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L'insoluble inconstance de la FIA accroît la tension avec les pilotes

Qu'un quadruple Champion du monde jouant des coudes en milieu de grille se retrouve épinglé pour un mauvais comportement lors d'un briefing est un signal loin d'être anodin. Il traduit, dans le paddock du GP d'Autriche, l'agacement de pilotes qui ont un ennemi commun : le manque de cohérence.

Charles Leclerc, Ferrari F1-75, Carlos Sainz, Ferrari F1-75, Lewis Hamilton, Mercedes W13, Sergio Perez, Red Bull Racing RB18

Convoqué chez les commissaires samedi soir à Spielberg, Sebastian Vettel a écopé d'une lourde amende avec sursis pour avoir, au propre comme au figuré, claqué la porte du briefing des pilotes la veille. Un comportement que le quadruple Champion du monde a regretté mais qui met en lumière des tensions grandissantes entre les pilotes et la direction de course. Directeur du GPDA, George Russell a confirmé que les pilotes déploraient l'absence d'homogénéité dans les décisions prises depuis le début de la saison. Pour le Britannique, l'un des problèmes provient de la rotation instaurée entre Niels Wittich et Eduardo Freitas.

"Oui, je suis d'accord pour dire que nous devons nous en tenir à un seul directeur de course", estime le pilote Mercedes. "Il faut un peu plus d'uniformité de la part de la direction de course. On arrive au Grand Prix suivant et, souvent, le directeur du Grand Prix précédent n'est pas là. Il n'y a donc aucune manière de rendre des comptes, aucune explication des décisions. On pose des questions et c'est difficile d'avoir une réponse directe parce que la faute est presque toujours rejetée sur quelqu'un qui n'est pas là. Donc c'est compliqué. Chacun a sa propre interprétation."

"Beaucoup de pilotes ont parlé de ça", ajoute George Russell en rappelant que la tâche du directeur de course est "loin d'être facile". Avant de conclure : "Je pense que lorsque l'on a un seul directeur de course, les choses peuvent globalement être plus homogènes."

La FIA a procédé l'hiver dernier à une refonte de la direction de course après la polémique du Grand Prix d'Abu Dhabi 2021. Michael Masi a été évincé pour laisser place à la rotation entre Niels Wittich et Eduardo Freitas, et le nouveau président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem, a plusieurs fois répété qu'il voulait aller plus loin en disposant d'un troisième directeur de course à l'avenir.

Niels Wittich est le directeur de course au GP d'Autriche.

Niels Wittich est le directeur de course au GP d'Autriche.

L'instance internationale a également renforcé la direction de course, par exemple avec le retour de Herbie Blash comme conseiller, et avec l'instauration d'un système de visionnage à distance pour prendre des décisions plus rapidement. L'efficacité de ce dernier a interrogé lors des qualifications vendredi, le chrono de Sergio Pérez n'ayant pas été annulé à temps en Q2. Il n'en fallait pas plus pour que, banco, le Mexicain prononce lui aussi en anglais le mot du moment désignant le manque de cohérence : "inconsistency". 

"J'ai clairement fait quelque chose de mal", a d'abord reconnu le pilote Red Bull, qui a dépassé les limites de la piste. "Mais je pense aussi que j'ai payé le prix de l'incapacité de la FIA à mieux gérer la situation. J'ai reçu une pénalité plus sévère qu'elle n'aurait dû l'être, car j'ai gaspillé tous mes pneus en Q3, j'ai pris tous les risques. Mais c'est du passé. Oui, on voit un peu de manque de cohérence, alors j'espère que l'on va pouvoir travailler main dans la main avec la FIA."

