Jean Alesi raconte les larmes de l'unique victoire

Peu de victoires en Formule 1 sont aussi populaires que celle décrochée par Jean Alesi au Grand Prix du Canada, il y a 25 ans.

Jean Alesi raconte les larmes de l'unique victoire

Au volant d'une Ferrari portant le numéro 27 rendu célèbre par Gilles Villeneuve, sur le circuit baptisé du nom du héros local, Jean Alesi avait décroché cette victoire après des années de frustration et d'occasions manquées en F1. Cerise sur le gâteau, c'était le jour de son anniversaire.

Mais à l'image de sa carrière, rien ne fut simple ce dimanche de 1995 à Montréal. Il y eut des défis, des frustrations, des émotions, dont il reste aujourd'hui de bons souvenirs. Le plus remarquable d'entre eux est peut-être la façon dont Alesi, tout près du succès, a dû faire avec les larmes qui le submergeaient quand il comprit qu'il allait gagner. Il restait environ dix tours et le leader de la course, Michael Schumacher, avait dû repasser par les stands en raison d'un problème de boîte de vitesses nécessitant finalement un changement de volant. Alesi prit les commandes de la course, le public était en liesse et l'espace de quelques instants, il eu du mal à comprendre ce qui lui arrivait.

Lire aussi :

"Le public est vraiment proche de la piste à Montréal et lorsque c'est arrivé, j'ai commencé à voir beaucoup de mouvement dans les tribunes", raconte-t-il dans un podcast exclusif avec Motorsport.com. "Entre l'épingle et les stands, il y a un grand écran et j'ai commencé à le regarder, mais je n'ai pas vu l'image. Je ne savais donc pas vraiment ce qui se passait. Ensuite je suis passé devant les stands et mes mécaniciens n'avaient pas eu le temps de m'indiquer ma nouvelle position, donc c'était toujours P2. Je me suis dit que rien n'avait changé et j'ai continué à attaquer. Puis j'ai vraiment vu le public, les drapeaux, il y avait énormément de mouvement autour de moi. Quand je suis à nouveau passé devant les stands j'ai vu P1. À partir de ce moment-là, j'ai ressenti une telle émotion que j'ai commencé à pleurer. Ce n'était pas très intelligent car je ne pouvais pas me contrôler. Lorsque j'ai freiné au virage 1, j'avais les larmes aux yeux et ce n'était pas simple de prendre la bonne trajectoire. Ensuite je me suis fâché contre moi-même et j'ai lentement commencé à comprendre que c'était peut-être mon jour."

Michael Schumacher, Benetton, en tête au départ de la course

Cette journée n'avait pourtant pas débuté avec la garantie d'un tel succès. Après avoir réalisé le meilleur chrono du warm-up sous la pluie, Alesi espérait que les conditions se maintiennent ainsi, mais ses prières n'avaient pas été entendues. Tout a même failli mal tourner au premier tour, quand il a tenté un dépassement audacieux sur son coéquipier Gerhard Berger et failli tout perdre à cause du tête-à-queue de David Coulthard devant lui.

"À cette époque, il faut se souvenir qu'il y avait le warm-up le matin, et c'était détrempé donc nous avions les pneus pluie", explique Alesi, qui partait cinquième sur la grille. "J'ai terminé premier du warm-up et j'avais de très bonnes sensations dans la voiture. Je rêvais vraiment d'une course sur le mouillé, mais ça n'a pas été le cas. Nous sommes partis en pneus slicks mais le circuit n'était pas sec à 100%, c'était très glissant. Quand j'ai dépassé Gerhard, je ne pensais pas doubler David en même temps, mais il est parti en tête-à-queue. C'était très compliqué, la voiture a glissé mais je l'ai rattrapée et j'ai fait un très beau dépassement."

Lire aussi :

Il y eut aussi un facteur chance pendant la course. Car Ferrari affichait de la nervosité en raison du manque de précision des informations sur le carburant et Berger s'était retrouvé en panne sèche dans les stands, perdant un temps précieux.

"C'était très juste avec le carburant", se souvient Alesi. "Nous avions le choix de faire une stratégie à deux arrêts mais nous avons décidé d'en faire un seul. Mais la règle dans l'équipe était que le pilote qui était devant avait la possibilité de décider quand s'arrêter. Par chance, c'était moi et j'ai choisi le bon moment pour ravitailler. Gerhard a fait un tour supplémentaire et quand il est arrivé dans les stands, il a calé, il n'avait plus d'essence. Pour moi, c'est arrivé dans le tour de rentrée."

Ce tour de rentrée auquel Alesi fait allusion, c'est en réalité le tour d'honneur après l'arrivée, où il s'est retrouvé à sec. Retardé par ses ennuis mécaniques et finalement cinquième du Grand Prix, Schumacher embarqua Alesi sur sa monoplace pour le ramener vers les stands.

"C'était incroyable car lorsque je me suis arrêté à l'épingle, le public criait mon nom et fêtait ma victoire", raconte Alesi. "J'ai eu beaucoup de chance de gagner à Montréal, sur le même circuit où Gilles Villeneuve avait remporté sa première course. Tout cela en a fait un jour particulier. Pour être franc, ce fut une grosse fête pour moi, pas avec des amis mais avec les fans et avec Michael, car il m'a ramené aux stands. Je lui ai dit : 'Regarde, je m'en fiche si tu as eu un problème technique, je profite vraiment de ma victoire. Ça t'est arrivé et ça m'a donné cette place. Laisse-moi en profiter'. Et il a répondu : 'Bien sûr'. Il était content aussi. C'était un beau moment." 

