Jack Brabham : une carrière légendaire

Jusqu'àsa mort à 88 ans, Jack Brabham était le doyen des Champions du Monde de F1 encore en vie

Jack Brabham : une carrière légendaire

Jusqu'à

sa mort à 88 ans

, Jack Brabham était le doyen des Champions du Monde de F1 encore en vie. Un "record" qui caractérise la longévité de "Black Jack", en tant qu'homme mais également en tant que pilote. En effet, la carrière de l'Australien en Formule 1 s'est étalée sur quinze années, du Grand Prix de Grande Bretagne 1955 au Grand Prix du Mexique 1970 où il prit sa retraite à l'âge de 44 ans.

Contrairement à ses prédécesseurs tels que Mike Hawthorn ou Stirling Moss, Brabham n'était pas prédestiné à briller au plus haut niveau. Son caractère taciturne et ses modestes performances n'en faisaient pas un favori logique au moment d'aborder la saison 1959. Or Cooper imposait le moteur à l'arrière, là où les autres équipes continuaient de placer celui-ci à l'avant. Brabham participa ainsi à l'écriture d'une nouvelle page de la Formule 1 en s'imposant au Championnat du Monde. La couronne faillit lui échapper puisqu'il tomba en panne d'essence lors de la finale à Sebring, haut lieu de l'Endurance aux États-Unis, alors qu'il était en vue de l'arrivée. Il poussa tant bien que mal sa monoplace jusque l'arrivée pour finir quatrième, épuisé à s'écrouler sur le sol, mais Champion.

Si certains émettaient encore des doutes sur le talent du pilote, ceux-ci furent balayés lorsqu'il doubla la mise en 1960, non sans enchaîner cinq victoires d'affilée. Cependant, Cooper se retrouva vite en difficulté une fois le moteur arrière généralisé, si bien que l'Australien, déjà habitué à construire ses propres monoplaces, fonda sa propre équipe en coopération avec son compatriote Rob Tauranac. La progression fut lente mais manifeste, avec les premières victoires en 1964 grâce à l'Américain Dan Gurney, alors que Brabham prenait un peu de recul avec le pilotage. Cependant, le départ de Gurney en fin de saison pour fonder à son tour sa propre équipe le poussa à reprendre le volant à plein temps.

Comme en 1959, peu d'observateurs lui prédisaient la Lune. Outre son éloignement récent de la piste, sa monoplace ne disposait pas du moteur le plus puissant en comparaison de Ferrari alors que la réglementation avait autorisé les moteurs allant jusqu'à 3000cm³. Cependant, son Repco – d'origine australienne comme lui – restait le plus homogène du lot car plus simple d'utilisation que le Ferrari et plus fiable que les usines à gaz telles que le H16 de BRM. Ainsi il permit à Brabham de renouer avec les honneurs du titre mondial mais avec son propre team, fait unique dans les annales. Le tout non sans démontrer son sens de l'humour : se sentant concerné par les observateurs qui le trouvaient trop vieux pour réussir, il choisit lors du Grand Prix des Pays-Bas de marcher jusqu'à sa monoplace avec une canne et une barbe postiche ! Pour mieux l'emporter après coup.

L'ironie de l'Histoire veut que Brabham fut plus ou moins forcé de prolonger sa carrière bien qu'il n'ait jamais perdu son plaisir de piloter. En effet, les pilotes de talent capables de lui succéder sur la piste ne manquaient pas : Dan Gurney, Denny Hulme, Jochen Rindt et Jacky Ickx ont tous prouvé, chez Brabham ou ailleurs, leurs aptitudes. Or chacun a préféré quitter l'équipe, contraignant à chaque fois son fondateur de reporter sa retraite : Gurney fonda sa propre équipe en 1966, Hulme une fois champion rejoignit son compatriote Bruce McLaren en 1968, Rindt signa chez Lotus – principalement pour raisons financières – en 1969 et Ickx revint chez Ferrari en 1970.

Ainsi, lorsque Black Jack mit pied à terre fin 1970, c'était plus par désir de rester encore vivant que par manque de motivation ou à cause d'une pointe de vitesse émoussée par les années : la saison avait vu la disparition de son ami Bruce McLaren en essais à Goodwood, de Piers Courage et son ex-équipier Jochen Rindt qui allait devenir le seul Champion du Monde à titre posthume. Mais Brabham avait prouvé qu'il pouvait encore tenir son rang en remportant la manche d'ouverture de sa dernière saison à Kyalami. Il fut même un temps le principal rival de Rindt pour le titre avant qu'une série d'abandons et d'incidents évitables ne l'éloignent d'un quatrième titre.

L'Histoire a surtout retenu son erreur au dernier virage du dernier tour à Monaco où il glissa sur la poussière en se précipitant pour doubler un retardataire, ou sa panne d'essence à Brands Hatch, deux avatars lui coûtant deux victoires. Le deuxième incident est d'ailleurs survenu suite à la bévue d'un mécanicien qui avait réglé le moteur pour une consommation élevée afin de le réchauffer avant la course, tout en oubliant de modifier ce détail au moment du départ. Ce mécanicien se nommait... Ron Dennis.

Ce dernier n'a pas oublié son passé à travailler pour Black Jack et lui a rendu hommage :

"Lorsque j’ai commencé à travaillé en F1 à la fin des années 1960, j’ai d’abord été chez Cooper et ensuite chez Brabham. J’étais encore très jeune, mais je savais déjà reconnaître la grandeur lorsque je la voyais. J’ai toujours considéré cela comme un honneur d’avoir pu travailler pour Sir Jack. J’ai aussi beaucoup appris de lui".

"Le mot légende est fréquemment utilisé pour décrire les sportifs d’exception, mais il est souvent utilisé à tort. Dans le cas de Jack Brabham, c’était au contraire totalement justifié".

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