Ron Dennis
Dossier

Ron Dennis

Henri Pescarolo : "Ron Dennis ? Une attitude très britannique"

Henri Pescarolo fut l'un des premiers pilotes de Ron Dennis, lorsqu'il a créé l'écurie Rondel. Le Français, quadruple vainqueur au Mans, se souvient d'un excellent manager, dur avec tout le monde, mais particulièrement doué.

Henri Pescarolo : "Ron Dennis ? Une attitude très britannique"

Pilote Matra en Formule 1 en 1970, Henri Pescarolo est mis à pied par Jean-Luc Lagardère pour la saison 1971 aux dépends de Chris Amon.

Avec le soutien de Motul, le Français rejoint alors l'écurie de Franck Williams en Formule 1, et celle de Ron Dennis, Rondel, en Formule 2, à partir de 1972. Pendant deux ans, le Francilien fera partie de la première équipe de l'homme de Woking, offrant sa première victoire en tant que constructeur à ce dernier, à Thruxton, en 1973. Il s'est entretenu avec Motorsport.com.

Henri Pescarolo, Matra MS120
Henri Pescarolo sur la Matra MS120.

Henri, comment vous êtes-vous retrouvé au sein de l'écurie de Ron Dennis ?

Quand Matra m'a mis dehors de son programme monoplace, j'ai dû retrouver un volant. Je connaissais un peu de monde dans le milieu de la monoplace britannique puisque, dans les années 1960, le championnat de France de F3 allait partout en Europe. Mais là, je l'ai découvert de l'intérieur. Avec le soutien de Motul, qui était mon sponsor, j'ai retrouvé un volant chez Williams pour la Formule 1, et avec leur accord, j'ai également pu courir en Formule 2. J'ai alors rejoint Bob Wollek et Tim Schenken chez Rondel. Ron Dennis et Neil Trundle, les patrons de Rondel, avaient déjà fait leurs preuves chez Brabham, on savait chez qui on allait. Il était déjà l'un des meilleurs.

Ron Dennis, comme Franck Williams, est de ceux qui faisaient de grandes choses avec peu d'argent.

Henri Pescarolo

Passer de Matra à Rondel, ne fut-ce pas trop compliqué pour vous ?

On ne peut pas comparer Matra et ses 150 employés et les 12 personnes de chez Rondel. Par contre, on ne pouvait que souligner la qualité de préparation des voitures. Tout était parfait. Ron Dennis, comme Franck Williams, est de ceux qui faisaient de grandes choses avec peu d'argent. Il savait structurer son équipe. C'était remarquable. Et il a su être précurseur pour tout ce qui était sponsoring. 

Henri Pescarolo
Henri Pescarolo, ancien pilote de Ron Dennis.

Comment se sont passées les deux années sous sa direction ?

Très vite, on a su qu'il était l'un des meilleurs managers. Il avait tout, le charisme, l'autorité, le savoir-faire, la compétence. C'était la grande différence d'un Jean-Luc Lagardère de chez Matra, manager d'une grande entreprise. Il connaissait le milieu de l'auto. Ron Dennis, c'est quelqu'un qui a toujours fait passer les intérêts de l'équipe en premier.

En 1973, lorsque Motul lui a demandé de construire ses propres châssis, on a vu l'étendue de son talent. On a tout de suite gagné des courses. En termes de gestion des pilotes aussi. Comme je l'ai dit, il était un excellent manager, mais très froid, sévère. C'est quelqu'un de très dur, mais avec tout le monde. Il faut savoir, je pense, l'être, quand on veut mener une écurie comme il l'a fait.

On a gagné avec lui, sur la Motul M1, mais les relations ont toujours été celles, normales, d'un pilote et d'un team manager. Ron Dennis, c'était une attitude très britannique également.

Très britannique ?

Très francophobe selon moi. Il nous a engagés, Bob Wollek et moi, parce que l'on apportait le soutient de Motul. Mais s'il avait pu faire autrement… On sentait qu'il était plus favorable aux Britanniques. À l'époque, les moteurs n'offraient pas tous la même puissance, mais généralement, les meilleurs blocs revenaient souvent à Tim Schenken.

De ce grand projet F1 [avec Motul], on est passé à côté à cause de Ron Dennis.

Henri Pescarolo

En 1974, Motul était prêt à mettre l'argent pour produire des châssis de Formule 1. Ce qu'il n'a pas voulu faire, je pense par sa francophobie. Peut-être parce que ce n'était pas dans les conditions qu'il souhaitait. En tout cas, il n'a pas souhaité prendre part à l'aventure, qui s'est alors terminée ainsi. Un regret pour moi. De ce grand projet F1, on est passé à côté à cause de Ron Dennis.

L'avez-vous revu ensuite ?

Non. Je ne l'ai plus jamais croisé. D'une part parce que je n'avais pas spécialement envie de le revoir, et parce que, lui non plus, n'a pas spécialement voulu se souvenir de cette période de sa vie.

Henri Pescarolo, March 721 Ford
Henri Pescarolo sur une March 721 Ford, en 1972.

Pensiez-vous à l'époque qu'il pourrait ainsi percer dans le milieu ?

