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40 ans après sa mort "horrible", l'impérissable souvenir d'Elio de Angelis

Il y a 40 ans, la F1 perdait l'une de ses figures les plus populaires lors d'un accident tragiquement évitable survenu au cours d'essais privés au Circuit Paul-Ricard…

Elio de Angelis, Lotus 81-Ford Cosworth

Photo de : Motorsport Images

Autosport

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En 1979, il n'y avait qu'une seule façon de suivre les qualifications de Formule 1. En l'absence de chronométrage informatisé et d'images télévisées depuis le centre des médias, il était indispensable de se poster en bord de piste. On n'avait peut-être aucune idée du classement, mais on avait en revanche une idée précise de ce que faisaient les pilotes, quelle que soit la place de leur écurie dans la hiérarchie.

À Hockenheim, j'avais choisi l'extérieur du virage menant au stadium. Les pilotes étaient à fond dans la longue ligne droite avant de rétrograder d'un rapport et d'accélérer aussi tôt qu'ils l'osaient pour aborder le rapide virage à droite. Les favoris, Williams, semblaient rapides, l'effet de sol ultra-efficace de la FW07 compensant le temps perdu face aux Renault turbo dans la ligne droite.

Elio de Angelis

Elio de Angelis

Photo de: Sutton Images

Soudain, au milieu de ce peloton rugissant, une voiture s'est démarquée.

Une Shadow était engagée dans un superbe survirage contrôlé, l'angle de la monoplace noire contrastant de manière spectaculaire avec celui des autres voitures ; c'était le seul moyen de grappiller du temps au tour pour une machine qui n'avait pas encore réussi à se classer parmi les six premières et à marquer des points. C'était rapide et gracieux. Un parfait résumé du pilote lui-même.

Elio de Angelis n'avait peut-être pas la meilleure voiture pour sa première saison en F1, mais cela ne ternissait en rien son style, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du cockpit.

Un pilote "payant" mais pas un enfant gâté

Après avoir débuté en karting, De Angelis était passé en F3 et avait terminé deuxième à Monaco en 1977. Alors que son passage en F2 avait été compromis par le moteur V6 Ferrari de sa Minardi, aussi glorieux que peu performant, il avait fait le pari de revenir en F3 à Monaco au volant d'une Chevron de l'année précédente.

Sa victoire, après être parti en sixième position sur la grille, a pris une tournure controversée après qu'Elio soit violemment entré en contact avec une autre voiture en s'emparant de la tête. Mais il en avait fait assez pour attirer l'attention des propriétaires d'écuries de F1, dont Don Nichols, le patron de Shadow. Ce serait un poste de pilote payant, financé par Giulio, le père de De Angelis.

Elio était l'aîné d'une fratrie de quatre enfants issus d'une famille aisée de Rome. Ayant fait fortune dans le bâtiment, Giulio courait en hors-bord avec un certain succès et possédait une Ferrari. En finançant son aîné, De Angelis ne se contentait pas de vivre par procuration à travers son fils, mais contribuait également à répandre l'idée qu'Elio n'était rien de plus qu'un beau garçon dilettante doté d'un talent limité.

Une course sous la pluie à Watkins Glen en 1979 allait permettre à De Angelis de démontrer sa sublime maîtrise du volant en terminant quatrième du Grand Prix des États-Unis ; un complément tout à fait approprié à un charme naturel et à une modestie qui avaient balayé toute idée selon laquelle ce jeune homme de 21 ans serait un enfant gâté.

Soucieux de s'intégrer à cette petite équipe, il n'était pas rare qu'Elio utilise une vieille cuisinière et apporte des ingrédients italiens pour préparer le déjeuner de tout le monde à l'usine Shadow de Northampton.

Elio de Angelis au volant de la Shadow DN9, devant Hector Rebaque et la Lotus 79.

Elio de Angelis au volant de la Shadow DN9, devant Hector Rebaque et la Lotus 79.

