Débat - Mercedes peut-il accepter les résultats de Bottas ?

Après des courses compliquées en ce début de saison pour Valtteri Bottas, Motorsport.com a demandé à ses journalistes si Mercedes pouvait se permettre d’accepter son manque de performance.

Débat - Mercedes peut-il accepter les résultats de Bottas ?

Depuis 2017, Valtteri Bottas est le deuxième pilote Mercedes, il remplit parfaitement sa mission en encaissant beaucoup de points pour remporter le championnat constructeurs chaque année avec son écurie et permettre à Lewis Hamilton d'être sacré Champion du monde. Mais cette année, le Finlandais n'est plus aussi compétitif que les saisons passées. Nos journalistes donnent leur avis quant au positionnement de Mercedes sur les résultats de son pilote.

 

Je pense que la question est un peu dure si tôt dans la campagne. Oui, Bottas a sous-performé en Azerbaïdjan, mais à Monaco c'est Lewis Hamilton qui a lutté. La Mercedes W12 est clairement une bête difficile à exploiter au mieux.

Un bon pilote numéro 2 doit normalement marquer entre 60 % et 80 % du nombre de points du numéro 1. Bottas a été dans cette fourchette chaque saison chez Mercedes et s'il avait terminé deuxième à Monaco au lieu d'être contraint d'abandonner à cause de son problème de roue, il le serait encore cette année.

Mercedes ne l'acceptera pas – Bottas non plus – et il y a une pression supplémentaire maintenant que Red Bull est beaucoup plus fort en 2021, mais le Finlandais est sans aucun doute un meilleur pilote que ce que nous avons vu à Bakou. Il n'y a pas besoin de paniquer pour l'instant.

Ceci étant dit, Mercedes doit commencer à planifier l'avenir rapidement et nous assistons certainement à la dernière saison du duo Hamilton-Bottas.

 

  • NON – Benjamin Vinel, Motorsport.com France France

Jadis, le manque de performance de Valtteri Bottas face à Lewis Hamilton n'était pas un réel problème pour Mercedes, tant la domination des Flèches d'Argent était écrasante. La marque à l'étoile a remporté les titres des pilotes et des constructeurs relativement aisément lors des quatre dernières années, malgré un déficit de Bottas sur Hamilton qui variait entre 58 et 151 points. Les statistiques actuelles ne sont pas à l'avantage du Finlandais, qui a déjà inscrit 54 unités de moins que son coéquipier en six Grands Prix cette saison – certes en ayant été victime de deux abandons qui lui ont fait perdre une vingtaine de points. Sur les dix dernières courses en date, Bottas n'a engrangé que 73 points : moins que Sergio Pérez, Lando Norris ou encore Carlos Sainz.

Bien entendu, un facteur majeur est le fait que Bottas ne se trouve pas aux avant-postes lors d'une saison 2021 où Red Bull s'est hissé au niveau de Mercedes et où Sergio Pérez assure le rôle de lieutenant de Max Verstappen mieux que ne le faisaient Pierre Gasly ou Alexander Albon. Le Grand Prix d'Azerbaïdjan en est le parfait exemple : tandis que Pérez a répondu présent pour s'imposer en profitant de l'accident de Verstappen et de l'erreur de Hamilton, Bottas était englué dans le peloton, où il a même subi l'ignominie de perdre quatre places en un tour lors du premier restart. Conséquence : Mercedes commence à être distancé par Red Bull au championnat des constructeurs. Remplacer Bottas pour 2022, par le prometteur George Russell par exemple, semble donc être le meilleur choix à ce jour.

Valtteri Bottas, Mercedes W12
  • NI OUI NI NON – Basile Davoine, Motorsport.com France France

Il va de soi qu'une écurie comme Mercedes ne peut pas se satisfaire du niveau affiché par Valtteri Bottas en ce début de saison. Le plus préoccupant à ce jour est évidemment la piètre prestation du Finlandais lors du dernier Grand Prix, à Bakou, où il a tout simplement été inexistant en course au point de ne pas parvenir à intégrer le top 10.

