Le designer très demandé qui s'occupe des casques de F1
GP Racing a rendu visite au designer Jens Munser pour observer la conception du casque spécial de Mick Schumacher pour le Grand Prix de Miami, et a eu la chance d'entendre quelques histoires sur le père, Michael, et le mentor, Sebastian Vettel.
Le casque de Mick Schumacher pour le Grand Prix inaugural de Miami est emmené au four pour faire sécher plus rapidement la double couche de vernis qui vient d'être appliquée par Jens Munser. L'Allemand, à la tête de l'entreprise Jens Munser Designs, s'occupe du casque de plusieurs pilotes de la grille, dont le représentant de Haas.
"Lorsque je peignais encore des casques dans la cave de la maison de mes parents, je les faisais sécher la nuit dans le four de la cuisine", dit-il dans un sourire en se remémorant ses jeunes années et ses premiers clients, en motocross. "Le lendemain, ma mère faisait des gâteaux dans le même four. Je suis donc heureux que mes parents soient encore en vie et n'aient pas de problèmes de santé ! Parce qu'à l'époque, le vernis était plein de solvants et toute la cuisine sentait mauvais. Aujourd'hui, les solvants sont bien meilleurs, mais il y a 20 ou 30 ans, c'était tout simplement épouvantable."
Aujourd'hui, Munser fait la cuisine au deuxième et dernier étage d'un bâtiment situé dans la périphérie de Salzgitter, sa ville natale, à l'est de Hanovre. Le four se trouve dans une pièce à part, dans laquelle Jens peint également. C'est une petite pièce, à côté des bureaux principaux, qui comptent une dizaine de postes de travail, dont celui de Munser que l'on peut reconnaître à la quantité de déchets. Pour l'instant, son bureau est rempli d'autocollants, de rouleaux de ruban adhésif et de dessins de casques. Il y a aussi un kit d'aérographie que Munser utilise pour les touches finales.
Pendant que les futurs casques de Schumacher affrontent une chaleur d'environ 50 degrés, nous descendons au rez-de-chaussée, qui abrite un petit musée. On y trouve, entre autres, une dizaine de casques utilisés par Michael Schumacher, le père de Mick, qui était le principal client de Munser au début de sa carrière, et quelques dizaines de casques de Sebastian Vettel, avec qui l'Allemand a pu vraiment se faire un nom en F1.
Jens Munser entouré de ses créations
Jens Munser Designs emploie actuellement 14 personnes. Le designer allemand a pu collaborer avec une quarantaine de pilotes de F1, et son premier client en catégorie reine a été Tora Takagi. Toutefois, Jens n'a peint que deux casques pour le Japonais.
En fait, ce sont les compatriotes de Munser qui l'ont aidé à s'implanter en F1. Il a accompagné Nick Heidfeld de la F3 à la F1, puis, lorsque Ralf Schumacher s'est mis à porter des casques Schuberth au début des années 2000, il a reçu la mission de peindre les casques jaunes du pilote, car le QG du manufacturier, à Magdebourg, est à environ 80 minutes de route de Salzgitter.
Après cela, le frère aîné de Ralf, Michael, est lui aussi devenu un client de Munser. Aujourd'hui, l'Allemand travaille non seulement avec Mick mais aussi avec David, le fils de Ralf, qui roule en DTM. Mais c'est bien sûr pour Sebastian Vettel que Munser a conçu et produit le plus de casques.
"Mon entreprise était encore petite et j'étais certain que la seule façon de rester en Formule 1 était de proposer des idées. Sans idées, je ne suis qu'un peintre", explique-t-il, tout en montrant plusieurs casques de Vettel. Rien que pour son passage chez Red Bull, le quadruple champion a utilisé près d'une centaine de modèles uniques. "J'ai simplement dit à Seb : 'Faisons quelque chose de fou.' Et puis on ne s'est jamais arrêtés."
C'est un peu comme les Beatles. Ils ont commencé avec de la musique fun et puis plus tard, les chansons parlaient de choses plus importantes. Pour Sebastian et moi, c'est presque pareil.