Photo de: Ercole Colombo

Le fait d'avoir signé le meilleur temps lors d'un test réunissant cinq pilotes au Paul Ricard lui a suffi pour décrocher une place aux côtés de Mario Andretti chez Lotus en 1980 - alors même que l'écurie, autrefois championne, entamait un sérieux déclin.

Lorsqu'Andretti quitta la structure à l'issue d'une saison en demi-teinte, l'Américain fut remplacé par Nigel Mansell, un pilote au style rustique (avec une bonne dose de ketchup) comparé au fin gourmet romain qui pilotait l'autre Lotus. Une distance initiale entre les deux hommes fit rapidement place à une véritable amitié, Nigel considérant Elio comme l'un de ses meilleurs amis dans le paddock.

Alors que Mansell s'imposait peu à peu comme un combattant tenace, capable de performances spectaculaires, De Angelis s'est révélé être le plus régulier et le plus performant des deux.

La reconnaissance des qualités humaines d'Elio allait se généraliser au début de la saison 1982, lorsque les pilotes de F1, mécontents d'une clause de la Super Licence récemment mise en place, s'enfermèrent dans la salle de réception d'un hôtel de Johannesburg. Alors que l'impasse se prolongeait jusque dans la nuit, Elio apaisa les esprits, en particulier ceux des pilotes novices inquiets pour leur avenir, en mettant à profit son talent de pianiste pour jouer de la musique classique sur un piano à queue.

De Angelis mit aussi son talent de pilote au service de l'équipe Lotus plus tard dans l'année. Ce fut une saison charnière, marquée par la supplantation progressive des moteurs Ford Cosworth DFV atmosphériques utilisés par de nombreuses équipes, dont Lotus, par les moteurs turbo.

La fiabilité des moteurs turbo restait un problème, notamment lors du Grand Prix d'Autriche, où les Ferrari, les Brabham-BMW et les Renault tombèrent en panne le long du pittoresque circuit de l'Osterreichring. De Angelis, qui s'était retrouvé en tête, fut rapidement rattrapé par Keke Rosberg ; la Williams et la Lotus franchirent la ligne d'arrivée séparées de 0,05 seconde, à la faveur de l'Italien. La première victoire de Lotus en quatre ans incita John Player à maintenir son précieux sponsoring.

Elio de Angelis à bord de la Lotus 91.

Elio de Angelis à bord de la Lotus 91.

Photo de: Motorsport Images

"J'avais une relation particulière avec Elio", se souvient Tony Jardine, qui s'occupait des relations publiques du cigarettier au sein de JPS Team Lotus. "Il venait d'un milieu très aristocratique. C'était un linguiste, un pianiste de concert - et il avait un sens de l'humour absolument génial. Nous l'aimions pour ça. C'était un homme tout à fait charmant."

"Je me souviens d'un dîner organisé avant le Grand Prix de Grande-Bretagne pour des centaines de personnes de JPS, y compris le président. Elio s'est levé et a raconté quelques anecdotes dans un anglais parfait. Il a fait un tabac."

"Elio était un fanatique de football - la Roma était son équipe de cœur. Il a participé à l'émission 'Question of Sport' sur la BBC. Nous avons dîné avec [l'animateur] David Coleman, et l'équipe de la BBC a tout simplement adoré Elio grâce à son charme. Il était tellement naturel. J'ai demandé si la BBC pouvait nous aider à obtenir des billets, Elio et moi, pour un match. Ils nous ont fait entrer dans la tribune d'honneur pour Everton contre Ipswich." 

"C'était un match génial ; Elio était complètement dans son élément, mais seulement une fois que nous étions à l'intérieur. Il est devenu très silencieux quand nous nous sommes garés sur un parking qui ressemblait à un champ de ruines et que nous avons rejoint la foule bruyante qui se pressait dans une ruelle vers l'entrée de Goodison [Park, le stade du club d'Everton à Liverpool] !"

