Édito - France et Allemagne, destins croisés en sport auto

L’Allemagne domine aujourd’hui en sport automobile, avec ses pilotes et ses voitures, mais la France semble connaître un renouveau sportif. Et si, après l’Allemagne, la France entamait son âge d’or ?

Édito - France et Allemagne, destins croisés en sport auto

Cet éditorial a été choisi par la rédaction de Motorsport.com France avant les événements de Berlin survenus lundi soir. La rédaction s'associe à la douleur des victimes et de leurs familles. 

L’Histoire est faite de cycles. Âge d’or pour certains, crépuscule pour d’autres. Le sport automobile est en soi une petite histoire dans la grande, et est aussi marqué par ces cycles, souvent rythmés par les Français et les Allemands. Entre les deux grands de l’Europe, la rivalité a toujours été forte en automobile, sans vraiment, paradoxalement, prendre forme sur la piste.

Lors de la glorieuse époque des Grands Prix, la domination des Delage et autres Bugatti a été mise à mal par les Auto Union et Mercedes. Au Mans, dans les années 1970, le début de l’ère Porsche est entrecoupé de victoires françaises, avec Matra, puis Renault, dans la course au turbo, puis le petit artisan Rondeau. En rallyes, c’est bien Peugeot qui vient mettre à mal la domination des Audi en Groupe B, avant de tenter de faire de même, en 2007, avec la 908 au Mans.

L'Audi R10 N°2 d'Allan McNish, Tom Kristensen et Rinaldo Capello et la Peugeot 908 N°7 de Marc Gene, Nicolas Minassian et Jacques Villeneuve

La Formule 1 en fait la même démonstration. À la fin des années 1990, c’est bien le moteur Mercedes qui prend la place du V10 Renault, jusque-là dominateur. Rebelote en 2014, où Mercedes reprend une nouvelle fois le flambeau des blocs Renault, invaincus avec Red Bull depuis 2010. Quand l’un décline, l’autre lui succède. Comme un "je t’aime, moi non plus" qui ne s’assume guère.

Côté pilotes, l’histoire est la même. Là aussi, les deux nations dominent, mais jamais en même temps dans la catégorie. Dans la Formule 1 moderne, celle du carbone, de l’arrivée de l’électronique, quels ont été les pilotes capables de tenir une vraie domination ? Des plus titrés depuis les années 1980, on retrouve Alain Prost, Michael Schumacher, et Sebastian Vettel. Le sport automobile s’est d’abord pratiqué chez les Français, mais au final ce sont toujours les Allemands qui gagnent, pourrait-on dire… Un peu comme au football. 

Sebastian Vettel, Red Bull Racing

Tout n’est pas question de rivalité pour autant. Les deux nations peuvent offrir bien mieux. Quand la France et l’Allemagne s’associent, cela donne le duo Volkswagen/Ogier, véritable machine de guerre du rallye, imbattable même avec un règlement défavorable. L’aventure de Benoît Tréluyer avec Audi, tout comme celle de Romain Dumas avec Porsche, en sont un autre exemple. Dans l’autre sens, la collaboration entre Vettel, Renault et Red Bull a été aussi fructueuse. Toutefois, dans l’Histoire comme dans l’automobile, tout n’est pas rose, et les ères se succèdent.

#2 Porsche Team Porsche 919 Hybrid: Romain Dumas and #7 Audi Sport Team Joest Audi R18: Benoit Tréluyer

Le vent se lève ?

Sommes-nous arrivés à la fin d’un cycle ? Imperceptiblement, la France revient dans la course quand l’Allemagne commence à prendre du recul. Rien n’est fait, bien sûr, mais le vent semble tourner.

Revenons au milieu des années 2000. Certes, Sébastien Loeb et Citroën font des miracles en WRC. Toutefois, dans le sport le plus médiatique, il y a comme un manque. Renault domine en Formule 1, mais la France n’est pas au firmament, perdant même son Grand Prix en 2008. 