Néanmoins, cette manche azérie incite probablement à relativiser. Sans doute a-t-elle exacerbé le fossé qui le sépare de son illustre voisin de garage. Car peut-on vraiment comparer Bottas à un septuple Champion du monde de la trempe de Lewis Hamilton ? Ce dernier, même s'il a finalement gâché une opportunité de victoire, avait auparavant prouvé qu'il était capable de faire briller une monoplace au-dessus de son niveau réel. D'ailleurs, qui en doutait lorsque l'on se souvient, au hasard, de Singapour 2017 ?

Par ailleurs, condamner Bottas aussi rapidement paraît relativement injuste. Il y a tout d'abord le contexte qui, entre les contrats successifs qui ne dépassent pas un an et les épisodes de Sakhir 2020 puis Imola 2021 avec George Russell, en fragiliserait plus d'un. Surtout, on ne peut pas d'un côté porter aux nues (à juste titre) Hamilton pour son niveau et balayer d'un revers de main le fait que, plus qu'à son tour, Bottas est parvenu à faire jeu égal avec le Britannique dans l'exercice des qualifications ces dernières années. Et puis il y a la saine collaboration entre les deux hommes jusqu'à présent, qui évite à Toto Wolff bien des maux de tête comme il a pu en connaître à l'époque du tandem Hamilton-Rosberg…

Lire aussi :

  • NON – Jacobo Vega, Motorsport.com Espagne Spain

C'était bien les dernières années, parce qu'ils n'avaient pas de concurrent sur la piste, mais je crains que les performances de Bottas, cette année, ne soient pas suffisantes pour aider l'écurie à obtenir les deux titres s'il ne s'améliore pas.

Les performances globales de Bottas pendant son contrat chez Mercedes ont été mauvaises en général, avec quelques moments brillants, surtout en qualifications, mais cette année est encore pire, il semble perdu. Je ne sais pas si c'est parce qu'il sait qu'il ne sera pas dans l'écurie la saison prochaine, mais ses performances ne sont pas acceptables pour une écurie qui joue le championnat.

 

  • OUI – Christian Nimmervoll, Motorsport.com Allemagne Germany

Pour être honnête, je ne pense pas qu'il y ait un manque permanent de performance. Oui, il a parfois des week-end ratés comme Imola ou Bakou, mais ils sont généralement liés à la fenêtre très étroite de température des pneus dans laquelle la Mercedes fonctionne bien. Je suis sûr que Valtteri fait partie des huit meilleurs pilotes de la grille, et cela fait de lui un très bon numéro 2. Il est capable de défier Lewis Hamilton en termes de rapidité, et si Lewis n'était pas son coéquipier, il serait certainement déjà Champion du monde. Il n'est pas du calibre de Hamilton, Verstappen ou Leclerc, mais en tant que numéro 2, il n'a pas besoin de l'être. Il est un parfait coéquipier et est le meilleur deuxième pilote pour soutenir Lewis dans l'obtention d'un huitième titre et marquer beaucoup de points pour le championnat constructeurs.

Cependant, je continue de penser que, bien qu'il soit presque parfait dans son rôle, il ne sera pas chez Mercedes en 2022. Toto Wolff a promis à George Russell de le promouvoir le moment venu et retarder Russell d'une année supplémentaire peut probablement le pousser à chercher un baquet dans d'autres équipes. Et des écuries comme Red Bull seraient stupides de ne pas le recruter s'il cherchait une nouvelle voie de carrière. Donc si Mercedes veut garder Russell sur le long terme, et je pense que c'est le cas, cela signifiera le départ de Bottas. Et avec presque tous les bons cockpits apparemment improbables pour Bottas en 2022, ce sera la fin de sa carrière de pilote de pointe en F1.

Valtteri Bottas, Mercedes
  • NON – Guillaume Navarro, Motorsport.com France France

À titre personnel, je verrais d'un très bon œil un changement de pilote chez Mercedes pour la beauté du championnat, et trouve inacceptable que la lutte 2021 se déroule déjà sans l'une des deux autos de Brackley après un gros quart de la saison. Viendrait-il à sauver une troisième place au championnat que le Finlandais pourrait maintenant déjà considérer sa saison "sauvée".

