Édito - Alex Zanardi, l'homme de fer maravilhoso !

Il arrive dans la dernière ligne droite de ses préparatifs pour les Jeux Olympiques de Rio.

Édito - Alex Zanardi, l'homme de fer maravilhoso !

L’été est toujours propice à la sortie de blockbusters niais et de films de superhéros. Trouver une affiche alléchante n’est pas une mince affaire ! Mais on doit bien l’avouer, l’histoire d’Iron Man retiendra toute notre attention.

Je veux bien entendu parler d’Alessandro Zanardi, l’homme au corps et à la tête plus résistants que notre bon vieux superhéros incarné par Robert Downey Jr, et auteur d’un Happy Ending que même les scénaristes hollywoodiens ne sauraient pas écrire ! Celui qui avale l’Iron Man - la version la plus dure au monde du triathlon - en moins de 10 heures, s’alignera au début du mois de septembre sur les Jeux Paralympiques de Rio de Janeiro pour défendre ses médailles d’or de Londres 2012 dans l’épreuve du handbike.

Le seul point commun entre les deux héros est qu’ils ont tous deux animé les rues de la Principauté de Monaco. L’un, dans une scène d’action offrant une interprétation de notre sport bien cocasse. L’autre, en prenant le départ du Grand Prix à deux reprises (1993 et 1999) et bouclant l’arrivée en 7e et 8e position. L’un est fictif et ses posters ornent les chambres de tous les mômes. L’autre est bien réel, respire la modestie et serait bien embarrassé que l’on fasse de lui un héros placardé partout.

La course en monoplace incarne la première vie de l’Italien. Une vie changée à jamais par un terrible accident en CART, son lieu de refuge après la F1, où il évite la mort de justesse mais perd ses deux jambes dans un tragique accident, avant de revenir avec courage au volant et de rouler jusqu’à encore très récemment en WTCC et en Blancpain avec une auto spécialement préparée pour ses besoins spécifiques.

Alex Zanardi, BMW Team Italy-Spain, BMW 320si en 1ère position dans la course 1
Alex Zanardi (BMW Team Italy-Spain), remporte sa première victoire WTCC... après sa double amputation

Sa carrière d’athlète olympique, elle, est devenue une raison d’être nouvelle : le défi de son autre vie. À force d’entraînement, de hargne et d’humilité, Zanardi a commencé de zéro dans un nouveau monde et s’est mis en tête de gagner à la régulière contre des pairs dans une grande variété de spécialités, en s’imposant une exigence physique et mentale colossale.

"Il m’a fallu un an pour réaliser une rééducation complète et pouvoir utiliser mes prothèses de manière efficace", explique Zanardi au site officiel du Comité Olympique. "Tout le reste passait après, car ce n’était que comme ça que je pouvais enfin me concentrer sur mes passions. Je n’ai jamais considéré quitter le sport. Même sur mon lit d’hôpital après l’accident, je savais que j’étais mentalement le même pilote et athlète qu’avant la perte de mes jambes. Bien sûr, je savais aussi que les jambes nous sont données par Mère Nature pour une raison, et il m’a fallu explorer la manière d’utiliser mon talent d’une manière alternative."

Alex Zanardi participe au triathlon d'Hawaii
Alex Zanardi participe au triathlon d'Hawaii

Ses exploits "para" furent acquis contre des compétiteurs tout aussi déterminés que lui à donner un sens à leur vie. Tout athlète ou observateur ne pourra que voir son respect pour Alessandro Zanardi décuplé par l’extraordinaire longévité de l’Italien au sommet de sa discipline. Jugez plutôt : l’homme a aujourd’hui 49 ans et fait figure de favori dans sa catégorie du handbike, le fauteuil roulant à pédale !

