Quelle suite après l'attaque de Briatore sur la neutralité d'un juge FIA ?
Le conseiller exécutif d'Alpine, Flavio Briatore, a accusé Filippo Marchino, juge à la Cour d'Appel de la FIA, de partialité après la réinstauration des pénalités infligées à Pierre Gasly à Monaco.
Photo de : Mark Sutton / Getty Images
Au cours des mois qui ont suivi le Grand Prix de Monaco, la polémique autour des pénalités infligées à Pierre Gasly pour excès de vitesse dans la voie des stands a pris des allures de "Jarndyce contre Jarndyce", cette célèbre affaire successorale interminable qui sert de toile de fond au roman de Charles Dickens, "La Maison d'Âpre-Vent". Spoiler alert : dans le livre, la procédure dure si longtemps que les frais de justice finissent par engloutir la valeur de la succession.
Venons-en maintenant à la pagaille monégasque. Gasly, l'un des quelques pilotes sanctionnés pour excès de vitesse dans la voie des stands à Monaco, n'a pas purgé ses deux pénalités distinctes pendant la course, car Alpine estimait que celles-ci avaient été appliquées à tort. Il a ainsi gagné des positions et terminé troisième à l'arrivée, avant d'être rétrogradé à la septième place lorsque les deux pénalités de 5 secondes ont été ajoutées à son temps de course.
En appel, la troisième place de Gasly avait été rétablie, Alpine semblant avoir réussi à monter un dossier solide en s'appuyant sur des mesures jugées incorrectes concernant les boucles de chronométrage de la voie des stands. La décision rendue vendredi par la Cour d'Appel Internationale de la FIA a infirmé ce jugement, estimant qu'il serait injuste d'appliquer certaines mesures à une partie des équipes et d'autres à Alpine.
Alpine a alors publié un communiqué prenant acte de cette conclusion tout en exprimant sa déception. Il semble que personne au sein de l'équipe ne s'attendait à ce qui s'est passé ensuite : le conseiller exécutif Flavio Briatore a en effet profité de la conférence de presse FIA de vendredi pour remettre publiquement en cause l'impartialité de l'un des quatre juges de la Cour d'Appel Internationale de la FIA.
Andrea Stella, le directeur de McLaren, également présent, était visiblement furieux. Pendant quelques secondes, cette séance habituellement posée a failli dégénérer en un talk-show à l'américaine des années 1990, où l'on pouvait voir s'afficher à l'écran des légendes telles que "Je sais que tu me trompes, arrête de rejeter la faute sur le chien !", tandis que des agents de sécurité s'efforçaient d'empêcher les invités de s'arracher les cheveux.
"C'était assez injuste. L'un des juges était lié à une équipe qui protestait contre nous", a déclaré Britatore. "C'est injuste. Normalement, le juge doit être totalement indépendant, et ce juge, qui s'appelle Filippo Marchino, est de nationalité américaine, malgré son nom à consonance italienne."
"Filippo Marchino est un juge. Il a été très agressif pendant l'audience, il se comportait comme un procureur. Et après, nous avons découvert pourquoi il était aussi agressif : il est très lié à McLaren."
Quels sont les "liens" avec McLaren ?
Andrea Stella lors de la conférence de presse de vendredi au GP d'Italie 2026.
Photo de: Mark Sutton / Getty Images
Bien qu'il soit impossible de déterminer si le comportement de Marchino durant l'audience était particulièrement "agressif" sans avoir accès au procès-verbal, on peut affirmer sans se tromper que ses liens avec McLaren semblent être indirects. Marchino est un avocat italo-américain et un pilote de rallye qui occupe depuis 2018 le poste de PDG de la fondation One Drop, une association caritative fondée par Guy Laliberté, cofondateur du Cirque du Soleil.
Briatore affirme que McLaren a fait don à cette association caritative de "deux ou trois McLaren". Il semblerait que ce soit effectivement le cas, mais ces voitures étaient en réalité des dons faits par feu Mansour Ojjeh, un actionnaire clé du groupe McLaren, à Laliberté dans le but de collecter des fonds pour l'association caritative par le biais d'une vente aux enchères. Ojjeh est décédé en 2021.
Briatore a également évoqué une photographie sur laquelle on voit Marchino prendre la parole lors d'un événement organisé par McLaren Special Operations (MSO) à Beverly Hills en 2018. Celle-ci est disponible sur Getty Images. Or, MSO est une division de McLaren Automotive, qui est une entité distincte de l'écurie de course ; ainsi, comme pour les dons de voitures, le lien est quelque peu ténu.
Et maintenant ?
Pierre Gasly (Alpine)
Photo de: Simon Galloway / LAT Images via Getty Images
Juste après la conférence de presse, un curieux petit jeu consistant à se renvoyer la patate chaude s'est engagé : des sources au sein de la FIA ont laissé entendre qu'il s'agissait en réalité d'une affaire que McLaren et Alpine devaient régler entre elles ; des sources chez McLaren ont affirmé que cela ne les concernait en rien ; quant à Alpine, elle a laissé entendre qu'elle n'avait rien à ajouter au communiqué qu'elle avait publié immédiatement après l'annonce de la décision de la cour.
Dans un communiqué officiel, la FIA a clarifié la procédure de sélection des juges : "L'éligibilité des candidats à la fonction de membre du Tribunal International et de la Cour d'Appel Internationale (ICA) est vérifiée par le Comité d'évaluation de l'éligibilité, conformément aux statuts de la FIA", a-t-elle déclaré.
"Le règlement judiciaire et disciplinaire de la FIA prévoit que, pour chaque affaire portée devant l'ICA, un collège de juges est constitué, composé d'au moins trois juges. Les membres de ce collège sont nommés par le président de l'ICA."
Il semble dans ce cas précis que le collège de juges ait été désigné six semaines avant l'audience, moment auquel les parties prenantes auraient pu formuler des objections à l'encontre des personnes nommées.
La FIA pourrait encore revoir sa position concernant Briatore, compte tenu de la réputation du président Mohammed Ben Sulayem, connu pour son attitude très protectrice envers les bénévoles et les responsables. Son prédécesseur, Max Mosley, avait pour habitude de sanctionner ceux qu'il estimait avoir enfreint le fameux "article 151c" du Code Sportif International, une clause fourre-tout relative au fait de jeter le discrédit sur le sport.
Marchino pourrait également choisir de répondre aux allégations de Briatore, bien que rien n'indique pour l'instant qu'il ait l'intention d'intenter une action en justice. Les lois en matière de diffamation varient considérablement d'une juridiction à l'autre, et toute action potentielle dépendrait du lieu où la procédure serait engagée, de l'interprétation précise donnée aux propos de Briatore et de la capacité de Marchino à établir le niveau requis d'atteinte à la réputation.
Pour l'instant, la question est de savoir si cette affaire s'arrêtera aux propos tenus par Briatore lors de la conférence de presse ou si elle suscitera une réaction de la part de la FIA ou de Marchino lui-même.
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