Hockenheim 1982 : De la sueur, du sang et des larmes

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Hockenheim 1982 : De la sueur, du sang et des larmes
13 juil. 2014 à 11:00

Dans la mémoire des passionnés, 1982 résonne comme une année tragique mais également rocambolesque

Dans la mémoire des passionnés, 1982 résonne comme une année tragique mais également rocambolesque. Alain Prost n'hésitera pas à parler d'une "année de merde, pesante, agaçante et pire encore, tragique". Il contribua involontairement à renforcer ces aspects lors du Grand Prix d'Allemagne.

En effet, lors des essais libres du samedi matin, il pleuvait à verse et aucune amélioration ne pointait à l'horizon. Alors leader du championnat et poleman provisoire suite au meilleur temps acquis la veille sur le sec, Didier Pironi fonçait tête baissée sous l'averse. Nul n'a compris pourquoi le Français, pourtant davantage calculateur que téméraire sur la piste, prenait autant de risques inutiles. Certains ont même fait le rapprochement avec son ex-équipier et ami qui, lui, n'était pas avare de ce genre de moments...

En effet, il n'a échappé à personne que Pironi n'était plus le même depuis la mort de Gilles Villeneuve, survenue peu après le clash d'Imola où Pironi interpréta les consignes à sa manière, causant la fureur du Petit Prince. Or cette témérité coûta cher au Français : alors qu'il pensait que la Williams de Derek Daly se déportait à droite pour lui laisser la trajectoire, celle-ci était déjà occupée par un Prost roulant prudemment sur sa Renault et qui vit la Ferrari lui passer par dessus...

Celle-ci fit un bond spectaculaire dans les airs – Pironi dira qu'il a "vu la cime des arbres" – pour retomber en plein sur son train avant. La séance fut interrompue pour que l'on s'occupe du cas de Pironi, vivant et conscient mais affreusement blessé aux jambes. Encore lucide, il pria le professeur Sid Watkins de ne pas l'amputer sur place, demande que le médecin respecta. Si on sauva les jambes du pilote, celui-ci n'eut jamais l'occasion de piloter à nouveau en course malgré quelques essais pour Ligier et AGS. Il disparut en 1987 lors d'une course de off-shore, où il s'était reconverti.

Mais il n'en était pas là en ce mois d'août 1982, alors que Ferrari omit de déclarer son forfait, si bien que Pironi conserva sa pole position dans les statistiques. Une seule Ferrari allait piloter, celle de Patrick Tambay qui remplaçait alors son vieil ami Gilles Villeneuve. Il s'agissait désormais de sauvegarder le titre constructeur et avec un peu de chance celui des pilotes pour Pironi en empêchant les rivaux directs de ce dernier – John Watson sur McLaren et Keke Rosberg sur Williams notamment – de prendre de gros points.

Or le destin choisit d'apporter du baume au cœur de la Scuderia le lendemain. La course semblait promise aux Renault de Prost et Rene Arnoux, ainsi qu'à la Brabham-BMW de Nelson Piquet, les trois disposant comme Tambay d'un turbo qui était parfaitement adapté à ce tracé favorisant les grosses cavaleries. Or la fiabilité si perfectible des Renault se fit à nouveau sentir ce jour-là chez Prost. Tambay déborda Arnoux avant qu'un incident aujourd'hui entré dans l'Histoire ne survienne...

En effet, Piquet menait la course tambour battant et se chargeait alors de dépasser la modeste ATS du Chilien Elizeo Salazar. Or ce dernier s'emmêla les pinceaux et heurta la Brabham à la chicane de l'Ostkurve, nouvellement créée après l'accident mortel de Patrick Depailler en 1980 en ces lieux. Furieux, Piquet se mit à boxer le responsable de son abandon sous les yeux des caméras ! Plus de trente ans après, ces images continuent à faire le tour du monde... L'ironie voulut que Piquet ait aidé Salazar au début de sa carrière, comme ce dernier le rappela plus tard !

Ainsi Tambay se retrouva en tête pour ne plus la quitter, et remporter une victoire émouvante, car intervenant peu de temps après un nouveau drame pour la Scuderia, et au volant de la Ferrari au numéro 27. Un succès qui permit à Ferrari de remporter au final le titre constructeur, maigre consolation étant donné que le titre pilote n'aurait jamais dû leur échapper. C'est Keke Rosberg qui l'emporta à la surprise générale, le "Finlandais volant" n'ayant pas encore fait ses preuves à ce moment. Mais c'est une autre histoire.

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