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Il y a 30 ans - La mort de Didier Pironi
Le 23 août 1987 disparaissait, dans un accident de bateau de compétition, celui qui aurait pu devenir le premier Champion du monde de F1 français : Didier Pironi.
Emmanuel Rolland
Mis à jour: 24 août 2017, 05:24
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Ingénieur de formation, Didier Pironi a intégré l'école de pilotage du circuit Paul Ricard au début des années 70, avant de décrocher le volant Elf en 1972, à tout juste 20 ans. Après avoir brillamment gravi les échelons en monoplace – Champion de France de Formule Renault en 1974, vainqueur du Super Renault Championship en 1976, vainqueur du Grand Prix de Monaco F3 en 1977 -, le Francilien effectuait ses débuts en Grand Prix dès l'année 1978 chez Tyrrell, un rapprochement facilité par les liens existant alors entre l'écurie de Ken Tyrrell et Elf.
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Avec la Tyrrell 008 à moteur Cosworth, Pironi ne disposait certes pas de la machine la plus performante du plateau, mais il sut se faire remarquer avec plusieurs résultats brillants pour sa première saison en F1, notamment deux cinquièmes places à Monaco puis à Hockenheim. Une saison également ponctuée par une victoire aux 24 Heures du Mans avec la Renault Alpine A448B, aux côtés de Jean-Pierre Jaussaud. Ce fut encore mieux l'année suivante, où Pironi décrochait deux podiums au volant de la Tyrrell 009, à Zolder puis lors de la finale à Watkins Glen.

La Renault-Alpine A442B n°2 Renault Sport : Didier Pironi, Jean-Pierre Jaussaud
Photo de: D.R.
Deux saisons qui avaient permis à Didier Pironi de faire sa place en F1, et d'être reconnu par les plus grandes équipes du moment, notamment l'écurie Ligier, qui venait de connaître une saison de haut vol en 1979 où elle avait manqué le titre de peu, et qui fit appel à Pironi pour remplacer Patrick Depailler – parti rejoindre le projet Alfa Romeo – aux côtés de Jacques Laffitte pour la saison 1980.
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Premier succès avec Ligier
La Ligier JS11/15 se montrait rapidement performante, et Didier Pironi signait son premier podium avec les "bleus" dès le troisième Grand Prix de la saison à Kyalami, puis surtout remportait son premier succès en F1 cette même année à Zolder. Mais, contrarié par sa relation électrique avec Guy Ligier, et la place prépondérante de Jacques Laffitte au sein de la structure tricolore, il changeait d'air après une seule saison – à l'issue de laquelle il terminait cinquième du championnat -, et intégrait l'écurie Ferrari pour la saison 1981.

Didier Pironi
Photo de: Jean-Philippe Legrand
Dans l'ombre de Villeneuve en 1981
Au sein de la Scuderia, Didier Pironi retrouvait un Gilles Villeneuve devenu chef de file des "rouges" après le départ de Jody Scheckter fin 1980, une année difficile pour la structure italienne avec la poussive 312T5. Mais Ferrari misait gros sur la saison 1981, qu'elle abordait avec un tout nouveau moteur turbocompressé, suivant ainsi la voie ouverte par Renault depuis quelques saisons. Le travail ne manquait pas à Maranello, mais Enzo Ferrari pouvait compter sur un solide duo de pilotes, très complémentaire, entre le fougueux Villeneuve et le plus posé Pironi.
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Ferrari renouait avec la victoire à Monaco puis à Jarama avec Gilles Villeneuve, à l'issue de deux prestations héroïques du pilote québécois. Pironi, lui, était demeuré quelque peu dans l'ombre de son équipier et désormais ami, ayant essuyé les plâtres en début de saison avec trois abandons successifs lors des trois premiers Grand Prix, et connaissant pour meilleur résultat une quatrième place à Monaco. Le Français entendait bien prendre l'ascendant en 1982.
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La saison 1982 démarrait sous les meilleurs auspices pour Ferrari. Le moteur V6 turbo avait désormais résolu ses problèmes de jeunesse et, avec le duo reconduit Villeneuve / Pironi, la Scuderia pouvait légitimement afficher de hautes ambitions. Dès janvier 1982, Didier Pironi s'imposait encore davantage chez Ferrari et dans le monde de la F1 en menant la fronde des pilotes lors de l'ouverture en Afrique du Sud, à Kyalami, ces derniers menaçant de boycotter l'épreuve pour protester contre les nouvelles clauses de la Superlicence, qui entravaient leur indépendance vis-à-vis de leur équipe.

