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L'accident de Berger à Imola vu par un commissaire de piste

Découvrez le récit de l'accident de Gerhard Berger au Grand Prix de Saint-Marin 1989 par le commissaire Fabio Nobis, qui dévoile les dessous d'une intervention prodigieuse à tous points de vue.

L'accident de Gerhard Berger, Ferrari, sur un écran de TV

Avant d'être transformée en chicane à la suite de l'accident mortel d'Ayrton Senna, en 1994, le virage de Tamburello du circuit d'Imola se résumait à une longue courbe à gauche, extrêmement rapide. Ce virage ne représentait pas un défi particulièrement difficile puisque son rayon était suffisamment élevé pour être négocié sans avoir besoin de lever le pied. Néanmoins, la petite zone de dégagement asphaltée et le mur en béton qui le bordaient invitaient naturellement les pilotes à ne pas faire d'erreur, sous peine de se faire très mal.

Nelson Piquet peut en témoigner, son crash aux essais du Grand Prix de Saint-Marin 1987 lui a fait vivre un enfer au cours des mois qui ont suivi, avec d'importants maux de tête et la perte d'une bonne partie de la profondeur de son champ de vision. Deux ans plus tard, le 23 avril 1989 pour être plus précis, c'est Gerhard Berger qui a côtoyé de très près le mur en béton de Tamburello.

Quatre tours après le départ du Grand Prix de 1989, une voiture rouge a tiré tout droit à Tamburello à près de 300 km/h. Il s'agissait de la Ferrari de Berger, dont l'aileron avant venait de se briser. Le choc d'une violence inouïe a percé le réservoir, rempli à ras bord puisque la course venait à peine de débuter, ce qui a transformé l'épave en une boule de feu.

Gerhard Berger et Fabio Nobis

Gerhard Berger et Fabio Nobis

Cet accident, Fabio Nobis s'en souvient très bien. Ce commissaire de piste âgé de 66 ans était à l'époque responsable du service des incendies à Imola et a dirigé l'équipe qui est intervenue sur la Ferrari. À l'occasion de la venue de Berger sur l'Autodromo Enzo e Dino Ferrari en juin, lors de l'épreuve de DTM (l'Autrichien est le directeur du championnat), Nobis s'est épanché sur cet épisode terrifiant.

"C'était en 1989 et j'étais déjà l'un des responsables des extincteurs, puisque la première course que j'ai faite remonte à 1978", a-t-il expliqué. "À partir de là, j'ai commencé à travailler sur le circuit et ce jour-là, j'étais à Imola pour le Grand Prix. Je me souviens très bien de ce jour. Ferrari est arrivé avec quelques innovations techniques, mais personne n'imaginait qu'elles pourraient être aussi dangereuses quant à un potentiel incendie, la pire chose qui puisse arriver dans une course et que nous n'avions pas vue depuis longtemps."

"Heureusement, nous étions prêts pour cette éventualité avec les 180 commissaires présents sur le circuit ainsi que les 30 véhicules d'urgence prêts à intervenir. Et à cette occasion, nous l'avons montré, même si personne n'avait jamais été confronté à une telle situation. Cela m'était arrivé à Monza lors de l'accident de Ronnie Peterson mais c'était bien des années auparavant et nous ne pensions pas que cela pourrait se reproduire à une telle échelle. Le fait est que, avec la fédération et le circuit, nous avions tout fait pour que la sécurité soit au plus haut niveau."

Chaque seconde perdue aurait pu être fatale.

Fabio Nobis

33 ans après son crash, Berger a revu ceux qui lui ont sauvé la vie

33 ans après son crash, Berger a revu ceux qui lui ont sauvé la vie

Puisque Berger était prisonnier de sa monoplace lorsque celle-ci a pris feu, il était absolument nécessaire que les commissaires interviennent rapidement. Par le passé, plusieurs pilotes ont péri dans les flammes ou à cause de la fumée, dont Elio de Angelis, tragiquement disparu en essais au Paul Ricard trois ans plus tôt. Fort heureusement, l'intervention rapide et précise du service de lutte contre les incendies a permis d'éviter le drame en quelques secondes seulement.

"La direction de course a immédiatement reçu l'information qu'une voiture avait percuté le mur mais les flammes ne sont pas apparues immédiatement", a ajouté Nobis. "Quelques secondes après l'impact, nous avons commencé à voir le feu, qui n'était pas là au départ. Nos commissaires sont immédiatement passés à l'action tandis qu'une voiture stationnée à 100 mètres de là a rejoint le lieu de l'accident ; 20, 25 secondes environ après l'impact contre le mur, nous étions sur place, alors que les flammes avaient déjà enveloppé la voiture."

"À l'époque, les instructions étaient d'intervenir immédiatement lorsque certaines choses se produisaient, alors qu'aujourd'hui il faut attendre les instructions du directeur de course. Si cela avait été comme ça à l'époque, nous ne serions probablement pas arrivés à temps. Dans une telle situation, chaque seconde perdue aurait pu être fatale."

Avec Berger, c'était spécial parce qu'il nous a appelés individuellement en privé pour nous remercier.

Fabio Nobis

Des commissaires autour de la Ferrari de Berger après son accident

Des commissaires autour de la Ferrari de Berger après son accident

"On ne voyait pas ce genre de feu à toutes les courses mais je suis quand même resté calme car mon rôle était de parler aux commissaires sur place et de leur donner des instructions. À cette occasion, mes hommes sont intervenus automatiquement sans avoir eu à leur dire quoi que ce soit. En fin de compte, en y réfléchissant, 20 secondes peuvent être beaucoup ou très peu."

"Regardez les vidéos qui sont sur Internet, ce sont les mêmes images que j'avais devant moi. Des secondes interminables, celles de l'attente de l'intervention des extincteurs, mais ils sont arrivés rapidement. Il n'y avait pas le temps de réfléchir, en 40 secondes ils avaient pratiquement tout éteint. La première impression a été l'étonnement devant l'habileté de l'équipe de pompiers, puis l'inquiétude quant à l'état de santé du pilote."

Fort heureusement, Berger s'en est sorti avec une côte cassée et quelques brûlures. S'il avait déjà quitté l'hôpital dans lequel il séjournait pour le GP de Monaco, la course suivante, l'Autrichien a dû patienter quelques semaines de plus avant de faire son retour en compétition, au GP du Mexique. Mais sans l'intervention des commissaires de piste d'Imola, l'histoire aurait pu être bien différente...

"Gerhard a voulu rencontrer deux fois les personnes qui l'avaient sauvé : un fois en les invitant à Maranello et une autre fois lorsqu'il travaillait pour BMW [au département compétition]. Notre rôle est très simple : essayer de faire le travail du mieux que nous pouvons. Nous ne sommes pas à la recherche de gloire ou de gros titres. Avec Berger, c'était spécial parce qu'il nous a appelés individuellement en privé pour nous remercier, ce qui était la meilleure chose pour nous parce qu'il est venu directement nous voir sans faire de déclarations en public", a conclu Nobis.

Gerhard Berger et Fabio Nobis

Gerhard Berger et Fabio Nobis

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