Comment racheter une équipe de F1 pour à peine 1€

Renault n'a pas dépensé grand-chose pour faire l'acquisition de Lotus F1 Team, mais c'est maintenant qu'il faut investir pour revenir dans la lutte pour le championnat du monde de Formule 1.

Acheter une écurie de Formule 1, ça coûte combien? Nous venons d'avoir la réponse : une livre sterling, soit 1,35€ selon le cours actuel. C'est exactement la somme déboursée par Renault pour racheter Lotus F1 Team.

Mais comment est-ce possible? Après tout, entretenir une écurie de F1 coûte entre 65M€ (pour la plus petite équipe privée) et 280M€ (pour les écuries telles que Ferrari, qui construit ses propres voitures et moteurs). Au milieu, il y a Lotus, qui achetait ses moteurs à Mercedes pour plus de 10M€ par an avec un budget de 95M€ pour concourir dans la catégorie reine du sport automobile.

La compagnie qui détenait Lotus a été fréquemment convoquée par la Haute Cour de justice britannique cette année; en effet, le fisc d'outre-Manche lui réclamait plus de 3,5M€ d'impôts. C'est en partie la raison pour laquelle Lotus a été vendu pour une simple livre symbolique, plutôt que plusieurs millions.

Ce n'est bien sûr pas aussi simple : l'entreprise avait d'énormes dettes. Ses propriétaires précédents ont conservé 10% des actions de l'écurie rachetée par Renault, au lieu de rester actionnaires majoritaires d'une équipe qui allait très certainement faire faillite.

Rien d'inhabituel

Est-ce inhabituel pour une équipe qui génère tant d'argent d'être vendue pour un montant symbolique? Non, pas vraiment.

Le cas le plus récent est la vente de l'écurie Honda à Ross Brawn, en 2008. Le Britannique a rebaptisé l'équipe Brawn GP avant de remporter le Championnat du Monde 2009 avec Jenson Button.

Honda avait dépensé une fortune, en vain, même avec Brawn aux commandes. Mais après un rachat de dernière minute suivant le retrait du constructeur japonais, Brawn GP a prospéré de façon spectaculaire après avoir obtenu des moteurs Mercedes et décelé une faille dans la réglementation technique.

C'est à la fin de cette saison très réussie que Mercedes a racheté l'entreprise pour la transformer en l'écurie d'usine au sein de laquelle Lewis Hamilton a rempoté les deux derniers titres mondiaux.

Avec cet accord, Ross Brawn probablement réalisé la meilleure affaire de tout propriétaire d'équipe de course dans l'Histoire. S'il n'était pas déjà assez riche, il l'est certainement devenu...

Quand la F1 donne des ailes à Red Bull

Quelques années avant ce miracle du sport auto, Red Bull a racheté l'écurie Jaguar, qui était bien mal en point, à Ford Motor Company pour un simple dollar.

Rendez-vous compte : un fabricant de boissons énergisantes a fait remporter quatre titres mondiaux à une écurie qui n'obtenait que très peu de résultats malgré un budget immense. Et ce, avec un simple moteur Renault.

Lors des 85 courses précédentes, détenue par l'un des plus grands constructeurs automobiles au monde, l'écurie Jaguar n'avait passé que deux tours en tête, un bilan dérisoire. Red Bull Racing, en revanche, a caracolé en tête lors de 3075 boucles!

L'accord impliquait que Red Bull promette d'investir un minimum de 200M£ (actuellement 270M€, mais équivalent à 286M€ le jour du rachat en novembre 2004) lors des trois années suivantes. Red Bull a par ailleurs fait signer le légendaire ingénieur Adrian Newey, et a fait du prometteur Sebastian Vettel l'un des plus grands pilotes de l'histoire de la Formule 1.

Certes, cela a pris un moment, mais une croissance sensée et l'envie d'investir a créé un géant de la F1 qui a même racheté une seconde équipe, Minardi, pour en faire son junior team. En bref, Red Bull a fait les bonnes affaires et en a tiré les bénéfices.

Que peut en apprendre Renault?

Les dernières années de Renault en F1 ont été particulièrement mouvementées. En tant que constructeur, le Losange a remporté 35 victoires depuis 1979 et sa révolution de la F1 par l'utilisation des moteurs turbo.

Renault a remporté le Championnat du Monde a deux reprises, avec Fernando Alonso en 2005 et en 2006, face à l'ardente concurrence de Michael Schumacher et Ferrari. En tant que motoriste, Renault peut se targuer de 12 titres mondiaux, notamment grâce à sa collaboration avec Benetton, Williams et Red Bull. Seule la Scuderia fait mieux.

Les deux dernières saisons avec Red Bull ont été exécrables : l'équipe anglo-autrichienne n'a pas manqué de critiquer le produit proposé par Renault et ses efforts pour l'améliorer, ce qui a incité le Losange à reprendre le contrôle de son destin.

L'écurie rachetée, Lotus, est justement l'équipe que Renault a vendue en 2009 (après l'avoir rachetée en 2000) et avec laquelle les deux titres mondiaux ont été remportés. C'est sous l'identité de Toleman que l'écurie a été créée, elle qui fut notamment la première équipe F1 d'Ayrton Senna.

Voilà la problème : en Formule 1, les constructeurs vont et viennent. Le coût pour y courir est énorme, mais eux seuls (ainsi que les États souverains, les milliardaires et les oligarques) ont les moyens de payer ces factures astronomiques. Jusqu'au moment où l'absence de résultat se fait sentir : c'est là que le conseil d'administration se demande pourquoi la marque est engagée si elle ne gagne pas, ayant oublié pourquoi elle s'y est lancée en premier lieu.

Quand on y pense, racheter une écurie de F1 pour une livre ou pour un euro est en fait moins ridicule que dépenser des centaines de millions pour l'entretenir : les coûts ont pris une ampleur sans précédent. Seuls les très riches peuvent y prétendre.

Renault affirme sa volonté de revenir au premier plan en F1. Pour cela, il va falloir bien plus d'argent que la livre sterling dépensée pour racheter Lotus.

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