Didier Pironi, Ferrari 126C2
Photo de: LAT Images
Les frères ennemis
Ce furent pourtant les Renault qui prirent l'avantage lors des premières courses, Alain Prost remportant coup sur coup les Grand Prix d'Afrique du Sud puis du Brésil, avant que Niki Lauda ne signe son retour en F1 après deux ans d'absence avec une victoire à Long Beach.
Chez Ferrari, la frustration montait doucement. Pironi avait dû se contenter d'une lointaine 18e place à Kyalami, avant de se classer sixième au Brésil, et était contraint à l'abandon à Long Beach (tête-à-queue). Ce fut pire encore pour Villeneuve, contraint à l'abandon à Kyalami (turbo) puis au Brésil (sortie de route) avant d'être disqualifié du Grand Prix de Long Beach (irrégularité technique).
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Pironi et Villeneuve fondaient ainsi beaucoup d'espoirs pour le Grand Prix de Saint-Marin où, dans le contexte d'une crise politique arrivée à son paroxysme entre la FISA (l'instance sportive) et la FOCA (l'association des constructeurs), plusieurs écuries, britanniques pour la plupart, décidaient de boycotter l'épreuve. Les Renault et les Ferrari se retrouvaient ainsi dos à dos en Italie.

Didier Pironi et Gilles Villeneuve dans le garage
Photo de: LAT Images
Si les voitures françaises prenaient l'avantage aux essais qualificatifs, René Arnoux signant la pole position devant Alain Prost, les monoplaces de la marque au losange étaient trahies par la mécanique (sixième tour pour Prost, 44e pour Arnoux), laissant les deux pilotes Ferrari seuls en lice pour la victoire.
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Un conflit aux lourdes conséquences
En vue de l'arrivée, Villeneuve et Pironi évoluaient ainsi aux deux premières places, loin devant la Tyrrell de Michele Alboreto, et le directeur de la Scuderia, Marco Piccinini, en profitait pour demander à ses pilotes de geler leurs positions. Pironi n'y vit pas de consigne, et attaquait Villeneuve, les deux hommes entamant un duel fratricide des plus tendus, lequel tournait finalement à l'avantage du Français qui remportait son premier succès de la saison, mais aussi son premier avec l'équipe Ferrari. Quant à Villeneuve, il ne décolérait pas après la manœuvre de son équipier…
La guerre était ainsi déclarée entre les deux pilotes Ferrari, et anciens amis, qui se rendaient coup pour coup lors des essais qualificatifs du Grand Prix suivant, à Zolder (Belgique). Alors que Didier Pironi décrochait la pole provisoire, Villeneuve partait à l'assaut du chrono de son rival dans un dernier effort, mais était victime d'un accident mortel en décollant sur la March de Jochen Mass.

Didier Pironi, Ferrari 126C2 devant Andrea de Cesaris, Alfa Romeo 182
Photo de: LAT Images
Si Pironi ne prenait pas le départ du Grand Prix de Belgique suite à cette tragédie, ses deux podiums successifs (deuxième et troisième) à Monaco et Detroit, puis surtout une nouvelle victoire à Zandvoort, le replaçaient dans la course au titre. Deuxième à Brands Hatch, il s'emparait pour la première fois de la tête du championnat devant John Watson (McLaren), avant de creuser un peu plus l'écart sur le Britannique avec une troisième place au Paul Ricard, théâtre d'une autre crise fratricide, cette fois au sein de l'écurie Renault entre Arnoux et Prost.
La tragédie de Hockenheim
C'est donc dans les habits de favori dans la course au titre que Didier Pironi abordait le rendez-vous suivant, le Grand Prix d'Allemagne, disputé au début du mois d'août sur le circuit de Hockenheim, où Patrick Tambay venait lui prêter main forte. Mais, durant les essais disputés sous la pluie, le leader du championnat percutait à pleine vitesse l'arrière de la Renault de Prost dans l'une des longues rectilignes que comptait l'ancien circuit : la Ferrari décollait et retombait lourdement au sol. Pironi était conscient à l'arrivée des secours, mais ses jambes étaient très durement touchées, le pilote français évitant même l'amputation de peu. Absent des cinq derniers Grand Prix, Didier Pironi ratait le titre mondial de cinq points seulement derrière Keke Rosberg (Williams), et était classé au deuxième rang du classement final du championnat.
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La mort sur les mers...
Après une convalescence longue de plusieurs années, Didier Pironi reprenait pour la première fois le volant d'une Formule 1 en 1986, testant les monoplaces des écuries Ligier, AGS et Larrousse. Désireux de revenir dans la discipline, le Français ne visait cependant rien d'autre qu'une écurie de pointe pour jouer le titre. Les places étant déjà attribuées au sein des équipes Williams, Ferrari ou McLaren, il décidait d'embrasser un nouveau projet, en développant un bateau de course, Le Colibri, équipé de deux moteurs V12 Lamborghini, avec lequel il comptait s'imposer en Championnat du monde off-shore.
Vainqueur de sa première course début août en Norvège, Didier Pironi trouvait la mort, à 35 ans, lors de la course suivante au large de l'île de Wight, au sud de l'Angleterre, tout comme ses équipiers Jean-Claude Guénard et le journaliste Bernard Giroux.

Le bateau Le Colibri de Didier Pironi
Photo de: Archives ACX
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