L’aventure a commencé il y a près de dix ans. En 2007, après des entraînements discrets, on le vit exploser sur le prestigieux Marathon de New York en signant la quatrième place en handbike, avant d’entamer une longue préparation professionnelle sur les grands évènements internationaux comme le Championnat du monde sur route. Un calendrier implacable, une rigueur de tous les instants. Les victoires arrivèrent vite sur le Marathon de Venice (bouclé en 1h30min56s) et le Marathon de Rome 2010 (1h15min53s). Pour sa quatrième participation au Marathon de New York, Zanardi décrocha enfin la plus haute marche du podium en 2011.

Lorsque j’ai eu l’honneur de le retrouver à la section du Parc Olympique de Londres sur le circuit de Brands Hatch avec le reste de la sélection italienne, à l’été 2012, Zanardi refusait avec modestie de se considérer comme le favori de l’épreuve. Compétiteur acharné, il n’avait pourtant rien laissé au hasard.

Il m’avait décrit l’étendue fascinante de sa collaboration avec le constructeur de châssis italien Dallara, auteur de son fauteuil de compétition en carbone. Comment il avait compté sur les autres membres de la Squadra Azzura et ses meilleurs rivaux pour questionner et relever son propre niveau, mettant encore une fois son ego de côté en suggérant que ses propres performances, il les obtenait grâce à la manière dont ses pairs le poussaient dans l’adversité.

Quelques jours plus tard, son radieux sourire fut de sortie pour célébrer la collecte de deux médailles d’or olympiques en Contre-la-montre (lors duquel il colla dix minutes au 10e classé !) et en Course de distance. Et même s’il salue le résultat collectif, sa troisième médaille, en d’argent, fut obtenue par l’équipe d’Italie grâce à son fantastique relais individuel.

Cette année, à Rio, Zanardi fait face à encore plus d’adversité : la catégorie d’âge à laquelle il appartient plafonne à 49 ans et il y est opposé à des athlètes plus frais de plusieurs années. Mais il arrive avec un optimisme débordant et voit un signe en sa faveur.

"J’adore Rio. C’était la même chose avec Brands Hatch : ce fut toujours un circuit que j’ai adoré et où j’ai vraiment eu de bons résultats, mais je n’avais jamais connu le plaisir d’y remporter une course sur quatre roues. Il a fallu que je revienne avec mon fauteuil pour corriger ça", décrit-il. "J’espère faire la même chose à Rio ; le village est proche de la zone qu’ils utilisaient pour le circuit ovale [Rio Autodromo] et où je roulais en IndyCar. Ne s’agit-il pas d’un signe ?"

Le coup de projecteur des JO est un plus à savourer, mais Zanardi ne pousse pas ses limites pour la gloire. D’ailleurs, c’est le processus de rigueur et de préparation menant à ces jeux, et la remise en question permanente qui a été nécessaire après avoir gagné l’or à Londres qui fascinent celui qui explore encore ses limites. Comment se motiver pour rééditer l’exploit quatre ans plus tard ? Quelles ressources puiser en son for intérieur pour encore se surpasser ?

"Gagner à Londres était génial mais les trois ans de préparation ayant mené jusqu’aux Jeux ont été la vraie valeur de tout ceci, car j’ai vécu ma passion et faisais ce que je faisais par choix", explique celui qui décida de plaquer le sport automobile qu’il pratiquait encore de manière professionnelle pour se donner toutes les chances de succès en tant qu’athlète. "Je n’ai pas sauté sur mon fauteuil pour gagner à Londres ; j’ai simplement gagné parce que je voulais pousser dessus." C’est avec le même état d’esprit qu’il arrive cette année, avec tout de même de la difficulté à dissimuler son instinct naturel de compétiteur sachant pouvoir chasser les records. Le tout avec le sourire.

Le peuple brésilien est connu pour son inconditionnelle alegria, et notre ami italien se sent proche de ces valeurs. Un autre signe ! "Nous aimons agir de manière pro mais avec le sourire sur le visage. Le Brésil est un pays qui accepte les défis et les surmonte."

Cela vous rappelle-t-il quelqu’un ?

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