Inexistant en Azerbaïdjan, Bottas a réalisé une prestation au même genre de saveur qu'en Émilie-Romagne, avec un enchaînement de qualifications ratées et une impuissance générale en course ne laissant aucune perspective, et faisant de lui la cible de pilotes d'équipes de second tiers de plateau. À sa décharge, Bottas a certes connu de meilleurs week-ends à Bahreïn, à Monaco ou encore en Espagne et au Portugal, mais tout en restant un rival imaginaire pour les deux candidats au titre. C'est bien là le problème de Bottas en 2021 : même ponctuellement, sur une course ou une autre, le Finlandais ne semble pouvoir faire parler la poudre et se "racheter" un peu de crédit pour bercer des illusions que seul lui semble entretenir.

Il est entendu que des myriades de facteurs variables intrinsèques à chaque week-end de Grand Prix peuvent faire accepter des hauts et des bas dans les performances de tout pilote occasionnellement. Ce qui caractérise tout de même de manière assez nette les candidats au titre des "simples" potentiels vainqueurs de Grands Prix ou encore des autres, au-delà du matériel disponible, concerne la régularité et la capacité de chacun à justement s'afficher envers et contre tout à un niveau de performance régulier, et sembler être en capacité de profiter des circonstances en cas de méforme de la concurrence ou de circonstances favorables en course. Ces mesures déterminées sur une certaine durée permettent d'identifier quelques clients habitués aux "surperformances" ou "opportunités" ou donnant la sensation de ne manquer que du contexte parfait pour se montrer immédiatement menaçants : Max Verstappen ou Charles Leclerc, par exemple, tiennent communément ce rang ; Gasly et Norris s'y habituent, tandis que Daniel Ricciardo pouvait aussi facilement être perçu comme l'un de ces candidats, notamment lorsqu'il évoluait chez Red Bull.

Alors que Mercedes ne semble plus disposer systématiquement de la meilleure machine du plateau sur chaque course cette année, ressortent encore plus les difficultés du Finlandais à se hisser au niveau requis par un top team pour pouvoir se battre pour le titre constructeurs ou participer à la collecte du titre pilotes (le sien comme celui de son équipier). L'écart séparant parfois le #77 de son équipier Champion du monde avec une auto véloce avait pour conséquence, en cas de course terne (comme il y a en tout de même eu de nombreuses l'an dernier), de ne pouvoir contenir les jeunes rivaux susmentionnés mais de garantir la deuxième position. Cette année, ses difficultés le repoussent même plus loin, à distance notable du podium et parfois même en lutte pour les derniers points, ce qui ne peut que donner corps chez Mercedes comme chez les observateurs aux envies de changement – à juste titre.

 

  • NI OUI NI NON – Oleg Karpov, Motorsport.com Russie Russian Federation

Je ne qualifierais pas les résultats de Valtteri d'inacceptables. Il est clair qu'il a du mal avec la mise en température des pneus sur certains circuits et dans certaines circonstances, mais il ne fait aucun doute qu'il est le numéro 2 presque idéal pour Lewis Hamilton et Mercedes. Il ne fait pas de politique ; en cinq ans, l'écurie n'a jamais vu une collision entre ses deux pilotes et Bottas a contribué aux titres qu'elle a gagnés. Il ne fait aucun doute que Lewis voudrait qu'il reste.

Mais je pense que le temps est venu pour Bottas de partir, simplement parce que Mercedes doit penser à l'avenir. Et son futur n'est pas Valtteri. Ce n'est même pas Hamilton. C'est George Russell. Après son excellente performance à Bahreïn l'année dernière, il est tout simplement inutile de le laisser chez Williams. George est prêt pour gagner des courses. Il n'y a aucun doute là-dessus, comme il l'a prouvé en décembre dernier.

Bottas n'est pas un mauvais pilote. Il n'est ni meilleur, ni pire que ce qu'il était l'année dernière ou deux ans auparavant. Mais George a le potentiel d'une superstar et c'est la principale raison pour laquelle Mercedes devrait lui faire une place.

 

  • NON – Jose Decelis, Motorsport.com Espagne Spain

Non, ils ne peuvent pas. Red Bull a deux très bons pilotes, et à chaque course, l'équipe aura besoin de Bottas pour éviter de laisser Hamilton se battre seul contre Verstappen et Pérez. Mercedes aura probablement bientôt la meilleure voiture et Hamilton pourra gagner les courses sans l'aide du pilote numéro 2, en revanche s'ils veulent aussi gagner le titre constructeurs, ils auront besoin de Bottas.

