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Formule 1
Édito - Fernando Alonso, superstar dans l'impasse
Des questions se posent, alors que personne ne sait encore à quoi ressemblera la saison 2018 d'un double Champion du monde aujourd'hui dans une situation paradoxale : superstar adulée et régulièrement condamnée au fond de grille.
Basile Davoine
Mis à jour: 19 juil. 2017, 10:00
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On peut avoir 35 ans, peser deux titres mondiaux dans l'Histoire de la Formule 1, avoir empoché 32 victoires et 22 pole positions en 16 saisons, avoir goûté 97 fois au champagne sur le podium, et ne pas savoir quel sera son avenir proche en Formule 1. Le raccourci est un peu facile, et peut-être Fernando Alonso sait-il en fait déjà ce qu'il fera en 2018. En attendant, l'Espagnol a martelé que rien ne filtrerait avant l'automne.
Lire aussi :
- Alonso presse McLaren de choisir son moteur 2018
La situation dans laquelle il se retrouve, en plus de déchaîner les passions et d'alimenter des débats qui peuvent être sans fin, peut générer de nombreuses interrogations. Au-delà de l'autopromotion qu'il gère à merveille, tout comme la communication indirecte par rapport aux événements qu'il subit, Fernando Alonso fait d'office partie des meilleurs pilotes du plateau, encore aujourd'hui. Certains iront jusqu'à dire qu'il s'agit tout simplement du meilleur, oubliant peut-être (in)volontairement les records que Lewis Hamilton fait tomber les uns après les autres, mais la subjectivité du sujet laisse le champ libre à une telle observation. Personne de sensé ne niera que le natif d'Oviedo est l'un des meilleurs et appartient au cercle des rares superstars de la Formule 1.

Ce constat fait, voir le principal intéressé souffrir d'une absence terrible de résultats depuis bientôt trois saisons maintenant est particulièrement troublant. Le statut de superstar d'Alonso ne date pas d'hier. Lorsque l'on est double Champion du monde à 25 ans et que le charisme est inné, le statut se forge presque naturellement. Superstar, une étiquette qui ne s'est même pas tellement abîmée si l'on en juge par les épisodes de la rivalité avec Hamilton chez McLaren en 2007, du spygate avec cette même écurie, ou même encore du crashgate de Singapour chez Renault. Oui, l'aura a toujours perduré. Mais les portes se sont tout de même fermées, sur fond de critiques systématiques des équipes ou des partenaires qu'il a côtoyés par le passé...
L'équation du bon endroit au bon moment
Les choix de carrière d'Alonso ont souvent été critiqués. On oublierait presque qu'il s'est imposé chez Ferrari dès son premier Grand Prix en 2010, et qu'il n'est passé qu'à quatre points d'un titre mondial qui lui semblait promis lors de cette même saison. Lorsqu'il a pris la décision de finalement quitter la Scuderia fin 2014 pour amorcer un retour que d'aucuns jugeaient absolument improbable chez McLaren, les comparaisons ont très vite fusé entre les abandons successifs dus au manque de fiabilité du moteur Honda, et la réussite presque insolente d'un Sebastian Vettel dès son deuxième Grand Prix avec Ferrari, dans une équipe italienne qui avait fait peau neuve.
Le pari manqué d'Alonso est sans doute d'avoir cru en Honda. Comment lui en vouloir totalement, quand une écurie du standing de celle de Woking y a également cru ? Néanmoins, l'Espagnol reste le premier responsable de la situation dans laquelle il se trouve aujourd'hui, traversant une période de disette qui le prive de victoire depuis plus de quatre ans. Une période qui fait mal, il ne le cache pas, mais un contexte dans lequel il démontre toujours la même hargne et la même implication. Ce meilleur temps décroché en Q1 grâce à un pari pneumatique à Silverstone et salué par la foule britannique, bien qu'anecdotique, démontre s'il le faut la dimension que le pilote conserve.

Pourtant, dans une carrière qui est à nouveau à la croisée des chemins, Fernando Alonso donne le sentiment d'être dans l'impasse. En fin de contrat chez McLaren à l'issue de la saison, il a clairement lié sa décision au fait de disposer d'une monoplace compétitive en 2018. L'écurie britannique, avec ou sans Honda, peut-elle lui garantir ? Même si ce n'était pas le cas, on imagine mal de quel moyen de pression le double Champion du monde peut disposer. Car on l'a compris, les portes des trois top teams que sont Ferrari, Mercedes et Red Bull sont visiblement plus verrouillées que jamais. La Scuderia a sans doute été la plus cinglante, par la voix de son président Sergio Marchionne, en affirmant ne pas être intéressée par les possibles envies de retour de son ancien pilote. Quant à Mercedes, la prolongation de Valtteri Bottas paraît déjà inéluctable, quand à plus long terme, c'est sans doute plutôt vers Sebastian Vettel que la firme à l'étoile chercherait à se tourner si le besoin s'en faisait sentir.
On est en droit de se poser la question, quand Flavio Briatore – qui a toujours accompagné sa carrière – compare Fernando Alonso à un Lionel Messi qui se retrouverait sans club en 2018. Car qui, en football, ne saisirait pas l'occasion d'agripper un tel talent s'il était disponible ? L'argument économique est assurément déterminant, mais on doute qu'il soit le premier obstacle pour certains top teams. Ainsi, on peut souligner le paradoxe à voir un pilote au talent si reconnu être finalement si peu désiré…
À quel point l'Histoire sera-t-elle cruelle ?
En fin de compte, le premier argument qui vient à l'esprit pour "menacer" McLaren de le perdre est sans doute celui de l'image. Dans une situation catastrophique sur le plan sportif, l'équipe anglaise peut sans doute se féliciter d'avoir eu dans ses rangs une telle superstar durant ces trois années pour continuer à exister. Car un pilote de la trempe d'Alonso garantit l'image mais aussi l'intérêt, qu'il soit médiatique ou populaire.

Lui-même a su entretenir cette image positive en prenant tout le monde de court cette année. Engagé aux 500 Miles d'Indianapolis, il s'est offert le luxe de zapper le Grand Prix de Monaco pour partir en quête d'une triple couronne qui commence à lui trotter dans la tête. Quel autre pilote aurait pu se permettre un tel changement de plan ? La situation chez McLaren était telle que cette "faveur" ne pouvait pas lui être refusée. Pour Alonso, l'occasion était par ailleurs belle de pouvoir rouler à nouveau en tête d'un peloton. Plus qu'un petit plaisir, il s'y est positionné pour y rester, passant à une vingtaine de tours seulement d'un grand ou d'un petit exploit, moteur Honda… cassé. Parce que l'Histoire, grande ou petite, est parfois cruelle.
Sans parti pris ni fanatisme, on ne peut qu'espérer revoir un jour Fernando Alonso dans une F1 compétitive. Parce qu'il est anormal de voir un tel palmarès lutter si loin dans le peloton d'une discipline que l'on nomme si souvent la catégorie reine.
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