Pourquoi Ferrari a exhumé un crash de 2014 dans l'affaire Sainz
L'infructueuse tentative de Ferrari pour faire annuler la pénalité infligée à Carlos Sainz lors du GP d'Australie de Formule 1 s'est appuyée sur un cas passé.
À l'appui de l'exercice de son droit de révision pour la pénalité infligée à Carlos Sainz lors du Grand Prix d'Australie, Ferrari a choisi de mettre en avant un rare exemple de pénalité liée au pilotage qui a été contestée dans le cadre de la procédure du droit de révision, ironiquement par l'équipe même pour laquelle Fernando Alonso – la "victime" de l'incident de Melbourne – pilote actuellement.
Cet épisode découle d'un accident spectaculaire survenu dans le dernier tour du GP du Canada 2014, au cours duquel Sergio Pérez (Force India) et Felipe Massa (Williams) sont entrés en contact alors qu'ils se battaient en piste.
Cependant, la référence historique n'a pas convaincu les commissaires australiens, et Ferrari n'a pas eu l'occasion de faire valoir ses arguments. Sainz conserve donc la pénalité de cinq secondes qui lui a été infligée pour avoir provoqué une collision avec Alonso lors du dernier départ sur la grille à Melbourne, au grand dam de l'intéressé et de la Scuderia.
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Comme dans tous les cas de révision, la première étape consistait pour l'équipe à démontrer qu'elle pouvait fournir un "élément nouveau, significatif et pertinent" qui n'était pas à la disposition des commissaires au moment où ils ont pris la décision. Ce n'est que si cette condition est remplie que les commissaires examinent le fond de l'affaire et prononcent un verdict.
Le dernier droit de révision de ce type remonte à l'Arabie saoudite, où Aston Martin a contesté la pénalité infligée à Alonso après qu'il a été jugé que l'équipe avait touché sa voiture avec le jack arrière au cours d'un arrêt au stand avec pénalité.
Cette révision avait eu lieu directement dans la nuit de dimanche à lundi. Les commissaires avaient reconnu qu'il y avait de nouvelles preuves, car ils estimaient avoir été mal informés au sujet d'un accord sur le fait que le contact avec les jacks constituait un "travail sur la voiture". Aston a également fourni sept exemples vidéo de précédents arrêts où aucune pénalité n'avait été infligée.
Fernando Alonso, Aston Martin AMR23
Après être passés à l'étape suivante, les commissaires ont reconnu qu'Aston avait raison et la pénalité d'Alonso a été annulée.
Les demandes de droit de révision des pénalités infligées pour des incidents survenus en piste sont rares, pour la simple raison qu'elles sont généralement considérées comme étant similaires à une décision d'arbitre au football, et donc difficiles à contester a posteriori. Et après tout, qu'est-ce qui constituerait une nouvelle preuve ?
Cependant, après l'incident Pérez/Massa susmentionné à Montréal en 2014, Force India avait estimé disposer d'un dossier qui valait la peine d'être examiné.
À cette occasion, les deux pilotes sont allés se faire examiner à l'hôpital après de violents impacts avec le mur de pneus au virage 1. Les données de la FIA indiquaient un choc à 32 g pour Pérez et 27 g pour Massa.
Par conséquent, aucun des deux pilotes n'était disponible pour rencontrer les commissaires après le drapeau à damier. Cependant, après avoir entendu les représentants des équipes, il avait été jugé que le Mexicain était fautif car il semblait s'être déporté vers la gauche dans la zone de freinage avant que Massa ne le percute. Pérez s'est vu infliger une pénalité de cinq places sur la grille de départ pour la course suivante, en Autriche.
Inévitablement, les équipes impliquées avaient des points de vue divergents sur la responsabilité de chacun. Après la course, Rob Smedley, alors chez Williams, avait mis le feu aux poudres en se plaignant que Pérez ait pu continuer la course dans une voiture qui avait des problèmes de freins après y avoir fait allusion à la radio.
Cependant, cette conversation concernait un problème temporaire qui a été résolu par une remise à zéro, et en fin de course, Pérez n'avait pas d'autre problème que le fait d'être sur des pneus beaucoup plus usés que ceux qui l'entouraient.
Frustrée par la pénalité et la suggestion de problèmes de freins, l'équipe Force India a déposé une requête de droit de révision.
La voiture accidentée de Felipe Massa au GP du Canada 2014.
Les règles prévoient que de telles demandes soient traitées soit par les mêmes commissaires, soit par les commissaires de l'épreuve suivante. Les réunions Zoom n'étant pas encore monnaie courante en 2014, l'affaire a été confiée aux commissaires du GP d'Autriche, qui ont programmé une audience pour 9h00 le vendredi.
L'audience a donc eu lieu avant la première journée de compétition. Contrairement à l'affaire Sainz, les commissaires ont reconnu qu'il y avait de nouveaux éléments de preuve et qu'ils pouvaient passer à l'étape suivante pour les examiner.