Et d'un autre côté, je ne suis pas sûr qu'Hamilton voudrait changer Bottas pour un pilote plus compétitif qui peut lui voler des points…

 
partages
commentaires
"Gagner des courses", challenge commun pour Ocon et Alpine

Article précédent

"Gagner des courses", challenge commun pour Ocon et Alpine

Article suivant

Le maire de Londres veut un Grand Prix "le plus tôt possible"

Le maire de Londres veut un Grand Prix "le plus tôt possible"
Charger les commentaires
Denny Hulme, le plus méconnu des Champions du monde F1 Prime

Denny Hulme, le plus méconnu des Champions du monde F1

Le 22 octobre 1967, Denny Hulme était sacré, au nez et à la barbe des stars de l'époque. Retour sur la carrière du plus méconnu des Champions du monde de la discipline reine.

Les dernières péripéties de l'unique équipe brésilienne de F1 Prime

Les dernières péripéties de l'unique équipe brésilienne de F1

Emerson Fittipaldi est surtout connu pour ses deux titres de Champion du monde de F1 et ses deux victoires aux 500 Miles d'Indianapolis. Mais le Brésilien a également enfilé la casquette de directeur d'équipe. L'ancien designer de l'écurie Fittipaldi, Tim Wright, revient sur une période marquée par des conflits internes, un financement limité et des résultats blancs en dépit d'un excellent casting.

Formule 1
21 oct. 2021
Les erreurs qui ont privé Williams du titre 1991 Prime

Les erreurs qui ont privé Williams du titre 1991

La saison 1991 représente l'une des plus grandes opportunités manquées de l'Histoire de Williams. Des problèmes techniques et des erreurs parfois grossières de Nigel Mansell ont aidé Ayrton Senna à décrocher la dernière de ses trois couronnes mondiales.

Formule 1
20 oct. 2021
Pourquoi l'expansion de McLaren contribue à sa renaissance en F1 Prime

Pourquoi l'expansion de McLaren contribue à sa renaissance en F1

Dans les années 1960 et 1970, McLaren jonglait avec des engagements en F1, en Endurance et à Indianapolis, tout en concevant des F3 et des F2. Aujourd'hui, l'équipe retrouve ses racines, se développe en IndyCar et en Extreme E tout en poursuivant sa renaissance en F1, tandis que la Formule E et le WEC sont à l'étude. Mais n'est-ce pas trop, trop tôt ? Stuart Codling en discute avec Zak Brown.

Formule 1
19 oct. 2021
Innovations bannies : le double diffuseur de Brawn GP Prime

Innovations bannies : le double diffuseur de Brawn GP

La saison 2009 de Formule 1 est célèbre pour avoir vu l'arrivée et le triomphe immédiat de Brawn GP sur les cendres de l'équipe Honda, avec la victoire dans les deux championnats à la clé, scellée il y a 12 ans jour pour jour à Interlagos.

Formule 1
18 oct. 2021
Échanges radio, ou le danger d'une trop grande interprétation Prime

Échanges radio, ou le danger d'une trop grande interprétation

Lewis Hamilton a répondu aux articles le disant "furieux" contre Mercedes après des échanges radio houleux lors du Grand Prix de Turquie. Une mise au point qui rappelle à quel point les extraits radio diffusés en F1 peuvent aussi bien éclairer que déformer une situation réelle.

Formule 1
14 oct. 2021
Vettel : "Certains sujets sont trop importants pour être négligés" Prime

Vettel : "Certains sujets sont trop importants pour être négligés"

Près de quinze ans après son arrivée en Formule 1, Sebastian Vettel a bien changé. Le quadruple Champion du monde n'hésite plus à défendre les causes qui lui tiennent à cœur, telle la protection de l'environnement et des personnes LGBT. Quel avenir aura-t-il à son départ de la Formule 1 ? Le pilote Aston Martin s'est confié à plusieurs médias, dont Motorsport.com Italie.

Formule 1
13 oct. 2021
Comment les arrêts au stand sont devenus une forme d'art en F1 Prime

Comment les arrêts au stand sont devenus une forme d'art en F1

Les arrêts au stand en Formule 1 sont un mélange à vitesse accélérée de haute technologie et de performance humaine. Pat Symonds nous décrit comment cette science des gains marginaux rend les arrêts si rapides.

Formule 1
12 oct. 2021