Comment se déroulera le vote pour l'introduction du moteur standard?

L’idée d’un moteur standard en Formule 1 continue à faire son chemin. Mais qui décidera de son arrivée ou non?

Le but de ce moteur standard est de faire baisser les coûts pour les petites écuries de F1. Jean Todt, le Président de la FIA, y croit et a déclaré durant le Grand Prix du Mexique que l’appel d’offres était prêt à être lancé.

Pour l’instant, il s’agit d’une consultation. Si les écuries disent vouloir ce moteur, nous passerons à l’étape suivante, celle de sa présentation au Groupe Stratégique. Nous sommes confiants pour que le groupe accepte ce moteur. Puis, il ne restera qu’à la Commission F1 et au Conseil Mondial du Sport Automobile de l’accepter", a déclaré Todt au Mexique.

Mais certaines écuries sont farouchement opposées à l'arrivée de ce moteur à bas coût. Ont-elles pour autant le pouvoir de bloquer son introduction?

Le Groupe Stratégique

Le premier palier de gouvernance de la F1 est le Groupe Stratégique, composé de 18 voix. Il y a une voix pour chacune des 6 équipes majeures (actuellement Mercedes, Red Bull Racing, McLaren, Ferrari, Williams et Force India), puis 6 voix pour la FIA, et 6 pour la FOM (Formula One Management, détenteur des droits commerciaux de la F1).

La règle a été changée pour 2017 et requiert désormais une décision à la majorité. Cela signifie que si Bernie Ecclestone (FOM) et Jean Todt (FIA) unissent leurs voix, ils peuvent contrecarrer toute opposition des écuries. Si le vote est accepté, l’idée du moteur standard sera alors proposée à la Commission F1.

Commission F1

La Commission F1 a été réorganisée en 2013 suite à la nouvelle entente bilatérale instaurée par Ecclestone avec les écuries. Son rôle demeure inchangé : la Commission a le pouvoir d’approuver ou de rejeter les changements de règlement suggérés par le Groupe Stratégique ou les groupes de travail. La Commission n’a pas le pouvoir d’amender les règlements. Son rôle est de servir de garde-fou afin d’éviter que des règlements impopulaires soient implantés.

On compte 26 voix dans son format actuel. Il faut au moins 18 voix en faveur de tout projet pour qu’il soit ensuite présenté au Conseil Mondial du Sport Automobile de la FIA.

Les voix sont divisés comme suit : 12 voix aux écuries, 8 voix aux promoteurs de Grands Prix, deux voix aux sponsors, une voix aux motoristes, une voix au manufacturier de pneus, une voix à la FOM et une dernière voix à la FIA.

La situation a été compliquée par le fait qu’il n’y a plus 12 écuries en F1 puisque que Caterham et HRT ont fermé leurs portes. Des sources nous ont indiqué que les équipes disposent toujours de 12 voix, mais que désormais les deux voix supplémentaires sont accordées au clan qui dispose de la majorité.

Voici un exemple : si un vote est divisé 6-4 entre les 10 écuries actuelles, les voix supplémentaires de Caterham et HRT sont accordées à la majorité, pour un compte final de 8-4. C’est ce genre de petits détails qui risque d’avoir de lourdes conséquences s’il y a effectivement un vote sur le moteur standard.

La dynamique du vote

La nomination de plusieurs représentants est influencée par Bernie Ecclestone, et cela concerne les promoteurs de Grands Prix (deux d’Europe, et deux hors du Vieux Continent) et des sponsors (Rolex et Philip Morris). Pirelli est le manufacturier de pneus et Renault représente les motoristes.

L’évaluation des alliances stratégiques, ajoutée à l’appui accordé par Ecclestone et Todt au moteur standard, tendent à démontrer qu'une majorité de voix ira en faveur de ce moteur. En effet, en additionnant les voix de la FIA, de la FOM, de Pirelli, d’un sponsor (Rolex) et de huit promoteurs, on arrive à 12 voix en faveur du moteur standard. Ajoutons à cela les votes des écuries Force India et Red Bull, qui sont en faveur de ce type de motorisation économique, et on arrive cette fois à 15 voix. Rappelons qu’il en faut 18.

Les écuries partagées

Les manufacturiers, qui ont englouti des millions d'euros dans le développement des unités de puissance actuelles, ne sont certainement pas intéressés par le fait de voir un moteur à bas coût faire son entrée en F1. Si les deux types de moteurs sont compétitifs, les petites écuries ne seront pas disposées à payer le tarif élevé exigé par les constructeurs. Elles se contenteront du moteur standard.

On peut donc déduire qu’actuellement Mercedes, Ferrari (soutenu par son sponsor Philip Morris), McLaren et Renault, en plus de la voix du motoriste, seront contre l’idée du moteur standard. Ajoutons à cela Sauber qui ne semble pas très intéressé par cette proposition de moteur économique.

Cela laisse donc Williams et Manor dans le flou. Même si on les ajoute à notre compte, on arrive à 17 voix alors que le chiffre décisif est 18. Les voix des écuries seraient divisées 5-5, et Todt et Ecclestone seraient alors à court d’un vote, car ils n’en auraient que 17 en poche.

Voix supplémentaires

C’est à ce moment que les voix supplémentaires des défuntes écuries Caterham et HRT prennent tout leur poids. Si Ecclestone ou Todt parvient à persuader une ou les deux écuries dans le flou à appuyer leur démarche, ou même à inciter un motoriste à changer de camp, alors tout bascule. Ainsi, le vote 6-4 devient 8-4 et le moteur standard devient bel et bien une réalité en 2017 en dépit de l’opposition des constructeurs.

Peut-on éviter ce vote?

Probablement dans le but d’éviter ce vote, l'équipe Mercedes a fait comprendre qu’elle était encline à discuter du problème des coûts des unités de puissance avec les dirigeants de la FIA.

Toto Wolff, directeur de la compétition chez Mercedes affirme: “Je peux comprendre la position de la FIA. Par contre, à titre de motoriste, nous avons approuvé cette réglementation technique. Nous avons conçus et développé ces moteurs pour cette réglementation, et tout repose sur une analyse de rentabilité”.

"Que voulons-nous vraiment accomplir en baissant le coût des moteurs? Désirons-nous changer le règlement technique parce qu’il est trop complexe? Discutons-en. Devons-nous rendre les moteurs plus bruyants? Je crois qu’il faut adopter une réflexion structurée”.

L’inquiétude liée à un vote extrêmement serré peut servir à activer les négociations et les pourparlers, et ainsi éviter de voir ce moteur standard imposé de force et contre la volonté de certains.

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Séries Formule 1
Type d'article Analyse