Sébastien Loeb et Stéphane Sarrazin

La crise est là : TF1 se console du manque de pilotes français en suivant les aventures de Jarno Trulli. Les espoirs de retrouver des pilotes de Formule 1 sont d’ailleurs maigres, en dépit de talents nombreux. Stéphane Sarrazin, Franck Perera, Romain Dumas, Franck Montagny, Loïc Duval, Sébastien Bourdais... Tous touchaient plus ou moins du doigt la Formule 1, mais sans vraiment y percer.

Une génération de talents, bercée par les exploits d’Alain Prost, qui manquait le coche de cette intouchable Formule 1, sans pour autant rater leurs carrières. Bourdais est une légende aux États-Unis, quand Romain Dumas s’est offert l’un des plus beaux palmarès du sport automobile, et Stéphane Sarrazin a été capable de briller sur tous les terrains.

Pendant ce temps, forts de l’effet Schumacher frères et de la présence de BMW et Mercedes, les espoirs allemands explosaient : Nick Heidfeld, Adrian SutilNico Rosberg, Timo Glock, Nico Hülkenberg, Sebastian Vettel… La liste est longue pour un pays qui pouvait compter jusqu'à deux Grands Prix sur son territoire, et six pilotes dans des écuries loin d’être ridicules.

Les coulisses du titre de Nico Rosberg, Mercedes AMG F1

Un fort élan qui se poursuit encore aujourd’hui avec la domination de Mercedes et le titre de Nico Rosberg. Mais la retraite de ce dernier laisse poindre une fin de cycle. D’un côté, l’économie a rattrapé le sportif : Audi en Endurance et Volkswagen en rallyes se retirent pour cause de Dieselgate. Certes, Porsche reste dans la course aux 24 Heures du Mans, mais la baisse de régime est palpable pour le sport automobile allemand.

Côté pilotes, la situation semble aussi difficile. Avec la retraite de Nico Rosberg, mis à part Sebastian Vettel, voir un pilote allemand se battre pour le titre en Formule 1 semble compromis. Pire, l’an prochain, pour la deuxième fois depuis 1960, aucun Grand Prix en Allemagne ne sera organisé. Une situation qui vient contraster avec celle du sport automobile français.

Cocorico !

Depuis quelques années, la situation semble se débloquer côté français. Jamais les espoirs tricolores n’ont été aussi solides pour la F1. D’une part, les ingénieurs font leur trou, à l’image d’un Éric Boullier, très apprécié dans les paddocks. De l’autre, la charge se fait par les pilotes, initiée par Jules Bianchi, trop vite parti. 

Jules Bianchi annoncé en tant que pilote Marussia F1 Team

Désormais, la responsabilité repose sur Esteban Ocon, qui semble avoir pris l’avantage sur son rival Pascal Werhlein, en tête. La jeune garde française a devant elle un solide avenir, quand un Romain Grosjean continue de montrer sa solidité dans les pelotons. Pierre Gasly pourrait également briller ces prochaines années, quand des jeunes de la trempe de Victor Martins, Dorian Boccolacci ou Sacha Fenestraz poussent fort.

En Formule E, c’est une écurie française qui se taille la part du lion. En rallye-raid et en rallycross également, sauf quand… un pilote et une écurie allemande se mettent en travers (tiens, tiens) ! En rallyes, Sébastien Ogier a bien entamé une longue ère de victoires, quand en Endurance, le réservoir de pilotes de talent ne désemplit pas. Aux États-Unis, Simon Pagenaud, champion en titre d'IndyCar, et l’espoir Nicolas Jamin qui marche dans ses pas, marquent les esprits.

Surtout, la France retrouve son Grand Prix. Après dix ans de bagarres et de projets rocambolesques, son retour est acté. Pendant ce temps, Renault reconstruit son retour, pierre par pierre. Dont l’une se nomme Nico Hülkenberg. Un Allemand pour aider une équipe française à retrouver le haut du peloton en Formule 1, et lancer, pourquoi pas, un nouveau cycle tricolore ? Un drôle de paradoxe, et un joli clin d’œil de la petite histoire à la grande !

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