Remettre en cause les moteurs 2026, une "gigantesque erreur" selon Domenicali
Dans un entretien exclusif pour Motorsport.com, Stefano Domenicali, le PDG de la Formule 1, est revenu sur les récentes discussions autour de l'avenir de la motorisation en discipline reine, balayant d'un revers de main l'idée d'un abandon du règlement 2026.
Photo de: FIA
Les V10 de retour en F1 ?
Début 2025, la FIA a évoqué la possibilité d'un retour des moteurs V10 en Formule 1. Depuis, les discussions sur la question s'accumulent et le projet prend peu à peu forme.
La Formule 1 aura, ces dernières semaines, vécu un étonnant moment dans lequel, à moins d'un an de l'entrée en vigueur d'une toute nouvelle règlementation technique et de tout nouveaux moteurs, d'aucuns ont laissé entendre qu'une autre voie serait préférable.
Sur le terreau fertile des critiques à l'égard des moteurs introduits à partir de 2014 et de la nostalgie de la F1 du passé, l'idée de revenir à des V10 atmosphériques a semblé prendre de plus en plus d'épaisseur au fil des jours. Et puis, la semaine dernière, à Bahreïn, tout le monde est revenu sur terre : les constructeurs et motoristes engagés dans le prochain cycle réglementaire - certains spécifiquement pour les moteurs 2026 - ont rappelé les raisons de leur engagement et les ressources déjà englouties lors d'une réunion dans le paddock de Sakhir.
Cela a donc d'ores et déjà contribué à assurer que les trois voire quatre prochaines années seraient bien celles des moteurs V6 turbo hybrides alimentés par un carburant 100% renouvelable et dont la puissance viendra à 50% de la partie électrique.
Dans une interview exclusive accordée à l'édition italienne de Motorsport.com, le PDG de la F1, Stefano Domenicali, qui participait comme le président de la FIA Mohammed Ben Sulayem à cette rencontre, a pour sa part estimé qu'à ce stade, choisir de se passer de la réglementation à venir aurait été une "gigantesque erreur".
Certains sont allés trop loin. [...] Quelqu'un a essayé de faire pression pour une extension de la réglementation actuelle. Cela aurait été une erreur totale.
"Il y a deux ans, j'ai partagé ma vision stratégique de l'avenir de la F1 [dans une interview pour Motorsport.com] - et c'est exactement ce qui est en train d'émerger", a déclaré Domenicali lorsque sa position sur le débat qui a animé le paddock lui a été demandée. "À Bahreïn, nous avons eu une réunion avec la FIA ainsi qu'avec tous les motoristes actuels et futurs, y compris GM [General Motors]."
"Je pense que certains sont allés trop loin. Alors que les sujets futurs étaient discutés, quelqu'un a essayé de faire pression pour une extension de la réglementation actuelle. Cela aurait été une erreur totale. Nous devons respecter ceux qui ont investi énormément dans ce projet complexe et coûteux - changer les règles maintenant enverrait un mauvais message. Remettre en question les décisions antérieures concernant les unités de puissance serait une gigantesque erreur."
Un système de convergence moteur "crucial"
Les instances veulent éviter un scénario type 2014, quand les moteurs Mercedes dominaient la F1.
Photo de: Andy Hone / Motorsport Images
En dépit du maintien de la réglementation 2026, la réunion de Bahreïn a finalement surtout enclenché des discussions sur la mise en place de mécanismes visant à assurer une meilleure convergence des performances des différentes unités de puissance pour tenter d'empêcher qu'une domination à la Mercedes en 2014 ne puisse se développer ou même qu'un motoriste ne soit trop en difficulté.
"Rien ne nous empêche de travailler à l'amélioration du package", a rappelé Domenicali quand il lui a été demandé si, désormais, tout le monde allait avancer vers 2026 sans arrière-pensées. "La FIA, les constructeurs et les équipes peuvent toujours évaluer s'il y a des points à améliorer. Nous sommes à l'aube d'un changement réglementaire majeur, et je pense personnellement qu'il est crucial que le système permette à un constructeur de faire son retard plus rapidement. C'est un problème que nous devons résoudre rapidement, car il peut arriver à n'importe qui."