Jens Munser
"Avec Seb, nous étions les seuls à faire ça. Maintenant, tout le monde veut un casque spécial. Il y avait dix casques spéciaux à Austin l'an passé. Encore plus à Miami maintenant, presque tous les pilotes ont un casque spécial. J'imagine que ce sera la même chose à Monaco."
"Mais je pense que ça commence à devenir un petit peu ennuyeux. Qu'est-ce que l'on peut faire pour Monaco ? Une roulette, des cartes ? Chaque année, c'est la même chose. Les jeunes pilotes d'aujourd'hui ne savent même pas ce que l'on a fait avec Sebastian il y a 15 ans. Ils me disent : 'Oh, Jens, on pourrait dessiner une roulette pour Monaco !' Et je leur réponds : 'Oh, quelle bonne idée !' J'ai hâte d'être à Las Vegas pour voir plus de roulettes et plus de cartes."
Tout en travaillant sur le casque de Mick Schumacher, Munser parle avec son équipe d'artistes, qui applique les touches finales au casque de Vettel alertant sur le changement climatique. Les récentes collaborations de Munser avec le pilote Aston Martin ont toutes résulté en des messages sur des problèmes et enjeux mondiaux : Ukraine, environnement, climat, etc.
"Je pense que c'est le signe que nous vieillissons", suggère-t-il. "C'est un peu comme les Beatles. Ils ont commencé avec I Want To Hold Your Hand [je veux tenir ta main, ndlr], de la musique fun. Et puis plus tard, alors qu'il prenait de l'âge, John Lennon a changé sa musique, les chansons parlaient de choses plus importantes."
"Pour Sebastian et moi, c'est presque pareil. Nous avons commencé avec des idées amusantes, des paillettes, du chrome. Maintenant, il a ses messages, parfois à caractère politique, et je suis heureux que nous le fassions ensemble. Pour moi, c'est encore quelque chose de nouveau."
Les casques de Munser ont évolué au fil du temps, leurs messages aussi
Si l'on omet le temps, le processus de peinture d'un casque ne demande essentiellement que trois choses : de la peinture, des stickers et beaucoup de ruban adhésif. Après la réception du casque, dans le cas de Schumacher il provient de l'usine Schuberth à Schio, en Italie, Munser applique l'apprêt : il s'agit généralement d'une couche de peinture blanche, qui est appliquée sur la base en carbone.
"Lorsque nous venions de commencer à travailler avec [Michael Schumacher], l'une des premières questions qu'il m'a posée a été : 'Pourquoi commences-tu avec du blanc ? Tu ne peux pas commencer avec du rouge ?'" raconte-t-il. "Ça m'a marqué parce qu'on ne m'avait jamais posé cette question, mais en fait, c'est une bonne question."
"C'est un pilote, il ne sait pas que la peinture fluorescente est transparente. Donc je lui ai expliqué que l'on avait besoin d'une couleur blanche pour faire ressortir la lumière : 'Sans ça, ton casque serait marron, Michael.' Et il a acquiescé. Mais il voulait réduire le poids le plus possible. Pour lui, il était important que son casque soit rouge seulement parce qu'il voulait que chaque autre pilote sache que c'était lui qui arrivait derrière : 'Oh, il y a une Ferrari, c'est Michael ou Rubens [Barrichello] ? Michael ?! Je ferais mieux de me pousser plus rapidement.'"
"La peinture que nous utilisions pour son casque était pleine de pigments, c'était presque comme de la poudre parce que nous avions réduit le liant au minimum. Il m'a ensuite dit : 'Je n'ai pas besoin d'un vernis super brillant.' D'habitude, je passais trois ou quatre couches. Au final, il a accepté de n'en faire qu'une seule. Et le casque était… Je ne pouvais tout simplement pas le regarder parce que sous la lumière du garage, on pouvait voir toutes les étapes, les pigments. C'était horrible, mais pour lui ça allait, parce qu'il avait pu éliminer beaucoup de poids."
"Je reste convaincu que c'est le secret de son succès. Pas parce que son casque était plus léger mais parce qu'il posait toutes ces questions. Mon rôle était minuscule mais je suis sûr qu'il rendait ses ingénieurs fous avec toutes ses questions. C'était un super pilote, oui, mais c'était un encore meilleur développeur."
