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La F1 ne manquera pas à Räikkönen, mais il manquera à la F1

Trois ans après sa dernière victoire en Formule 1, à Austin, Kimi Räikkönen est désormais à quelques Grands Prix de mettre un terme à la plus longue carrière de l'Histoire. Son ami et ancien attaché de presse au sein de l'équipe de rallye Ice1 Racing, Anthony Peacock, explique pourquoi il laissera un vide tout en s'épanouissant dans une nouvelle vie.

Kimi Raikkonen, Alfa Romeo Racing, en conférence de presse

Ne vous attendez pas à un grand cérémonial à Abu Dhabi, ni à de grandes célébrations avant de baisser le rideau sur deux décennies de Formule 1. Vous pouvez en revanche compter sur une petite fête d'adieux, mais vous ne serez pas invité.

Kimi Räikkönen, sans surprendre personne, a finalement annoncé début septembre sa décision de quitter la Formule 1, même s'il avait déjà fait son choix personnellement il y a près d'un an. Une annonce faite après coup, sous la forme d'un laconique post Instagram qui débutait par : "Ça y est".

Kimi aime aller droit au but et ne pas perdre de temps avec les mots, un trait de caractère qu'il partage avec bon nombre de ses compatriotes. Il y a un proverbe en Finlande qui dit que "le silence est d'or, la parole est d'argent". Et Kimi a toujours préféré l'or.

Ce n'est pas que les Finlandais n'aiment pas parler. C'est qu'ils n'aiment pas les petites conversations. Quand Kimi est d'humeur à discuter, presque rien ne peut l'arrêter. Mais il n'aime parler que de choses qui sont importantes ou intéressantes pour lui. Et les questions posées lors des conférences de presse en F1 ne tombent dans aucune de ces deux catégories.

Il s'éclipsera probablement par une porte coulissante de chez Alfa/Sauber après son dernier Grand Prix à Abu Dhabi. Les discours d'adieu, les démonstrations d'affection en public ou, pire encore, une photo avec un gâteau – qui pourrait terminer sur son visage – sont pour lui inenvisageables. Difficile de savoir quels seront les derniers mots de Kimi dans un cockpit de F1, mais le meilleur pari est "bye". Ou rien.

Puis il s'en ira dans la nuit étoilée, et espérons-le dans une suite d'hôtel voisine pour renouer avec les jours glorieux, comme lorsqu'il a pris une cuite de 16 jours après avoir terminé sur le podium du Grand Prix de Bahreïn 2013. Il avait décuvé à temps pour réitérer ce résultat au Grand Prix d'Espagne, apportant du crédit à sa théorie de longue date selon laquelle boire entre deux courses ne l'affecte jamais, et qu'il est plus performant lorsqu'il est libre d'être lui-même. Il sera bientôt libre de mener à bien ses projets, à savoir rien du tout, au moins à court terme.

Anthony Peacock et Kimi Räikkönen dans le paddock.

Anthony Peacock et Kimi Räikkönen dans le paddock.

C'est dans des moments comme ça que Kimi se distingue comme le seul sain d'esprit dans un asile. Si vous avez gagné 21 Grands Prix, touché des millions que vous pouvez dépenser, piloté toutes les voitures que vous voulez et avez un yacht ainsi qu'une jolie femme et des enfants dans votre maison paradisiaque en Suisse – sans oublier un bar bien garni –, à quoi bon avoir des projets autres que systématiquement vider le bar et se demander que faire ensuite ?

Il fera juste ce qui l'amuse, exactement quand il en a envie (ce qui est plus ou moins ce qu'il a fait jusqu'à présent de toute manière). Car Kimi est un véritable expert pour ce que beaucoup en F1 ont du mal à faire : s'amuser. Et dire ce qu'il pense, même si ça peut paraître scandaleux sur le moment.

Quand il franchira les tourniquets du paddock à Abu Dhabi et se débarrassera de son pass rouge (n'attendez pas de lui qu'il le garde), la dernière tribu des vrais pilotes de course – une espèce en voie de disparition depuis la fin des années 80 – tombera avec lui. La retraite de Kimi marque la fin d'une ère.

Ne vous méprenez pas. L'actuelle génération de pilotes est certainement faite de types sympa et bien élevés : certains d'entre eux sont même parfois vraiment drôles. Mais il n'y a personne d'autre comme Kimi. On lui a demandé un jour ce que les gens faisaient de leur temps libre en Finlande. Il a répondu : "Pêcher et baiser. Et en hiver, la pêche est mauvaise".