Oui, clairement. Il avait une ambition quasi-démesurée à l'époque. On savait qu'il voulait gagner en Formule 1, ce qu'il a su faire par la suite. Il est passé par tous les stades : mécanicien, préparateur, constructeur, manager. Il a aussi su mener McLaren au succès, ainsi que beaucoup de pilotes. D'une petite écurie, il a su faire un véritable constructeur, avec une écurie puissante. Les meilleures années de McLaren, c'est lui. 

Le fait d'avoir toujours été sévère a-t-il été un avantage dans sa gestion, par rapport à d'autres patrons d'écurie ?

En sport automobile, on ne peut avoir de sentiments. Jean-Luc Lagardère l'avait montré en 1970, j'avais beau eu prendre des risques insensés au volant de ses voitures au Mans, j'avais fait un podium à Monaco, et plutôt une bonne saison avec la Matra V12, ça ne l'a pas empêché de me mettre à la porte en 1971.

Frank Williams, propriétaire de Williams avec Ron Dennis, directeur exécutif de McLaren
Frank Williams, propriétaire de Williams avec Ron Dennis, directeur exécutif de McLaren

Ron Dennis était quelqu'un de plutôt froid, mais ça a été sa façon de faire toute sa carrière. Je suis un sentimental. Un peu de chaleur dans les rapports humains, selon moi, c'est toujours un plus. C'est ce qu'a su faire Franck Williams. Mais on l'a vu, ce monde demande d'être froid, ne pas faire de sentiments. La façon dont son conseil d'administration l'a remercié le démontre.

partages
commentaires
Technique - Ferrari sur le fil du rasoir

Article précédent

Technique - Ferrari sur le fil du rasoir

Article suivant

Ron Dennis, une carrière au service de McLaren F1 en images

Ron Dennis, une carrière au service de McLaren F1 en images
Charger les commentaires
Les conséquences cachées du crash de Verstappen Prime

Les conséquences cachées du crash de Verstappen

Les limitations budgétaires mises en place en 2021 n'ont de cesse d'amener les équipes de pointe à devoir faire de nouveaux compromis pour limiter les dépenses. Ceux-ci sont particulièrement ressentis en situations d'accidents causant d'importants dégâts.

Comment Lawrence Stroll va faire gagner Aston Martin Prime

Comment Lawrence Stroll va faire gagner Aston Martin

Lawrence Stroll est un homme qui aime obtenir ce qu'il veut. Et, en ce moment, ce qu'il veut par-dessus tout, c'est faire de son équipe de Formule 1, Aston Martin, des gagnants et des Champions du monde.

Formule 1
22 juil. 2021
Théo Pourchaire : ses débuts en F2, ses espoirs de titre... et son permis ! Prime

Théo Pourchaire : ses débuts en F2, ses espoirs de titre... et son permis !

Après un week-end bien chargé avec trois courses à Silverstone, quoi de mieux qu'une escale dans le studio londonien de Motorsport.tv ? Théo Pourchaire nous a fait le plaisir de nous rendre visite et s'est exprimé sans tabou sur un grand nombre de sujets, qu'il s'agisse de Formule 1, de Formule 2... ou de son permis de conduire !

FIA F2
21 juil. 2021
Les notes du Grand Prix de Grande-Bretagne 2021 Prime

Les notes du Grand Prix de Grande-Bretagne 2021

Après le Grand Prix de Grande-Bretagne, dixième manche de la saison 2021, nous avons attribué les notes suivantes aux pilotes.

Formule 1
19 juil. 2021
Qualifs Sprint : ce qu'il faut garder et ce qu'il faut changer Prime

Qualifs Sprint : ce qu'il faut garder et ce qu'il faut changer

Au Grand Prix de Grande-Bretagne, la Formule 1 a organisé ses premières qualifications sous la forme d'une course sprint. Il est difficile de tirer des conclusions après un seul essai mais nous trouvons déjà des points positifs et des zones à améliorer.

Formule 1
18 juil. 2021
La F1 de 2022 vue par les pilotes Prime

La F1 de 2022 vue par les pilotes

La présentation du modèle à l'échelle 1 mettant en lumière les changements pour la saison 2022 était avant tout un événement dédié aux spectateurs et fans de F1. Mais il a aussi intéressé les pilotes.

Formule 1
17 juil. 2021
Ce que le concept de 2022 nous apprend sur le futur de la F1 Prime

Ce que le concept de 2022 nous apprend sur le futur de la F1

Sur le circuit de Silverstone, théâtre du Grand Prix de Grande-Bretagne, la Formule 1 a dévoilé un modèle à l'échelle 1 d'une monoplace répondant à la réglementation de la saison 2022.

Formule 1
16 juil. 2021
Comment Schumacher a façonné l'équipement moderne des pilotes Prime

Comment Schumacher a façonné l'équipement moderne des pilotes

Vous vous méprenez si vous pensez que les avancées technologiques en Formule 1 se sont limitées aux voitures ces dernières années. Ce n'est pas seulement ce dans quoi les pilotes s'assoient qui évolue, mais aussi ce qu'ils portent.

Formule 1
14 juil. 2021