Hommage à Frank Williams
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Hommage à Frank Williams

Frank Williams, "le leader inspirant et charmant" qui manquera à la F1

La disparition de Frank Williams a entraîné une déferlante d'hommages depuis dimanche. Celui de Karun Chandhok, pilote pour Williams Heritage et commentateur de la F1 en Grande-Bretagne, s'attarde sur les souvenirs d'un homme passionné qui a enrichi la F1 tout comme les gens qu'il a côtoyés.

Frank Williams, "le leader inspirant et charmant" qui manquera à la F1

La première course de Formule 1 que j'ai regardée, c'était le Grand Prix de Grande-Bretagne 1987. On connaît tous l'histoire : l'arrêt au stand de Nigel Mansell pour changer de pneus, sa poursuite de Nelson Piquet, son dépassement pour la victoire et l'incroyable envahissement de la foule. Cette course a fait de moi un fan de F1, mais aussi de Williams. C'est sûr, je n'avais que 3 ans à l'époque, mais les années suivantes, je commençais à reconnaître les noms de Frank Williams et Ron Dennis dans le magazine Autosport qui était envoyé chez moi, en Inde. Le fait de voir un homme en fauteuil roulant diriger une équipe qui remportait toutes ces courses me paraissait tout simplement incroyable. Ça m'a mis dans la tête que les hommes peuvent tout faire si leur esprit et leur volonté sont assez forts.

En 2002, un ami commun, Iain Cunningham, qui a travaillé chez Williams à la fin des années 1980 et au début des années 1990, m'a demandé si je voulais aller à Grove et rencontrer Frank. Avec un blazer emprunté à mon père, je suis entré avec nervosité dans le bureau de Frank, où il était assis aves son casque sur les oreilles et parlait au téléphone. J'ai rapidement pris conscience lors de cette première conversation que Frank adorait parler de course automobile plus que de n'importe quoi d'autre sur la planète. C'était évidemment parfait pour un super-geek de la F1 comme moi ! Nous avons discuté pendant environ une heure de ma saison en Formule 3, de la lutte entre Williams et Ferrari et de la Formule 1 dans son ensemble.

Cet amour pour la F1 ne s'est jamais démenti, même à un âge avancé. Je me souviens de plusieurs fois où j'ai eu l'opportunité de discuter de course automobile avec Frank, et je me suis toujours dit qu'il aurait fait un piètre joueur de poker car il ne pouvait pas masquer ses expressions. Son visage s'illuminait lorsque nous parlions d'Alan Jones, Keke Rosberg, Nigel Mansell ou Juan Pablo Montoya. Je me souviens avoir discuté avec lui après avoir piloté la FW14B de 1992 à Silverstone, et il rayonnait de fierté en racontant la domination qu'il y avait eu cette saison-là.

Frank Williams lors du 40e anniversaire de l'écurie en 2017.

Frank Williams lors du 40e anniversaire de l'écurie en 2017.

L'amour et la passion de Frank pour la F1 n'étaient dépassés que par sa ténacité. Bernie Ecclestone a raconté une belle histoire, comme quoi Frank venait lui emprunter quelques centaines de livres juste pour se rendre à la prochaine course. "Il me remboursait toujours", a-t-il dit. "Mais pendant qu'il me remboursait, il me demandait s'il pouvait m'emprunter quelques milliers de livres." Frank était quelqu'un capable de diriger une entreprise depuis une cabine téléphonique et d'obtenir des contrats de sponsoring qui, au bout du compte, lui ont permis de bâtir une écurie Championne du monde.

Comme quiconque ayant subi des blessures qui ont tout changé, la vie de Frank peut être divisée en deux parties : avant et après son accident de la route en 1986. L'une des constantes entre ces deux parties, cependant, a été sa femme Virginia, qui l'a soutenu à la fin des années 70 quand il se démenait pour trouver des fonds, et l'a maintenu en vie en 1986 lorsque même les médecins voulaient abandonner. Toute personne qui a lu le livre de Virginia, A Different Kind of Life, sait les montagnes qu'ils ont dû gravir en famille pour qu'il reste en vie, sans parler de son retour au travail après l'accident.

Contrairement à Colin Chapman ou Ron Dennis, qui avaient l'ambition de bâtir un empire au-delà de la F1, les objectifs de Frank ont toujours tourné autour de la course automobile. C'était un 'racer' au sens le plus pur du terme, sans aucune distraction pour perdre de vue l'essentiel.

 Karun Chandhok

Au fil des ans, je suis devenu un ami très proche de leur fils, Jonathan, et j'ai aussi appris à connaître Ginny ainsi que leurs autres enfants, Claire et Jamie. En regardant les courses avec Ginny, j'ai compris à quel point c'était une entreprise familiale dans laquelle chacun s'investissait. "Silence les garçons, ils parlent de nos voitures", nous disait-elle, à Jonny et moi, comme si nous étions deux enfants.

En 2019, Jonathan a travaillé avec la collection RofGO sur la restauration de la première F1 de Frank, la Brabham BT26 que Piers Courage avait menée à la deuxième place du grand Prix de Monaco en 1969. C'était une surprise pour Frank et nous avions organisé une journée à Silverstone pour que toute la famille, y compris ses petits-enfants, viennent voir la voiture rouler. Le sourire qui s'est dessiné sur son visage lorsqu'il a vu la voiture était celui d'un enfant de 5 ans le matin de Noël. La fierté d'avoir toute sa famille réunie pour ce moment a fait oublier à quel point il faisait froid et humide à Silverstone. La passion et l'amour de la course automobile n'ont jamais faibli.

Frank Williams, en famille, découvre la Brabham de 1969 restaurée avec Karun Chandhok à son volant.

Frank Williams, en famille, découvre la Brabham de 1969 restaurée avec Karun Chandhok à son volant.

Aux côtés d'Enzo Ferrari, Colin Chapman, Ron Dennis et Ken Tyrrell, Frank était l'un de ces propriétaires d'équipe "old-school" qui vivaient leur vie pour leur écurie. C'est grâce à des gens de leur génération, qui ont travaillé avec (et parfois contre) Ecclestone, que la F1 est ce qu'elle est aujourd'hui. Mais contrairement à Colin Chapman ou Ron Dennis, qui avaient l'ambition de bâtir un empire au-delà de la F1, les objectifs de Frank ont toujours tourné autour de la course automobile. C'était un "racer" au sens le plus pur du terme, sans aucune distraction lui faisant perdre de vue l'essentiel.

Mais il a également admis très vite qu'il ne savait pas vraiment comment construire des voitures rapides. J'ai entendu tant d'histoires sur le génie de Patrick Head ou Adrian Newey. Il comprenait que sans Patrick, il ne pouvait pas atteindre le succès qu'il désirait tant. Et par extension, il comprenait qu'il devait bâtir une équipe au sein de laquelle les ingénieurs voulaient travailler. Il suffit de parler à des gens comme Jock Clear, James Robinson ou Geoff Willis. Tous vous diront à quel point Williams était un endroit formidable pour un ingénieur qui voulait faire carrière en F1.

La disparition de Frank le week-end dernier ferme un chapitre supplémentaire du livre d'histoire de la F1. Le public connaîtra les victoires et les titres mondiaux. Mais c'est le leader inspirant et charmant, au sourire malicieux, qui nous manquera.

Frank Williams et Keke Rosberg en 1985.

Frank Williams et Keke Rosberg en 1985.

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