Le principal argument était que Pérez n'avait pas pu assister à l'audience d'après-course à Montréal ni informer son équipe de ce qui s'était passé, car il avait été évacué pour un examen médical. Il a donc eu l'occasion de présenter ses arguments, étayés par les données télémétriques de Force India.
Toutefois, ces nouveaux éléments n'ont finalement rien changé et, après les avoir examinés, les commissaires autrichiens ont décidé de confirmer la décision prise par leurs homologues du Canada. Ils ont noté que Pérez avait soutenu qu'"en défendant sa position, il avait exercé son droit... à pouvoir utiliser toute la piste".
Cependant, ils ont ajouté que "la défense de sa position s'est produite dans la zone de freinage" et que le règlement dispose que "tout droit de défendre en utilisant toute la piste doit se produire avant la zone de freinage". Par conséquent, Pérez "n'avait pas le droit de défendre sa position de la manière dont il l'a fait".
Pérez a donc perdu pour la deuxième fois devant les commissaires. Il écopa bien d'une pénalité de cinq places et, parti 15e, il termina la course de Spielberg en sixième position.
Neuf ans plus tard, cette demande de révision, oubliée depuis longtemps, a été évoquée par Ferrari alors que l'écurie tentait d'apporter de nouvelles preuves, essentiellement le point de vue de Sainz sur ce qui s'était passé, la télémétrie de la SF-23 et des citations d'autres pilotes dans les médias.
Dans leur décision, les commissaires de Melbourne ont clairement fait le lien avec Montréal 2014 : "Le concurrent affirme qu'il existe des précédents pour que ces éléments soient considérés comme nouveaux, significatifs et pertinents."
"Il cite la décision des commissaires traitant de la requête de Sahara Force India F1 Team demandant un droit de révision comme un précédent pour la proposition selon laquelle le témoignage verbal d'un pilote et la télémétrie pertinente peuvent constituer un nouvel élément significatif et pertinent."
Cependant, les commissaires ont été catégoriques sur le fait que les deux cas ne pouvaient pas être comparés, et donc que Pérez/Massa ne pouvait pas être considéré comme faisant jurisprudence.
Carlos Sainz, Ferrari SF-23
Ils ont rappelé qu'en 2014, les commissaires de Montréal avaient voulu enquêter en détail avant de prendre une décision. Le fait que l'accident se soit produit dans le dernier tour en faisait par définition une décision d'après-course et, puisqu'ils avaient l'opportunité de parler aux pilotes et aux équipes, ils voulaient la saisir. Toutefois, comme indiqué précédemment, la nature du choc violent impliquait que Pérez soit soumis à des contrôles médicaux.
Se référant à l'affaire de 2014, les commissaires de Melbourne ont déclaré : "Les circonstances factuelles de la décision des commissaires à l'examen de ce dossier [de 2014] sont tout à fait différentes de celles de la présente affaire. L'affaire Sahara Force India F1 Team concernait une audience d'après-course sur un incident (en d'autres termes, les commissaires n'ont pas pu déterminer clairement qui était responsable de la collision en question)."
"Le pilote du constructeur n'était pas disponible pour assister à l'audience car il avait été transporté à l'hôpital à la suite de l'incident. L'audience s'est déroulée sans que le constructeur puisse s'entretenir avec son pilote pour obtenir sa version des faits. Cela s'est produit après l'audience et la version du pilote a jeté une lumière différente sur les faits qui avaient été présentés aux commissaires."
Et il y avait un facteur crucial : "La particularité de cette affaire est que notre décision a été prise pendant la course. Nous avons estimé qu'il n'était pas nécessaire d'entendre [Sainz] ou tout autre pilote pour décider qu'il était entièrement responsable de la collision."
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Dans le jugement rendu dans l'affaire Sainz, les commissaires australiens ont clairement indiqué que les officiels doivent souvent prendre des décisions importantes pendant une course sans en parler aux personnes impliquées : "Une décision que nous, et d'autres panels de commissaires, prenons régulièrement et sommes encouragés à prendre, lorsque la cause de la collision est claire et qu'il est nécessaire d'émettre des pénalités en temps aussi rapidement que possible."
En fin de compte, c'est la clé. Les décisions prises dans le feu de l'action ne sont pas toujours acceptées par tout le monde, mais la FIA essaie de faire ce qu'il faut pour s'assurer que, lorsque c'est possible, les pénalités sont prises pendant les courses et ne sont pas appliquées rétrospectivement.
Cette fois-ci, c'était évidemment difficile à accepter pour Ferrari et Sainz. Cependant, l'autre solution serait que chaque décision de ce type soit systématiquement contestée par les équipes qui prétendraient que le point de vue de leur pilote représente une nouvelle preuve ; et cela pourrait potentiellement conduire au chaos, avec des résultats de Grands Prix régulièrement en suspens le dimanche soir.
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