Le circuit de Pau, morceau de bravoure à l'épreuve du temps

Ce week-end va avoir lieu le 75e Grand Prix de Pau, troisième manche du Championnat d'Europe de Formule 3 2016. Comme à son habitude, l'épreuve paloise construit sa réputation grâce à son circuit urbain difficile et relevé. Première partie.

Depuis 1933, le Grand Prix automobile a lieu sur le très relevé Circuit de Pau-Ville, tracé dans les rues du centre de Pau, dans le sud-ouest de la France. Il est l'un des trois seuls circuits urbains français encore en activité dans l'Hexagone avec le Circuit des Remparts d'Angoulême et le tout nouveau Circuit des Invalides, récemment emprunté pour l'ePrix de Paris.

De la Formule 1 hors-championnat jusque dans les années 1960 au WTCC de 2007 à 2009, en passant par la très populaire Formule 3000 qui a donné ses lettres de noblesse au Grand Prix et la F3 qui y roule aujourd'hui, le circuit de Pau a accueilli des championnats divers et variés, y compris des séries amateurs. Encore cette année, l'une des courses annexes était constituée de Renault Twingo spécialement préparées pour la compétition.

Le Grand Prix automobile de Pau constitue, avec son tracé urbain, une véritable porte d'entrée du sport automobile vers le grand public, et vice versa. Il n'est pas rare de voir, dans les tribunes, des familles, des jeunes étudiants ou lycéens qui passent voir les essais du vendredi après les cours. Cette situation a conduit à créer un contexte similaire à celui des 24 Heures du Mans, où certains habitants voient leur quotidien rythmé par le sport automobile. 

Cette ambiance unique a contribué au succès de la course, qui aujourd'hui fait partie des trois épreuves essentielles du calendrier de la Formule 3 avec le Grand Prix de Macao et les Masters de Zandvoort. Ce, malgré le statut particulier de ces dernières (Macao et Zandvoort sont des épreuves indépendantes tandis que Pau dépend du Championnat d'Europe) et les moyens mis à disposition pour l’événement, bien inférieurs à ceux du GP de Macao, qui finance sa course avec les entreprises de casinos.

Un tour sur "Le petit Monaco" 

Dessiné en 1933, le tracé a ensuite été modifié en 1935 et n'a pratiquement pas évolué depuis cette date. Mis à part l'élargissement de la ligne droite principale, ainsi que l'apparition des rails de sécurité, rien n'a changé sur ce tracé. Le circuit, long de 2,760 km (distance relativement courte) possède un important dénivelé et deux parties reconnaissables : 

  • La partie basse du tracé, où est située la ligne droite de départ/arrivée
  • La partie haute, qui contourne l'un des principaux espaces verts de la ville 

Le tour débute par la ligne droite principale. Les stands, situés à l'intérieur du circuit, sont légèrement excentrés par rapport à la grille de départ et longent la première grande courbe du tracé, appelée "courbe des tribunes". En Formule 3, les pilotes n'ont pas besoin de ralentir à l'amorce de cette courbe et se retrouvent ainsi à 225 km/h avant le premier freinage. Les spectateurs sont généralement présents en masse sur ce deuxième virage, appelé "virage de la gare", bordé de tribunes et théâtre de nombreux incidents de courses. 

Après avoir freiné, les pilotes remettent les gaz dès le milieu de la courbe, ce qui leur permet de prendre un bon élan pour la montée qui suit. L'avenue Napoléon Bonaparte, surnommée "montée du casino", est alors avalée à toute vitesse par les pilotes, qui entament ensuite un virage à l'aveugle : le Pont Oscar, qui marque le début de la partie haute du tracé.

Après le virage du Pont Oscar, l'épingle du Lycée constitue le virage le plus serré du tracé, ce qui n'est pas sans rappeler la délicate et étroite épingle de Melco sur le Circuit de Macao. Pour emprunter le virage à une vitesse raisonnable, les pilotes se décalent vers la gauche et ouvrent leur trajectoire. Certaines manœuvres osées de la part de certains pilotes ont obligé la FIA à interdire les dépassements lors du premier tour de chaque course afin d'éviter les carambolages. 

Épingle et chicanes

En Formule Renault, certaines équipes effectuent des changements en profondeur dans leur réglages et n'hésitent pas à déplacer la crémaillère de direction pour faciliter le passage de ce virage à droite, opération qui n'est pas sans risque : les pilotes pourraient en effet perdre du temps dans les virages à gauche. Les pilotes empruntent ensuite la courbe du Casino et enchaînent avec la Courbe du Parc Beaumont, qui contourne cet espace vert du même nom. En monoplace, le passage de ces courbes gauche puis droite en gardant le pied au plancher nécessite un certain courage de la part des pilotes ainsi que des réglages favorisant l'appui aérodynamique. 

La chicane Foch constitue, comme le virage de la gare, l'un des principaux lieux d'animation sur le circuit. La chicane est abordée presque à fond dans certains catégories. À cet endroit, il n'existe qu'une seule trajectoire possible et, bien souvent, sortir de celle-ci est synonyme d'accident et d'abandon. La sortie de la chicane est également délicate, car prise à l'aveugle. 

Alors que la portion de la gare est plutôt consacrée au grand public, les tribunes du secteur Foch sont souvent remplies de spectateurs passionnés habitués de la course depuis longtemps ; certains viennent de toute la France pour assister au Grand Prix. La Descente Poeymirau, dans la foulée de la chicane Foch, constitue le point de retour à la partie basse du tracé avec une série de virages serrés. La dernière chicane, surnommée le "Haricot", en référence à la forme du premier vibreur, est très lente et la sortie s'effectue également à l'aveugle. 

Les pilotes entament alors un long run sans décélérer de la sortie du Haricot jusqu'au premier freinage en passant par la ligne droite de départ/arrivée et la courbe des tribunes. 

Le tracé palois est surnommé "Le petit Monaco". Pau est en effet souvent présenté comme une sorte de version miniature du parcours du rocher pour plusieurs raisons. Tout d'abord, on distingue une partie "haute" et "basse" sur les deux circuits ; il existe par ailleurs une montée qui mène vers un casino avec une courbe qui passe devant ce dernier. De plus, Pau a longtemps accueilli la Formule 3000, antichambre de la Formule 1, et a longtemps servi d'épreuve reine du championnat (les anglais surnommaient l'épreuve béarnaise de "Jewel in the Crown", littéralement le "Joyau de la couronne"). Pau était alors à la F3000 ce que Monaco est à la F1.

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Tags circuit, dossier, histoire, pau, urbain