Analyse

Comment Haas F1 s'est renouvelé en changeant de culture

L'équipe Haas F1 a entamé la saison 2024 avec une nouvelle figure de proue. Mais sous la houlette d'Ayao Komatsu, le changement va bien plus loin.

Ayao Komatsu, directeur de l'équipe Haas F1 Team, dans le garage

Mécontent du manque de progrès et en désaccord au sujet des ressources nécessaires pour progresser, le propriétaire Gene Haas a décidé de ne pas renouveler le contrat de Günther Steiner, patron de l'équipe depuis sa création, à l'hiver dernier.

Après avoir terminé dixième et dernier avec une voiture qui ne fonctionnait fondamentalement pas sur la distance de course, Haas s'est tourné vers l'ingénieur principal de l'équipe, Ayao Komatsu, pour une approche plus axée sur l'ingénierie, ce qui a bien fonctionné avec Andrea Stella chez McLaren.

Mais Haas n'est pas McLaren. L'équipe ne dispose pas des mêmes installations et son business model est également différent. En plus de son siège principal à Banbury, elle exploite également un centre à Maranello sur le campus de Ferrari – qui lui fournit par ailleurs ses groupes propulseurs et son train arrière – et est cliente de Dallara, le géant italien de la monoplace.

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Pour rendre ces différentes installations et équipes plus efficaces et performantes, Komatsu s'est lancé dans une restructuration de l'équipe technique, en promouvant Damien Brayshaw au poste nouvellement créé de responsable de la performance du véhicule, qui correspond à un rôle en place dans la plupart des autres équipes. Simone Resta, prêté par Ferrari, a quitté son poste de directeur technique et a été remplacé par l'ancien designer en chef Andrea De Zordo.

Ces deux promotions internes sont utiles en raison de leur disponibilité immédiate, mais elles indiquent également que Komatsu a placé sa confiance dans le personnel clé déjà présent dans l'équipe plutôt que de ressentir le besoin de débaucher des employés très coûteux venus d'autres horizons.

"Comme je l'ai dit, dès le premier jour, nous avons de très bons éléments, il s'agit simplement de les sécuriser", a déclaré Komatsu lors du Grand Prix de Monaco. "C'est normal [de faire des erreurs], mais il faut être ouvert et transparent. C'est la chose la plus importante. J'ai été très heureux que ce matin nous ayons discuté de certaines choses et que cette réunion ait été très saine, même si certaines choses ne sont pas nécessairement ce que tout le monde voulait entendre."

Des problèmes de communication à régler

Ayao Komatsu, Team Principal, Haas F1 Team, and teammates stand for the national anthem on the grid

Photo de: Mark Sutton

"Mais personne n'était sur la défensive. Nous [travaillons] au mieux de nos connaissances et nous disons : 'Voici la vérité, que faisons-nous à ce sujet ? Quel est le plan d'action ?' C'est donc un point très positif. Par exemple, dans les virages à basse vitesse, nous n'avons pas amélioré la voiture autant que nous l'espérions. C'est une bonne chose que nous puissions mettre le doigt dessus."

Il est clair que le remaniement interne chez Haas n'est pas exempt de problèmes de jeunesse. Une erreur de communication a fait que les ailerons arrière de l'équipe conçus pour Monaco ont échoué à la vérification technique après les qualifications, car l'ouverture du DRS était plus grande sur les bords extérieurs que ce qui est prescrit par le règlement.

Cette erreur est due au fait que les concepteurs n'ont pas dit aux mécaniciens de régler les nouveaux ailerons différemment, et que l'équipe en piste n'a pas été assez diligente dans ses propres vérifications. Aussi pénible qu'ait été l'incident, il a également servi d'exemple à Komatsu pour démontrer que l'équipe doit être responsable et apprendre de ses erreurs plutôt que de se reposer sur ses lauriers.

"Si les concepteurs avaient clairement indiqué que l'intention du design était légèrement différente des ailerons que l'on utilisait auparavant et qu'il fallait donc vérifier de telle ou telle manière, cela aurait été utile", explique-t-il.

Kevin Magnussen, Haas VF-24

Kevin Magnussen, Haas VF-24

Photo by: Zak Mauger / Motorsport Images

"Mais en même temps, même avec d'autres informations, les contrôles côté piste auraient dû concerner toute la surface définie par le règlement. Nous devons simplement accepter cela comme un échec de l'équipe, en tirer les leçons et nous assurer que nous ne commettrons plus la même erreur."

