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Édito - Détrumpez-vous, la F1 ne doit pas construire un mur !

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Édito - Détrumpez-vous, la F1 ne doit pas construire un mur !
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21 sept. 2016 à 06:56

"Nous allons construire un grand mur, élevé, impénétrable, magnifique". Ne cédez pas à ce programme !

À quelques semaines du scrutin qui désignera le prochain Président des États-Unis, nos amis d’outre-Atlantique n’ont jamais été aussi divisés autour de ce que doit être la vie en commun de demain qu’avec les deux visions du monde radicalement opposées proposées par les candidats républicain (Donald Trump) et démocrate (Hillary Clinton).

La définition du vivre-ensemble divise fortement selon les âges, origines, sexes, géographies, niveaux socioculturels et, globalement, les idéaux de chacun sur ce que doit être la société. D’une manière si binaire, et oubliant tant qu’il existe un grand panel d’intensités entre le blanc et le noir, que nombre d’électeurs ont par ailleurs le sentiment de ne pas disposer d’un candidat les représentant réellement.

Surfer ces derniers jours sur les réseaux sociaux et les communautés de fans de sports mécaniques était frappant de similitudes. Selon les préférences de pilotes, d'équipes, d'époques, de disciplines appréciées, d’âges, de niveaux d’éducation ou d’expériences, on assiste auprès du public de sports mécaniques à des clivages d’une bipolarité assez radicale. Et comme aux USA, cela a au moins le mérite de proposer un show fort divertissant - ce n'est pas notre modérateur qui me contredira !

Tous Bidochons ?

À l’occasion de la date de publication de mon précédent éditorial dédié à Maria de Villota, j’ai grandement sous-estimé l’emballement (le chauvinisme ?) de notre audience en maintenant ce texte en premier "bloc" d’actualité, tandis que l’annonce par Manor de la titularisation (attendue) d’Esteban Ocon en Formule 1 était placée en seconde position. Cette décision de hiérarchiser de la sorte fut simplement le résultat de mon recul manquant sur votre intérêt bien plus prononcé que tout ce que je pouvais imaginer pour l’arrivée d’un jeune Français dans la plus modeste équipe du plateau. Inutile de dire que la surprise fut bonne, et qu’une leçon a été apprise.

Esteban Ocon, Manor Racing

Mais l’idée de cette colonne m’est venue après avoir passé un peu de temps ce week-end sur les commentaires du compte Facebook officiel de la F1. J’y ai découvert, avec une certaine stupéfaction, je dois l’avouer, un monde où les fans indonésiens l’ont terriblement mauvaise après avoir vu Rio Haryanto être débouté de son volant de titulaire, au profit de notre adolescent hexagonal !

Ces mêmes fans du Pacifique qui ne suivaient pas la F1 il y a encore quelques mois et ont découvert le sport en soutenant inconditionnellement leur héros local révèlent le pouvoir de la F1. Leur réaction est épidermique, brutale. Amusante de naïveté, bien souvent. Ils se font d'ailleurs durement chambrer par les fans européens dans les conversations, qui deviennent vite les tortionnaires de la cour de récré. Mais ne nous moquons pas : nous avons nous-même tous zappé sur l'une ou l'autre des épreuves des JO pour la seule fois en quatre ans et fait sans doute criser les vrais aficionados des disciplines en question, qui nous reprochent sans doute un certain opportunisme. Mais tout le monde a le droit de choisir de commencer Star Wars à l'Episode IV, non ?

Une question de points de vue

Cette rixe répétée sur les sujets concernant Ocon m’a tout de même rappelé ce que j’ai pu lire - et lis encore - lorsqu’est évoqué le choix de Red Bull de ne pas avoir donné suite à la carrière F1 de Jean-Éric Vergne après l’avoir fait monter tout au long de sa carrière en séries junior et lui avoir accordé un baquet F1 pendant trois saisons. L’exaltation nationale rend souvent les jugements bien moins modérés, exception faite de quelques lieux pragmatiques et gâtés en représentation comme l’Allemagne ou la Grande-Bretagne.

Motorsport.com est un média sportif unique en ce sens qu’il dispose (pour le moment !) de 20 éditions internationales. Chacune œuvre avec une équipe locale, ciblant le contenu et les séries abordées aussi largement que ce formidable réseau le permet ; et simultanément aussi localement que possible pour étendre l’ouverture d’esprit de son audience. Je m’amuse souvent à comparer les données chiffrées des différentes éditions.

La Grid Girl de Max Verstappen, Red Bull Racing

L’emballement de la Russie pour la F1 avant la rétrogradation de Daniil Kvyat chez Toro Rosso était spectaculaire et croissant. Il faisait comprendre en une simple courbe pourquoi sponsors, constructeurs ou investisseurs sont convaincus du pouvoir des BRIC (Brésil-Russie-Inde-Chine), et globalement du rapprochement nécessaire de la F1 auprès de nouvelles audiences.