Ce qu'Alesi ne savait pas à l'époque, c'est que cette victoire à Montréal serait la seule de sa carrière en Formule 1. Par la suite, d'autres opportunités se présentèrent sans jamais se concrétiser. Néanmoins, le Français se dit en paix avec lui-même quand il repense à sa carrière.

"Ce résultat fut juste la confirmation d'une période difficile que j'ai connue en F1", estime-t-il. "Depuis mon premier Grand Prix je me battais pour la victoire, car j'avais terminé quatrième de ma première course avec Tyrrell. Et la saison suivante, j'ai rejoint l'équipe pour une saison complète et je me suis battu avec Ayrton Senna pour la première place, du premier au dernier tour [à Phoenix]. Vous savez, c'était parfois un peu frustrant d'être stoppé par des problèmes mécaniques ou de voir que quelque chose ne fonctionnait pas correctement. J'ai [souvent] dû terminer une course sans un bon résultat. C'était difficile pour moi. C'est pourquoi la victoire à Montréal est en quelque sorte ce qui me libère dans mon esprit."

Jean Alesi, Ferrari 412T2
partages
commentaires
Ferrari va accompagner la carrière de jeunes pilotes féminines

Article précédent

Ferrari va accompagner la carrière de jeunes pilotes féminines

Article suivant

Pirelli dévoile les pneus pour les huit GP européens

Pirelli dévoile les pneus pour les huit GP européens
Charger les commentaires
Pourquoi l'expansion de McLaren contribue à sa renaissance en F1 Prime

Pourquoi l'expansion de McLaren contribue à sa renaissance en F1

Dans les années 1960 et 1970, McLaren jonglait avec des engagements en F1, en Endurance et à Indianapolis, tout en concevant des F3 et des F2. Aujourd'hui, l'équipe retrouve ses racines, se développe en IndyCar et en Extreme E tout en poursuivant sa renaissance en F1, tandis que la Formule E et le WEC sont à l'étude. Mais n'est-ce pas trop, trop tôt ? Stuart Codling en discute avec Zak Brown.

Innovations bannies : le double diffuseur de Brawn GP Prime

Innovations bannies : le double diffuseur de Brawn GP

La saison 2009 de Formule 1 est célèbre pour avoir vu l'arrivée et le triomphe immédiat de Brawn GP sur les cendres de l'équipe Honda, avec la victoire dans les deux championnats à la clé, scellée il y a 12 ans jour pour jour à Interlagos.

Échanges radio, ou le danger d'une trop grande interprétation Prime

Échanges radio, ou le danger d'une trop grande interprétation

Lewis Hamilton a répondu aux articles le disant "furieux" contre Mercedes après des échanges radio houleux lors du Grand Prix de Turquie. Une mise au point qui rappelle à quel point les extraits radio diffusés en F1 peuvent aussi bien éclairer que déformer une situation réelle.

Formule 1
14 oct. 2021
Vettel : "Certains sujets sont trop importants pour être négligés" Prime

Vettel : "Certains sujets sont trop importants pour être négligés"

Près de quinze ans après son arrivée en Formule 1, Sebastian Vettel a bien changé. Le quadruple Champion du monde n'hésite plus à défendre les causes qui lui tiennent à cœur, telle la protection de l'environnement et des personnes LGBT. Quel avenir aura-t-il à son départ de la Formule 1 ? Le pilote Aston Martin s'est confié à plusieurs médias, dont Motorsport.com Italie.

Formule 1
13 oct. 2021
Comment les arrêts au stand sont devenus une forme d'art en F1 Prime

Comment les arrêts au stand sont devenus une forme d'art en F1

Les arrêts au stand en Formule 1 sont un mélange à vitesse accélérée de haute technologie et de performance humaine. Pat Symonds nous décrit comment cette science des gains marginaux rend les arrêts si rapides.

Formule 1
12 oct. 2021
Les notes du Grand Prix de Turquie 2021 Prime

Les notes du Grand Prix de Turquie 2021

Après le Grand Prix de Turquie, seizième manche de la saison 2021, nous avons attribué les notes suivantes aux pilotes.

Formule 1
11 oct. 2021
Pourquoi Mercedes est plus fort et plus faible qu'il n'y paraît Prime

Pourquoi Mercedes est plus fort et plus faible qu'il n'y paraît

Mercedes et Lewis Hamilton ont dominé la première journée du Grand Prix de Turquie 2021, sur la surface grandement améliorée du circuit d'Istanbul. Mais la position de l'équipe n'est pas tout à fait ce qu'elle semble être. Voici pourquoi.

Formule 1
9 oct. 2021
Le dilemme du cash derrière les choix du calendrier F1 Prime

Le dilemme du cash derrière les choix du calendrier F1

La promesse de Liberty Media selon laquelle toute nouvelle course s'ajoutant au calendrier doit apporter une valeur ajoutée aux fans, aux équipes et à la Formule 1 en général a été remise en question par de multiples facteurs, découlant tous de la pandémie de COVID-19. Mais avec un œil sur le bilan comptable, la F1 va-t-elle à l'encontre de ses promesses avec ses récents projets ?

Formule 1
8 oct. 2021