Le casque spécial de Mick pour Miami n'est pas encore terminé. L'occasion pour Jens de parler du premier casque spécial d'un Schumacher pour une course aux États-Unis. Il y a un peu plus de vingt ans, c'est Munser en personne qui s'est chargé du design du casque comportant un drapeau américain que Michael Schumacher a porté à Indianapolis, après les attentats du 11 septembre 2001. Un exemplaire de ce casque est exposé dans le musée.
Le casque de Michael Schumacher au GP des États-Unis 2001
"C'est le second casque, celui qu'il n'a jamais utilisé", précise Jens en nous le montrant. "Avant la course, j'ai commencé à préparer deux casques mais nous n'étions pas sûrs qu'il utiliserait ce design. La situation était vraiment difficile parce que personne ne savait ce qui allait se passer. Mais je voulais quand même que ces casques soient prêts. Et puis Ferrari a dévoilé ses voitures avec un drapeau américain sur le côté, et un type de Schuberth m'a dit : 'Peut-être que tu as raison, peut-être que Michael veut lui aussi passer un message.'"
"Donc nous avons fini un casque dans la nuit et trouvé un photographe de Munich qui pouvait l'emporter en Amérique. Le second [casque] est resté ici. C'est un beau souvenir. Ce week-end-là, le casque de Michael a fait les gros titres. Ils l'ont montré sur CNN, c'était leur sujet principal pour l'émission du soir : le message du Champion du monde de F1 en soutien aux États-Unis."
Revenons-en au casque de Mick. Après la peinture blanche, Jens ajoute une couche de peinture argentée pailletée. Sur le rendu final, elle n'apparaîtra que sur les contours d'un dragon, à l'arrière, et sur les motifs du côté.
L'étape suivante consiste à reproduire sur le casque ce dragon, qui puise ses racines des derniers casques du père, Michael. Après avoir fait imprimer les contours sur un traceur de découpe spécial, Munser les applique sur le casque. Ensuite, en recouvrant et découvrant diverses zones du casque avec du ruban adhésif blanc, il applique plusieurs couches de peinture : bleu Miami pour la base, noir pour le dragon et les motifs du côté, et magenta pour les deux bandes.
Munser en plein travail sur le casque de Mick Schumacher pour le GP de Miami
Lorsque la peinture est terminée, il est temps de décoller soigneusement le sticker du dragon pour exposer le reflet argenté. Il en va de même pour les motifs sur le côté. Ce n'est que maintenant que les étoiles et les rayures propres aux Schumacher sont ajoutées au sommet du casque. Elles sont imprimées, tout comme les logos du sponsor 1&1. Une fois chose faite, Munser recouvre le casque de deux couches de vernis.
Ensuite, il s'attelle au ponçage, pour gommer les aspérités du casque avant d'ajouter les autres sponsors. Vient ensuite une petite couche de peinture noire sur les bandes magentas pour obtenir un dégradé, puis une autre couche de vernis et un nouveau séchage. Lorsqu'il n'y a plus à faire, le casque est envoyé à Magdebourg, où les spécialistes de Schuberth l'équipent des composants nécessaires avant de le livrer en Floride.
À vrai dire, selon les normes de la F1 d'aujourd'hui, ce casque spécial n'est pas très différent de celui utilisé par l'Allemand habituellement. Le seul changement majeur se trouve dans les couleurs puisque les éléments du design (comme les étoiles ou le dragon) ont été conservés.
"Nous n'avons rien qui le relie trop à Miami", indique Munser. "Pas de palmiers ou de plages. L'idée de ce casque est née lorsque [Mick] m'a dit qu'il aimait cette couleur [bleue]. Nous l'avions déjà sur son casque vert habituel, à l'arrière, et il m'a demandé d'en mettre aussi devant. Je me suis dit que ça serait bien de faire ça pour Miami, puisque c'est l'une de ses couleurs. Après tout, s'il l'aime, rien ne l'empêche de le porter de nouveau."
Mick Schumacher et son nouveau casque, conçu par Munser
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