"Elio et sa petite amie Ute, un mannequin allemand, sont venus me voir jouer au rugby à Camberley", poursuit Jardine. "Ils promenaient notre fille de quatre mois dans une poussette. Il y a eu une scène incroyable à l'intérieur du clubhouse. Il y avait tous ces rugbymen et ce pilote de Grand Prix au milieu d'eux, qui achetaient des bières et se joignaient à la fête. C'était vraiment un gars du peuple. Ils l'adoraient."

L'insupportable égoïsme de Senna

Ayrton Senna et Elio de Angelis à bord des Lotus 97T.

Ayrton Senna et Elio de Angelis à bord des Lotus 97T.

Photo de: Sutton Images

Des temps difficiles attendaient De Angelis en 1985, lorsque Ayrton Senna, la star brésilienne en pleine ascension, remplaça Mansell pour sa deuxième saison en F1.

La détermination parfois impitoyable de Senna ne tarda pas à marquer son coéquipier de son empreinte. Lorsque l'Italien remporta sa deuxième victoire en Grand Prix à Imola (en grande partie grâce aux déboires de ses concurrents) et termina troisième à Monaco, il se retrouva en tête du championnat. Mais cette position potentiellement influente fut compromise lors d'une séance d'essais quelques jours plus tard, lorsque De Angelis, selon lui, fut traité comme un numéro 2, Lotus accordant toute son attention à Senna.

Après avoir été limité à seulement trois maigres tours, De Angelis était déterminé à quitter l'écurie. Elio était le premier à reconnaître le génie absolu de Senna au volant. Il était moins convaincu de l'égoïsme impitoyable dont faisait preuve le Brésilien en dehors de la voiture.

"Elio savait parfaitement que Senna était d'un tout autre niveau", se souvient Jardine. "Je me souviens que le père de De Angelis s'était approché du père de Senna - probablement après la première victoire d'Ayrton sous la pluie au Portugal - et lui avait dit : 'Complimenti ! Complimenti !' en lui serrant chaleureusement la main. Elio reconnaissait en son for intérieur qu'il lui arrivait parfois de ne pas trouver ce dernier dixième de seconde par rapport à Ayrton. Cela ne le déstabilisait pas. Mais il voulait simplement avoir une chance équitable."

Après avoir brièvement envisagé de prendre sa retraite à la fin de l'année 1985, de Angelis accepta avec joie un baquet chez Brabham. La BT55 à profil bas de Gordon Murray, avec son empattement long et son moteur incliné, allait toutefois être en proie à des problèmes de lubrification avec le quatre cylindres BMW. De Angelis ne termina aucune des quatre premières courses.

Un horrible désastre

Elio de Angelis au volant de la Brabham BT55 à Monaco.

Elio de Angelis au volant de la Brabham BT55 à Monaco.

Photo de: Motorsport Images

Afin de résoudre ces problèmes persistants, Brabham organisa une séance d'essais au Circuit Paul-Ricard.

Le tracé débuté par le "S de la Verrerie", un redoutable enchaînement gauche-droite situé après les stands. C'est là que l'aileron arrière de la Brabham se brisa, projetant la BT55 par-dessus la barrière de droite avant qu'elle ne retombe à l'envers.

Le châssis avait résisté à l'impact, et les blessures de De Angelis étaient limitées à une fracture de la clavicule. Mais il s'est retrouvé coincé dans le cockpit alors que la voiture prenait feu. Alan Jones, qui venait de quitter les stands au volant de sa Lola, fut le premier à arriver sur les lieux.

"Cette maudite voiture était retournée, et son bras pendait à l'extérieur. Je ne pouvais rien faire. Il n'y avait personne sur place. Je ne pouvais pas soulever la voiture. C'était absolument horrible."

"J'ai vu des morceaux de fibre de verre éparpillés partout et un panache de fumée s'élever de l'autre côté de la barrière Armco", a déclaré Jones. "J'ai bondi hors de la voiture et j'ai couru vers lui. Cette maudite voiture était retournée, et son bras pendait à l'extérieur. Je ne pouvais rien faire. Il n'y avait personne sur place. Je ne pouvais pas soulever la voiture. C'était absolument horrible."