La ferveur de l’Italie pour Valentino Rossi et Ferrari fait face à une audience hispanisante débordant d’enthousiasme pour le MotoGP et les pilotes d’Amérique latine. La montée de la fierté nationale aux Pays-Bas dépasse ce que l’on a pu voir depuis bien des années autour de n’importe quel pilote grâce à Max Verstappen… et n’est pas près de retomber. En réalité, le monde entier se passionne pour lui. Et, admettez-le, que vous soyez un fan ou non du bonhomme, il est bien plus rafraîchissant de le voir animer vos écrans et en sortir de bonnes au micro que d’être privés d’une telle saison de 21 épisodes à avaler avec du popcorn !

Subjectivité et conditionnement cloisonné

Et donc, avant même qu’Esteban Ocon ait fait ses premiers tours de roue dans une F1, nombreux étaient ceux d’entre vous qui lui prêtaient une appartenance méritée, durable et indiscutable en F1. Pourtant, peut-être ne l’aviez-vous jamais vu rouler, ni entendu parler. Comme, disons, Jolyon Palmer avant cette saison.

De la même manière, nombre d’entre vous rendent déjà tout propos interrogateur sur Stoffel Vandoorne sérieusement compliqué pour notre rédaction ! Lance Stroll ? Vous semblez décidés sur le fait que le jeune Canadien appartient à la famille des privilégiés déméritants. Devinez quoi ? Ne vous avisez pas de dire ça à un Canadien !

Osez questionner la trajectoire de Sergio Pérez devant un Mexicain, voire même celle d’Esteban Gutiérrez, et vous en serez quitte pour devoir vivre avec un gilet pare-balles. Celui-là même que porte notre équipe lorsqu’elle quitte le bureau après avoir rédigé une nouvelle au sujet d’une course moyenne de Kimi Räikkönen ou suggérant du bien de Christian Horner ou Bernie Ecclestone ! Et je ne vous parle pas de la Formule E ou de Roborace ; d’un futur proche où les femmes parviendront à monter en F1 au mérite, ni des comparaisons F1/MotoGP, dignes de démonstrations comparatives entre le football et le rugby !

Roborace

7,5 milliards d'individus

Vous me voyez venir. Il y a à boire et à manger, et c’est bien pour cela que le sport méca nous fait vibrer. Le monde n’est peut-être pas si bipolaire !

Et c’est aussi parce que les responsables du sport entendent, croyez-le ou non, la désaffection de certains, que l’avenir de la F1 sous Chase Carey promet du changement positif. Mais attention ! Le retour à certains fondamentaux nécessaires s’accompagnera forcément d’une ouverture encore plus large et de quelques nouveautés pour non pas faire survivre économiquement mais prospérer la microsphère F1, qui vit de la variété et de l’intérêt d’un monde de 7,5 milliards d’individus, et non d’une petite bande historiquement bien installée dans un berceau occidental. Souvenez-vous-en.

Le héros de quelqu’un est toujours le zéro de quelqu’un d’autre, et inversement. Il est compréhensible d’être parfois blasé par l’ouverture du sport à d’autres nations, individualités, technologies ou séries moins traditionnelles ne délivrant à pas la hauteur de nos attentes. Et la mutation entraîne souvent la peur. Mais rien n’arrive par hasard. Baku, Abu Dhabi ou Mexico font du mal à Monza ou Spa quand est comparée la profondeur des poches des promoteurs ou la qualité des infrastructures, c’est vrai. Mais c’est aussi parce que ces lieux paient jusqu’à trois fois plus cher que d’autres pour intégrer le calendrier que l’addition ne monte pas encore plus pour les autres lorsque la FOM calcule l’équilibre à atteindre avec le tout.

Tout le monde n’a pas une histoire, un pilote, un team ou un circuit emblématique depuis plus d’un demi-siècle. La question est de savoir si nous souhaitons offrir, en commençant maintenant, la même chose à d’autres dans un demi-siècle.

Est-ce là une raison pour regretter la direction prise par les sports mécaniques ? N’est-il pas frappant, enthousiasmant, de savoir un peuple soudainement passionné ou désireux de comprendre les subtilités de la discipline grâce à un talent local, une équipe, une course, un règlement ? Mexico pense pouvoir accueillir 350'000 spectateurs sur le GP d’ici une paire d’éditions.

Pourquoi, si l’on revient à notre métaphore politique, aller construire un mur entre la F1 et le Mexique, par ailleurs plaque tournante de la production de l’industrie automobile nord-américaine ?

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Post scriptum – C’est parce que votre communauté est toujours grandissante sur le forum de discussion de nos articles - merci ! - et que nous croyons que la mesure bénéficie à chacun d’entre vous, que nous prenons le soin de tenter de modérer les ardeurs en suggérant le maintien des débats à un niveau cordial et élévateur, via notre dédié modérateur.

Nous espérons que vous appréciez l’expérience, que nous élargirons à partir du mois d’octobre à une nouvelle façon d’interagir avec nous, par le biais d’une rubrique "Mur des Champions" : un dialogue hebdomadaire sous forme de courrier des lecteurs, dans lequel vous pourrez partager expériences, anecdotes, opinions et questions avec notre rédaction. Bonne lecture, et bonne participation !

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Séries Formule 1
Auteur Guillaume Navarro