Albon vs Norris, l'exemple type

Côté piste, l'irrégularité des décisions prises persiste. Samedi, lors de la course sprint sur le Red Bull Ring, Alexander Albon s'est retrouvé au cœur de ce qui est vraisemblablement l'exemple type du mal actuel. Moins d'une semaine après un combat intense à Silverstone et largement salué pour le spectacle offert, dans lequel les commissaires n'étaient pas intervenus malgré des manœuvres litigieuses et pointées du doigt par Fernando Alonso, la direction de course a cette fois beaucoup moins hésité. Aux prises avec Lando Norris, Alex Albon a été pénalisé de 5 secondes pour avoir poussé son compatriote hors de la piste au quatrième tour.

Alex Albon a été pénalisé lors de la course sprint à Spielberg.

Alex Albon a été pénalisé lors de la course sprint à Spielberg.

"On a eu une longue discussion sur ce genre de choses lors du briefing des pilotes", rappelle le pilote Williams. "Et vous voyez que lorsque les gens ont tendance à se plaindre d'une décision, lors du Grand Prix suivant cette décision devient plus sévère, quelle qu'elle soit. On a parlé du fait de laisser les pilotes se battre après Silverstone, et après, on ne peut pas se battre en Autriche."

"Pour nous, c'est comme déplacer les poteaux du but au football. On ne sait vraiment pas ce que l'on peut et ne peut pas faire. C'est compliqué, parce que je pense que la FIA fait l'apprentissage de ce qu'elle veut au niveau du pilotage, et jusqu'à ce qu'elle trouve, il y aura un manque de cohérence. Je suis certain que l'on en reparlera lors du prochain briefing des pilotes, et que les poteaux du but bougeront encore."

Un problème de priorité ?

Pour Toto Wolff, la question va en fait au-delà et selon le directeur de Mercedes, les pilotes s'interrogent sur les priorités de la direction de course depuis le début de la saison. Car tandis que certains déplorent une inconstance dans les décisions prises lors des luttes en piste, des sujets à leurs yeux plus anecdotiques sont soulevés.

"Je ne sais pas pour ce qui est du directeur de course. Pour moi, si je devais choisir le plus gros handicap dans la situation actuelle, ce serait de décider quelles sont les priorités que nous devons résoudre", pointe Toto Wolff avant de revenir sur l'incident qui a concerné Sebastian Vettel : "Je pense qu'ils [les pilotes] ont été frustrés par le débat sur la ligne d'entrée des stands, et sur l'endroit où elle devrait être. D'après ce que j'ai entendu, ils [la FIA] s'empêtrent dans des sujets qui ne font probablement pas partie des 50 priorités."

Andreas Seidl, ici avec Sebastian Vettel, insiste sur le maintien du dialogue avec la FIA.

Andreas Seidl, ici avec Sebastian Vettel, insiste sur le maintien du dialogue avec la FIA.

L'exemple cité par Toto Wolff avec l'entrée des stands en Autriche vient s'ajouter à l'agacement des pilotes en début de saison lorsqu'il leur a été rappelé de ne pas porter de bijoux au volant mais aussi de porter des sous-vêtements ignifugés. Néanmoins, le discours des patrons d'écurie est plus nuancé que celui des pilotes et la plupart d'entre eux insiste sur la nécessité de discuter et d'avancer en tirant dans le même sens avec la FIA. 

"On doit tous admettre que l'on est dans le même bateau : les commissaires, les directeurs de course, les pilotes", prévient Andreas Seidl, directeur de McLaren. "Il y a eu un changement au début de l'année avec deux nouveaux directeurs de course, Niels et Eduardo. Si l'on regarde comment s'est déroulée la première partie de saison, pour moi ils ont bien commencé. Et comme toujours, ce n'est pas différent d'une équipe : il y a des choses qui peuvent être mieux faites."

"Ce qui est le plus important pour moi, c'est que les directeurs de course, la FIA et les commissaires soient ouverts à la discussion, au dialogue, afin de voir comment on peut améliorer les choses ensemble de notre côté. Du leur aussi avec des choses qui peuvent les aider. On a ce dialogue, la porte est toujours ouverte. C'est un dialogue, pas un monologue, et j'apprécie ça. C'est ainsi que je vois les choses."

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