puis en fait, les mois passant, l’envie d’y retourner est revenue. Mais pendant plus de six mois je me suis dit "qu’est-ce que je fous là, et pourquoi j’y retournerais ? Quel est l’intérêt ?". Il y a eu là un vrai creux dans l’envie de continuer. C’était en 1992.

#106 Peugeot Sport Peugeot 3008 DKR: Stéphane Peterhansel, Jean-Paul Cottret
 

Cette appréhension du danger est-elle abordée de la même façon à moto et en auto ?

Non, pas du tout. Là, en moto, comme on le dit, la moindre erreur, tu la paies cash. La moindre erreur de pilotage, tu tombes et en général, quand tu tombes, tu te fais mal. Donc tu as vraiment peur de te faire mal constamment.

Et la preuve, je sais que pendant toute ma carrière moto, tous les matins, à chaque départ de spéciale, j’avais le ventre noué, je n’étais pas bien, à me dire "bon, écoute, là il faut y aller. Aujourd’hui, s’il y a quelqu’un de plus rapide que toi, tu le laisses partir, tu ne t’enflammes pas mais tu ne risques pas ta vie". Et donc tous les matins, j’avais la peur de me faire mal.

En voiture, je n’ai jamais eu la peur de me faire mal. C’est-à-dire que même cinq secondes avant le départ, j’ai encore envie d’y aller, et il n’y a pas du tout la même appréhension avec la voiture qu’avec la moto. Ça n’a rien à voir. C’est bizarre, parce que moi, j’ai ressenti ça comme ça : le danger d’être exposé est là en auto et en moto, mais la sécurité à la fin d’être en voiture ; et Cyril [Despres, son équipier passé lui aussi de la moto à l’auto], qui a fait le même parcours, n’a jamais eu peur de se faire mal à moto.

Et il ne s’est pas fait plus peur que moi non plus, il n’est pas vraiment tombé mais il n’a jamais eu peur de se faire mal. Alors peut-être que j’ai pris la réalité en pleine tête – enfin Cyril aussi – parce que dès que j’ai fait mon premier Dakar, mon coéquipier est tombé et s’est retrouvé tétraplégique ; trois ans plus tard mon meilleur pote se tue… 

Cyril Despres, Stéphane Peterhansel, Peugeot Sport

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