C'était un 27 juillet : l'histoire tragique du dernier triomphe de Berger

Le 27 juillet 1997, quelques jours après avoir assisté à l'enterrement de son père, Gerhard Berger remporte le Grand Prix d'Allemagne en signant pole position et meilleur tour. Retour sur le dernier succès de l'Autrichien et de Benetton en Formule 1.

C'était un 27 juillet : l'histoire tragique du dernier triomphe de Berger

Il arrive parfois que les performances d'un pilote soient magnifiées sur un circuit. Citons par exemple Michael Schumacher à Magny-Cours ou encore Lewis Hamilton au Hungaroring. Les deux pilotes se sont imposés à huit reprises sur ces deux tracés, ce qui constitue un record. En comparaison, les deux victoires de Gerhard Berger à Hockenheim paraissent ridicules, pourtant le pilote autrichien était toujours craint lors du week-end du Grand Prix d'Allemagne, qu'importe le niveau de sa monture.

Son second triomphe à Hockenheim, son dernier en catégorie reine, est sans aucun doute le plus émouvant. Il fait suite à plusieurs semaines de calvaire, qui ont débuté par une infection des sinus. Hospitalisé puis opéré, Berger manque les Grands Prix du Canada et de France. Son retour aurait dû avoir lieu au Grand Prix de Grande-Bretagne mais au moment où il fait ses valises, il apprend que son père, Johann, a trouvé la mort dans un accident d'avion. 

Au plus mal, Berger plaque tout pour retrouver sa famille et, malgré le fait qu'il a assisté à l'enterrement de son père dans la semaine, il s'envole pour Hockenheim afin de disputer le Grand Prix d'Allemagne, sa première course de Formule 1 depuis deux mois.

"J'étais au Royaume-Uni et j'ai reçu un appel téléphonique", s'est souvenu Berger lors d'une interview accordée à Motorsport Total, publication du groupe Motorsport Network, en 2017. "J'ai pris l'avion pour rentrer chez moi. Puis quelques jours avant Hockenheim, il y avait les funérailles de mon père."

"J'étais toujours malade, toujours sous antibiotiques. Je n'étais pas en super forme, ni physiquement ni mentalement. Je savais que je devais me battre car tout le monde remettait en question mon retour. Les gens disaient : 'Il est à l'hôpital, son père vient d'avoir un accident, pourquoi ne se repose-t-il pas, pourquoi veut-il faire la course ?' L'atmosphère était étrange."

En dépit de ce climat hostile, Berger s'annonce rapidement comme l'homme fort du week-end. Il signe la pole position en 1'41"873, plus de deux secondes de mieux que le meilleur temps établi par Damon Hill l'année précédente ! Le jour de la course, le rythme de l'Autrichien ne baisse pas en intensité et, après une bonne impulsion, il s'échappe en tête du peloton. Derrière lui, Giancarlo Fisichella, surmotivé après son premier podium en F1 décroché au GP du Canada, concède 12 secondes lors des quinze premiers tours.

Néanmoins, l'Italien a une carte à jouer en fin d'épreuve. Son équipe Jordan a décidé de n'effectuer qu'un seul arrêt, contre deux pour Berger. Lors de la première immobilisation de l'Autrichien, Fisichella prend les commandes, devant Michael Schumacher et Mika Häkkinen. Berger entre alors dans une période cruciale. Il doit tout donner pour, d'une part, revenir sur la Jordan, et de l'autre, ne pas accuser un retard trop important après son second arrêt.

Et l'Autrichien rend une copie parfaite : une seconde au tour plus rapide que son adversaire par moments, il pénètre dans la voie des stands pour la dernière fois de la journée avec 19 secondes d'avance sur Fisichella (ce dernier ayant déjà observé son unique arrêt), et en ressort blotti derrière les échappements de la Jordan 197 jaune et noire ! L'Autrichien ne tergiverse pas et porte une attaque quelques mètres plus loin.

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La victoire est assurée lorsque Fisichella, qui était resté à une poignée de secondes de l'Autrichien, voit son pneu arrière gauche exploser à six boucles du but. Du haut de ses 37 ans, Berger franchit la ligne d'arrivée en première position, offrant une dernière victoire à Benetton et un superbe hommage à son père disparu.

"Tout s'est passé comme sur des roulettes", a poursuivi Berger. "À chaque tour, je me disais qu'il fallait donner tort au monde entier. La situation était merdique [sic], et j'ai gagné. Je me souviens, j'étais très ému en sortant de la voiture. Je suis monté sur le podium et je me suis dit : 'Comment cela est possible ? Peut-être qu'il y a un Dieu quelque part'. La situation était merdique, ma condition physique était merdique et puis : pole, meilleur tour, victoire. Alors je me suis dit qu'il devait y avoir quelque chose..."

Après une telle victoire, une célébration digne de ce nom doit forcément avoir lieu près du circuit... Mais Berger a d'autres idées en tête. "J'ai pris l'avion pour le concert de Michael Jackson à Nice", a-t-il lancé, oubliant de préciser qu'il s'agissait du jet privé de Ron Dennis, directeur de McLaren à cette époque.

S'il y a bien quelques discussions ce jour-là, celles-ci n'aboutissent pas sur une offre de contrat. Et le 26 octobre 1997, 91 jours après être monté sur son dernier podium, Gerhard Berger dit au revoir à la Formule 1. Au revoir et non adieu, car à peine quelques années plus tard, l'Autrichien est d'abord aperçu chez Williams, en tant que directeur de la compétition de BMW, puis chez Toro Rosso après avoir racheté 50% des parts de l'ancienne équipe Minardi.

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Départ de la course
Départ de la course
1/5

Photo de: LAT Images

Gerhard Berger conserve l'avantage au départ tandis que Giancarlo Fisichella, deuxième sur la grille, parvient à contenir Michael Schumacher et Mika Häkkinen. Dans le premier virage, Heinz-Harald Frentzen et Eddie Irvine s'accrochent.
Berger met la gomme
Berger met la gomme
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Photo de: LAT Images

Très vite, Berger creuse l'écart tandis que Schumacher est bloqué par Fisichella. L'Italien est le seul membre du top 3 à n'effectuer qu'un seul arrêt, une stratégie qui ne tourne pas à son avantage.
Crève-cœur pour Fisichella
Crève-cœur pour Fisichella
3/5

Photo de: Sutton Motorsport Images

Dépassé par Berger après son dernier arrêt, Fisichella était en route pour un nouveau podium jusqu'à ce qu'une crevaison ne provoque son abandon à cinq tours du drapeau à damier. Après la course, le Romain est "récupéré" par Schumacher.
Une victoire très émouvante
Une victoire très émouvante
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Photo de: Sutton Motorsport Images

Sur le podium, Berger est accompagné de Schumacher, deuxième, et Häkkinen, troisième. Les émotions sont fortes, bien entendu, après le très récent enterrement du père du pilote autrichien.
Dernière fois
Dernière fois
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Photo de: LAT Images

Il s'agit de la dernière victoire de Berger et de Benetton, eux qui avaient déjà signé leur premier succès ensemble, lors du Grand Prix du Mexique 1986. Il faudra attendre 12 ans avant d'entendre à nouveau l'hymne autrichien sur un podium de F1, après la première victoire de Red Bull, au Grand Prix de Chine 2009.

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