Analyse - L’impact du scandale Volkswagen sur son avenir en F1

Courir en Formule 1 pourrait-il servir de bouée de sauvetage pour VW, victime du scandale des moteurs diesel ? Ou verra-t-on cette idée enterrée pour de bon ? Analyse des conséquences possibles d’un des plus gros scandales de l’industrie automobile.

Au cours de la semaine passée, le Groupe Volkswagen (VAG) s’est trouvé à la une des médias. Premièrement à cause des rumeurs entourant son arrivée potentielle en F1 par l’entremise d’Audi, puis avec la destruction de son image publique quand il fut révélé que l’entreprise avait sciemment falsifié les tests de contrôle d’émissions polluantes de 11 millions de ses véhicules diesel.

Alors qu’il existe plusieurs excellentes raisons pour que VAG accroisse son implication en course automobile, incluant la F1, le coût du scandale sera gigantesque.

Non seulement l’agence de protection environnementale des États-Unis (EPA) compte bien frapper VAG avec des amendes très salées, mais la confiance que porte le public à VW a chuté à un niveau jamais connu auparavant.

Depuis l’annonce de la nouvelle du scandale, la valeur de l’entreprise a perdu 44,8 milliards de $.

Quelles seront les conséquences de cette triste affaire sur les rumeurs de F1 du groupe allemand ?

Mauvais moment

D’un point de vue strictement économique, le poids des amendes devrait faire capoter tout plan d’aller courir en F1. Avec des amendes possibles imposées par le gouvernement américain totalisant 18 milliards de $ et des profits annuels nets de 14 milliards de $, le Groupe VW ne sera pas en très bonne santé financière pendant quelque temps.

Ajoutons à cela la rapide dépréciation de la valeur des actions de VW, qui a chuté de 20% durant la seule journée de lundi. Dans un tel tourbillon, un programme de F1 semble bien futile et coûter beaucoup trop cher.

VW a mis de côté une somme de 7,3 milliards de $ afin de parer aux amendes, et la compagnie a en réserve la somme de 24 milliards de $, ce qui lui permettrait de couvrir toutes les pénalités imposées sans avoir de déficit.

En revanche, avec des emplois et l’économie allemande menacés, le conseil d’administration aurait bien du mal à convaincre les actionnaires qu’un programme de F1 est essentiel.

Peu d’experts croient que les amendes imposées à VW atteindront la somme de 18 milliards de $ qui a été annoncée. L’EPA a imposé une amende de 5,5 milliards de $ à BP pour violation de la loi lors du déversement de pétrole, et les spécialistes affirment qu’il est rare de voir des peines maximales imposées.

Dans une interview accordée à Business Insider, Michael Steel, un avocat spécialisé dans les causes environnementales chez Morrison Foerster, indique que selon lui, l’Acte de violation présenté par l’EPA a servi de point de départ à des négociations.

"L’Acte de violation est une invitation à débuter des négociations en vue d’une entente", déclare Steel.

"Je ne serais pas surpris d’apprendre que VW et l’EPA ont déjà commencé à discuter de cette affaire. Le montant maximum des amendes n’est jamais atteint. L’EPA va déterminer la somme appropriée qui rend la contravention à la loi non viable, financièrement".

Steel prédit même que VW et l’EPA en arriveront à une entente globale aux environs d'un milliard de $, ce qui inclurait aussi une pénalité civile.

Malgré tout, ce montant est trois fois plus élevé que l’amende record de 300 millions de $ imposée par l’EPA à Hyundai et Kia qui avaient, eux aussi, triché sur leurs données d’émissions polluantes en 2014. De plus, GM a payé 900 millions de $ pour son retard à effectuer un rappel sur ses véhicules munis d’un allumage défectueux.

Plus de 50 recours collectifs ont été enregistrés aux États-Unis et au Canada, même si moins des 500’000 véhicules sont en fait concernés par cette affaire aux États-Unis.

En Europe, plus de 11 millions de véhicules vendus par VW possèdent le fameux logiciel de triche, et les pénalités financières ne font que s’accumuler. Des clients allemands ont commencé à adresser des plaintes aux magistrats, et leur nombre ne cesse d’augmenter.

Plusieurs craignent que le scandale de VAG ait un impact majeur sur toute l’industrie automobile allemande, ce qui affecterait un secteur majeur de l’économie qui compte 775’000 emplois, soit 2% de la masse ouvrière du pays.

Avec une confiance réduite à zéro, VW manquerait clairement de tact en annonçant un dispendieux programme de Formule 1.

Perte de soutien à l’interne

D’un point de vue corporatif, la démission de Martin Winterkorn, chef de la direction du Groupe VW, est une autre raison qui va nuire à l’entrée possible de VAG en F1.

Winterkorn était reconnu comme étant un grand partisan d’une arrivée de VW en F1, et son départ rend caduc tout plan d’expansion du programme sportif de la marque.

Volkswagen fut l’un des constructeurs automobiles impliqués dans la formulation de la nouvelle réglementation des unités de puissance turbo hybrides, imposée en 2014. On croyait bien que VW allait justement produire un moteur de F1 et courir dès l’introduction de la nouvelle règlementation.

Mais en 2012, Jost Capito, Directeur du département sportif de VW AG, affirmait que l’importance du programme de la marque en WRC expliquait le manque d’intérêt de VW envers la F1.

"J’ai présentement les mains pleines avec le WRC, et nous devons nous concentrer dessus", de dire Capito.

"C’est notre principal programme sportif et le conseil d’administration nous surveille attentivement. Je crois que cela représente une bonne raison pour que nous livrions la marchandise".

Même si Capito blâmait le Championnat du monde des rallyes pour expliquer le désintéressement de VW à la F1, le constructeur allemand était pourtant aussi impliqué en Rallycross, en Formule 3, en DTM, et aussi en endurance LMP1 avec Audi et Porsche, ainsi qu'en GT avec Bentley et Lamborghini.

Le scandale servirait-il de tremplin ?

Ironiquement, il existe des chances, même minces, de voir ce scandale servir de tremplin pour plonger en F1.

Avec une dramatique chute de confiance du public, un effort concerté pour produire un moteur de course hybride et des systèmes de récupération d’énergie, comme la F1 le réclame aujourd’hui, pourrait être perçu, par les consommateurs, comme une façon pour VW de se racheter et de démontrer son savoir-faire.

Puisque c’étaient justement les voitures TDI de la gamme VW qui se jouaient des tests de contrôle d’émissions, produire une unité de puissance aux normes et aux exigences de la FIA pourrait transformer une vision négative de l’entreprise en positive, surtout si VW réussissait à peu près l’impossible en parvenant à rivaliser avec Mercedes.

Le vieil adage "Gagnez le dimanche sur la piste et vendez le lundi" ne semble plus s’appliquer au monde moderne. Toutefois, si VW parvenait à faire mieux en F1 que ses principaux rivaux, Renault et Honda, cela fournirait des armes efficaces au département de marketing de la gamme des moteurs turbo de l’entreprise allemande.

Étrangement, un programme de F1, bien qu’il semble fort peu probable, pourrait représenter une planche de salut pour les voitures à moteurs turbo du groupe VAG, même en tenant compte que la F1 possède la réputation de ne pas être un exemple en ce qui a trait à l’étique d’entreprise et la conscience environnementale.

 

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Type d'article Analyse
Tags volkswagen