En parlant à plusieurs figures clés de l'équipe, l'amélioration de la communication entre ses différents départements a en fait été un aspect clé de la raison pour laquelle l'équipe semble être plus au fait de son projet, plutôt que d'essayer de régler ses problèmes internes tout au long de la saison 2023.

Entre l'usine et le circuit, Maranello et Banbury, nous nous parlons beaucoup plus.

Interrogé par Motorsport.com sur les améliorations de la communication au sein de l'équipe, De Zordo a répondu : "Je pense que c'est l'un des principaux changements, de manière positive. Honnêtement, j'apprécie beaucoup la façon dont nous travaillons. Entre l'usine et le circuit, Maranello et Banbury, nous nous parlons beaucoup plus. Nous faisons beaucoup plus de réunions ensemble."

"Nous sommes beaucoup plus ouverts pour discuter des problèmes. Lorsque nous constatons que quelque chose ne fonctionne pas, nous sommes beaucoup plus objectifs face au problème et nous essayons de le comprendre, de l'accepter et, à partir de là, de construire quelque chose de mieux."

Brayshaw, qui joue désormais un rôle beaucoup plus important en reliant les différents départements de performance, admet que le nouveau visage de l'équipe donne encore à voir des problèmes de mise en place, mais il estime que l'amélioration du flux d'informations à travers ses campus a déjà apporté des avantages tangibles.

Ayao Komatsu, Team Principal, Haas F1 Team, on the pit wall

Photo de: Mark Sutton

"Il est évident que nous n'en sommes qu'au début et qu'il y a eu un grand changement dans toute la structure technique", a ajouté le Néo-Zélandais. "Nous essayons encore de comprendre comment tout cela fonctionne, de faire en sorte que tout le monde se connaisse. Mais l'accent a été mis sur une communication efficace entre les autres départements."

"Cela peut paraître anodin, mais en fait, c'est très important. Il faut aussi essayer d'instaurer un climat de confiance. J'ai dû me rendre en Italie plus régulièrement qu'auparavant, simplement pour être présent, soutenir cette activité et expliquer clairement quelles sont les limites."

Des évolutions plus agressives ?

Le fait que Haas ait créé avec la VF-24 une plateforme beaucoup plus solide pour débuter la saison, ce qui est à mettre au crédit de la structure précédente sous la direction de Steiner, a été d'une grande aide pour Haas.

Un rythme de course constant sans détruire les pneus a permis à l'écurie Haas d'exploiter davantage le rythme intrinsèque de la voiture, l'équipe ayant été en mesure de viser des points depuis le début de l'année face à une Visa Cash App RB sans doute plus rapide.

La bataille pour le développement dans le milieu de peloton a permis à VCARB de prendre de l'avance, et Komatsu veut maintenant des évolutions agressives sur ses voitures pour que Nico Hülkenberg et Kevin Magnussen aient une chance de rester dans la course.

"Ayao était très désireux de développer la voiture de manière agressive parce que nous voyons que tout le monde progresse", a expliqué Brayshaw. "Nous avons beaucoup de chance d'être devant [Stake F1] et Alpine, mais il n'y a aucune garantie que cela reste ainsi, étant donné que la situation est très serrée."

Nico Hulkenberg, Haas VF-24

Nico Hulkenberg, Haas VF-24

Photo by: Mark Sutton / Motorsport Images

"Nous avons une voiture très efficace et cela a été une étape très positive au cours de l'hiver. L'objectif est d'essayer de ne pas perdre cela, et d'ajouter progressivement de la charge aérodynamique. Les pilotes ont tous deux été très clairs sur les points sur lesquels nous devions travailler, et nous essayons donc de résoudre ces problèmes."

"Nous espérons qu'il y aura une autre mise à jour assez importante au cours des prochaines courses", conclut-il. "Il s'agit aussi d'être responsable. Si la voiture ne fonctionne pas, quelqu'un doit être capable de répondre aux questions, mais aussi de montrer ce que nous essayons de faire pour résoudre ce problème. C'est donc ce que j'essaie de faire".

Avec Jonathan Noble

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