Cette info cruciale sur Honda qu'Aston Martin a longtemps ignorée
Adrian Newey a révélé qu'Aston Martin n'avait pas connaissance des changements importants que Honda avait connus au sein de son département moteur au moment de l'accord signé en 2023... et que l'écurie ne l'a su qu'en fin d'année 2025.
Photo de: Andy Hone/ LAT Images via Getty Images
Aston Martin et Honda sont aujourd'hui dans une situation critique, c'est le moins que l'on puisse dire. Mais la racine des problèmes qui pullulent en ce début de campagne 2026 de F1, tout du moins de ceux qui peuvent être attribués à Honda, remonte semble-t-il en réalité aux années de retour au premier plan sportif du motoriste. Une situation qu'Aston ignorait, selon les révélations d'Adrian Newey.
Après des essais hivernaux démarrés en retard et terminés précocement, Aston Martin a bien été contrainte, à mesure que s'approchait la saison, de reconnaître l'ampleur de ses difficultés. La plus "visible" est évidemment le problème de vibrations moteur qui touche l'AMR26, mais ce n'est pas la seule.
Au sortir des Essais Libres 1 du GP d'Australie, l'écurie de Silverstone a indiqué, par la voix de son directeur Adrian Newey, que des problèmes de communication entre la batterie et son système de gestion étaient également apparus, en plus du fait qu'elle ne dispose plus de batteries de rechange alors qu'il restait, au moment de sa prise de parole, encore trois séances complètes à couvrir d'ici la course de dimanche.
Alors que la réglementation moteur est connue, dans les grandes lignes, depuis 2022, comment a-t-on pu en arriver là du côté de Honda ? Le motoriste japonais avait certes déjà vécu une période particulièrement difficile lors de son retour en compétition entre 2015 et 2017, mais la suite avait été bien meilleure.
La collaboration avec les écuries Red Bull avait vu le motoriste renaître à la fois en performance et en fiabilité, aidant Max Verstappen à conquérir ses quatre titres mondiaux (entre 2021 et 2024) et Red Bull Racing à coiffer deux couronnes supplémentaires chez les constructeurs (2022 et 2023).
C'est sur la base de ces succès et du fait que le moteur Honda était clairement devenu l'une des références de la fin de l'ère précédente que beaucoup fondaient la croyance dans une alliance avec Aston Martin qui ne pouvait que démarrer du bon pied.
C'était toutefois sans compter sur le fait qu'en coulisses, quand Honda a officiellement annoncé son départ de la discipline pour la fin 2021, en dépit du fait que le motoriste a toujours fourni des unités de puissance à Red Bull et ce jusqu'en 2025, cela s'est accompagné de décisions en interne qui ont changé la face du programme moteur nippon.
Quand bien même Honda, avec des unités de puissance d'abord badgées "RBPT" puis "Honda RBPT", enchaînait les succès avec Red Bull en 2022 et 2023, le constructeur vivait en réalité à la fois un démantèlement puis une reconstruction du département moteur.
Un département moteur en partie dissous dès 2021
Le travail sur l'Aston Martin AMR26 de Fernando Alonso à Melbourne, sous les yeux d'un ingénieur Honda (en blanc).
Photo de: Getty Images
Questionné sur le paradoxe entre les performances affichées par Honda dans la première moitié des années 2020 et le début de saison 2026 catastrophique, Adrian Newey a expliqué l'historique du département moteur de Honda après la décision initiale de quitter la F1.
"Il est important de rappeler un peu l'histoire", a expliqué l'ingénieur britannique en conférence de presse ce vendredi. "Honda s'est retiré à la fin de 2021. Ils sont ensuite revenus dans la discipline - en quelque sorte - fin 2022, donc après en gros un an d'absence."
Beaucoup de membres du groupe [moteur de Honda] reformé sont en fait novices en Formule 1.
"Quand ils se sont reformés, une grande partie du groupe d'origine - cela transparaît désormais - avait été dissoute et était partie travailler sur des panneaux solaires ou autre, donc beaucoup de membres du groupe reformé sont en fait novices en Formule 1. Ils n'ont pas apporté l'expérience qu'ils avaient acquise auparavant."
"De plus, quand ils sont revenus en 2023, c'était la première année d'introduction du plafond budgétaire pour les moteurs, donc tous leurs rivaux avaient continué à développer les équipes existantes de manière continue et sans limite budgétaire pendant les années 2021 et 2022."
"[Honda] est revenu à, disons, seulement 30% de leur équipe d'origine, et aujourd'hui, à l'ère du plafond budgétaire, ils ont donc pris un très mauvais départ et, malheureusement, ils ont eu du mal à rattraper leur retard."
Aston Martin pas au courant au moment de l'accord avec Honda
Lawrence Stroll sert la main de Koji Watanabe, le président de Honda Racing Corporation.
Photo de: Motorsport.com Japan
La question naturelle une fois cela expliqué était bien entendu de savoir à quel point Aston Martin avait conscience de cette situation au moment où l'accord avec Honda a été signé, avant d'être annoncé au mois de mai 2023.
À l'époque, la direction sportive de Honda s'était montrée rassurante, avec des mots qui, en rétrospective, sonnent forcément différemment. "Jusqu'en mars 2022, on était pleinement engagés dans l'évaluation du développement des unités de puissance jusqu'à la fin de cette même saison. On avait donc l'ensemble des effectifs. Cependant, ils ont ensuite été affectés à différents projets neutres en carbone. L'effectif chargé du développement a donc commencé à diminuer à partir d'avril 2022", avait déclaré Koji Watanabe, patron de Honda Racing Corporation, début juin 2023.
"En avril 2022, une nouvelle entreprise appelée Honda Racing Corporation a été créée. Il s'agit de la société dédiée aux sports mécaniques. Elle a continué les études et le développement des technologies pour quatre roues, et on a commencé les études concernant la nouvelle réglementation. Par conséquent, on ne pense pas avoir perdu grand-chose à ce stade en nous retirant de la F1."
Toutefois, quand il a été demandé à Adrian Newey ce vendredi si Aston Martin avait connaissance du manque d'expérience en F1 du département moteur reformé quand l'accord avec Honda a été signé - époque où il n'était pas encore au sein de l'écurie -, il a répondu : "Non, ce n'était pas le cas."
"Nous n'en avons vraiment pris conscience qu'en novembre dernier, lorsque Lawrence [Stroll, qui dirige Aston Martin], Andy Cowell [à l'époque directeur de l'écurie F1] et moi-même nous sommes rendus à Tokyo pour discuter des rumeurs qui commençaient à circuler selon lesquelles ils n'atteindraient pas leur objectif initial de puissance pour la première course."
"Et il en est ressorti que peu de membres du personnel d'origine étaient revenus lorsque l'activité a repris, donc la réponse est non."
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