En l'absence de communication officielle sur le circuit, mais en voyant la fumée, plusieurs membres du personnel du paddock F1 ont quitté les stands en voiture, parmi lesquels Tyler Alexander, le chevronné crew chief de McLaren. Consterné par ce qui s'était passé (ou ne s'était pas passé), Alexander a pris l'initiative inhabituelle d'écrire plus tard à Bernie Ecclestone, de facto à la tête de la F1 et également propriétaire de Brabham.

Dans sa lettre, Alexander soulignait l'absence totale de communication officielle ; la présence d'un pompier en t-shirt et short, doté d'un équipement désespérément insuffisant ; le fait que les secouristes aient finalement dû utiliser la sangle de remorquage d'une équipe pour retourner la voiture. Pour aggraver le scénario, alors qu'un camion de pompiers arrivait enfin, le tuyau s'est détaché du véhicule. À deux reprises.

Robin Day, un mécanicien aguerri, venait de rejoindre Brabham. C'était son premier jour au sein de l'équipe.

"Nous avons vu la fumée et nous nous sommes précipités là-bas" , raconte Day. "D'autres gars sont arrivés et nous avons finalement réussi à sortir Elio de la voiture. Il avait cessé de respirer. Nous avons donc commencé à lui faire du bouche-à-bouche. Je m'occupais de la respiration et Darryl [Kincade, un mécanicien de Brabham] s'occupait du cœur. Nous l'avons réanimé. Environ dix minutes plus tard, les secours sont arrivés. C'était un véritable désastre."

Elio de Angelis assit sur sa Brabham dans les stands.

Elio de Angelis assit sur sa Brabham dans les stands.

Photo de: Motorsport Images

Le lendemain, Elio est décédé dans un hôpital de Marseille des suites de l'inhalation de fumée et de poudre d'extincteur.

"Ce fut sans doute l'un des pires jours de ma vie", raconte Jardine. "J'animais un événement à Lowestoft lorsque le journaliste de PA [Press Association] m'a annoncé la nouvelle. J'étais anéanti quand ils ont diffusé la nécrologie d'Elio sur BBC News."

"Évidemment, je venais tout juste de rencontrer Elio", explique Day. "Mais on voyait tout de suite à quel point il était apprécié. C'était une petite équipe et tout le monde était très proche. Cela a eu un effet vraiment dévastateur sur des gars comme Gordon et Harvey [Spencer]."

"J'ai travaillé sur la voiture d'Elio", raconte Spencer. "Nous le connaissions avant qu'il n'arrive chez Brabham. Il venait nous voir pour discuter - à l'époque, c'était comme ça en F1. La conversation n'était peut-être pas très longue, mais ce qui comptait, c'était qu'il n'avait pas la grosse tête."

"Un soir, nous sommes sortis dîner à Bologne et il m'a fait découvrir le carpaccio de bœuf, que je n'avais jamais goûté, en bon Australien que je suis ! Il m'a expliqué en détail à quel point il était important d'utiliser un bœuf de très bonne qualité et la meilleure huile d'olive. C'était absolument délicieux - et il avait l'air tellement ravi que cela me plaise. Même s'il n'est resté avec nous que peu de temps, tout le monde dans l'équipe l'adorait. Nous avons été anéantis par ce qui s'est passé au Ricard."

Dix jours plus tard, Mansell montait sur la plus haute marche du podium à Spa. C'était la première victoire de la saison pour le pilote Williams, mais on ne pouvait pas le deviner à sa mine sombre. Nigel a dédié sa victoire au Grand Prix de Belgique à son ami et ancien coéquipier.

Le lien sincère qui unissait l'Anglais bourru et l'Italien aristocratique pouvait surprendre, mais la profonde tristesse de Nigel ce jour-là reflétait un sentiment de perte intense ressenti dans tout le monde du sport automobile - et bien au-delà.

Nigel Mansell et Elio De Angelis, à l'époque de leur collaboration chez Lotus.

Nigel Mansell et Elio De Angelis, à l'époque de leur collaboration chez Lotus.

Photo de: Motorsport Images

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