Mais ces discussions seront-elles vraiment simples au vu de la nature compétitive de la F1 ? "Nous devons tous penser de manière stratégique. Avoir une équipe dominante pendant trop longtemps est mauvais pour tout le monde. Notre sport connaît une croissance incroyable et est devenu une référence mondiale. Nous devons en être fiers, mais aussi être prudents."
Simplifier et réduire les coûts, tout en restant pertinent
Même si la problématique est différente d'il y a une quinzaine d'années, ne serait-ce que par la présence d'un plafond budgétaire qui a déjà contribué à abaisser le niveau de dépenses, la prudence qu'évoque Domenicali concerne notamment les constructeurs automobiles impliqués dans le championnat qui, dans une période économique instable, pourraient choisir de stopper leur engagement dans la discipline afin de se focaliser sur l'essentiel de leur activité.
Aussi, quand l'idée d'un scénario similaire à celui de la fin des années 2000, où plusieurs constructeurs se sont retirés sur fond de crise financière et économique, le PDG de la F1 - qui était à l'époque le directeur de Ferrari - de répondre : "Il serait naïf de ne pas envisager cette possibilité, surtout dans le contexte économique actuel. Renault, après de nombreuses années, a quitté la F1 [officiellement, le constructeur cessera son activité de fabrication de moteurs en fin de saison mais engagera toujours l'écurie Alpine, ndlr]. Soyons clairs : les grands constructeurs sont indispensables, mais nous sommes aussi assez matures pour savoir que si une crise sévère frappe l'industrie, les grands groupes automobiles pourraient être amenés à prendre des décisions difficiles."
"C'est pourquoi nous devons simplifier et réduire considérablement les coûts, tout en maintenant un lien technique avec les technologies pertinentes pour la route, comme les carburants durables, qui peuvent compléter les offres de véhicules électriques. Ces choix permettent aux constructeurs de rester impliqués. Et si une crise oblige certains d'entre eux à interrompre leurs programmes F1, nous serons en mesure de réagir de manière indépendante et de trouver des solutions de remplacement."
Avoir "le courage d'accepter" que le paysage de la F1 a évolué
Charles Leclerc, Ferrari, Fernando Alonso, Aston Martin Racing, Jack Doohan, Alpine
Photo de: Sam Bloxham / Motorsport Images
Interrogé sur ce que pouvait signifier concrètement la fameuse "simplification", Domenicali estime que ce concept s'accompagne d'une réflexion plus générationnelle sur ce qui constitue, aujourd'hui, un champ de bataille technologique à la fois pertinent pour des questions de performance mais aussi en termes de spectacle, ouvrant sans le dire la voie à une plus grande forme de standardisation pour les domaines ne tombant pas dans cet espace.
Cela peut sembler provocateur, [mais] demander aux équipes d'investir des sommes considérables dans la conception de leurs propres boîtes de vitesses n'a plus de sens.
"Les fans de ma génération doivent repenser ce qui crée la performance et l'intérêt technologique", a-t-il expliqué. "Se concentrer sur les carburants durables est absolument la bonne voie. Mais - et cela peut sembler provocateur - demander aux équipes d'investir des sommes considérables dans la conception de leurs propres boîtes de vitesses n'a plus de sens. Les gains de performance sont minimes. Les fans n'y voient plus un domaine de développement passionnant."
"Nous devons identifier les domaines dans lesquels la technologie et le divertissement se chevauchent. Beaucoup de choses qui semblaient autrefois à la pointe du progrès ne justifient plus d'investissements importants. Nous devons avoir le courage d'accepter que le paysage a évolué."
Propos recueillis par Roberto Chinchero
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