Kimi est heureux de se laisser aller à tous les vices, mais pas du tout consciemment. Son image n'est en aucun cas fabriquée : il a un amour inconditionnel du peu recommandable qui fait de lui une des personnes les plus authentiques que l'on puisse rencontrer. Qui peut oublier son excuse lorsqu'il a manqué la présentation de Pelé au Grand Prix du Brésil 2006 ? "J'étais juste parti chier". Ou sa réponse pour indiquer ce qu'il y avait de mieux concernant Red Bull ? "On peut mettre de la vodka dedans".

Pour un pilote doté d'une étonnante capacité à gagner des sommes incroyables grâce à ce sport, et qui était même encore payé par Ferrari lorsqu'il est parti courir en rallye en 2010, Kimi est remarquablement peu tourné vers le commercial.

Raikkonen had great aptitude for rallying during his two-year WRC sojourn in 2010-11

À l'époque, on lui a demandé d'assister à un événement pour un sponsor, ce qu'il n'avait pas envie de faire. Pour être franc, ça concernait des téléphones portables et paraissait assez ennuyeux, mais les gens avaient apparemment payé très cher pour être là. Il a simplement haussé les épaules et suggéré : "Rendons tout".

Une des autres choses que Kimi n'a pas voulu faire pendant son passage en WRC, c'est le Rallye d'Australie, au motif que c'était "trop loin". On ne peut pas contester cette logique géographique, même si ce coup d'éclat a finalement entraîné l'exclusion de son équipe Ice1 Racing du championnat 2011. Comme on pouvait s'y attendre, Kimi n'en avait rien à faire.

Néanmoins en rallye, Kimi pouvait montrer un peu plus sa vraie personnalité, loin de ce qu'il appelait le "bocal" de la F1. Il n'avait aucun problème à se détendre au bar de l'hôtel le soir (et oui, il payait les boissons) : ce n'est jamais arrivé en F1, où trop de monde était en quête de gros titres. "En fait, les titres de journaux sont plutôt drôles", a-t-il lancé un jour. "Je peux les lire et découvrir ce que je faisais."

Kimi était aussi très bon en rallye : la seule chose qui lui a manqué était la capacité à travailler efficacement avec le rythme des notes, car il était habitué à simplement piloter sur la route telle qu'il la voyait, plutôt qu'à réagir aux instructions de quelqu'un assis à côté de lui. "Laisse-moi tranquille, je sais ce que je fais", ça ne marche pas vraiment en rallye.

Avec un peu plus de patience, il aurait pu surpasser ce problème. Et peut-être qu'il le fera à l'avenir : on lui a proposé un test dans la Toyota Yaris WRC. Vous ne le verrez pas faire un championnat complet, qui impliquerait trop de matinées à se lever tôt, mais il ne serait pas surprenant de voir Kimi faire un peu de rallye pour s'amuser.

Comme Sébastien Loeb l'a souvent souligné, Kimi a un contrôle de la voiture phénoménal. Lors des essais en rallye, qui consistaient à aller et venir sur le même parcours, Kimi était souvent plus rapide que le nonuple Champion du monde dans la même voiture. Et il ne fait aucun doute qu'il adorait ça : après avoir grandi en Finlande, Kimi avait piloté une voiture de rallye (appartenant à son frère aîné Rami) bien avant de s'asseoir dans une monoplace. Il la pilotait comme s'il l'avait volé, justement parce que c'était le cas, au grand dam de Rami.

Pour Kimi, la pire chose du sport automobile, ce sont les médias, tandis que la meilleure est le pilotage. Les fêtes étaient amusantes aussi, mais il a fait remarquer que l'on pouvait faire une fête à tout moment, y compris chez soi (ce qu'il préfère d'ailleurs). Le meilleur moment d'un week-end de course est toujours le départ, a-t-il dit un jour à un malheureux journaliste. Et le plus ennuyeux ? "Maintenant", avait-il répondu, impassible.

Raikkonen has never enjoyed dealing with the media

Car le Finlandais est un pilote de course aussi pur que possible. Avec les toréadors et les alpinistes, comme l'a écrit Ernest Hemingway, ce sont les derniers vrais sportifs. Mais la tauromachie est essentiellement proscrite de nos jours, toutes les montagnes ont été gravies, et maintenant Kimi s'en va.

Malheureusement pour lui, et bien qu'âgé aujourd'hui de 42 ans, Kimi est né deux décennies trop tard. Sa véritable époque aurait été celle de son alter ego, James Hunt. Il a d'ailleurs emprunté son nom à plusieurs reprises pour participer à des courses de motoneiges ou de bateaux à moteur (en plus d'avoir porté le casque de Hunt au Grand Prix de Monaco 2012). La partie la plus charmante de cette anecdote concerne sans doute la combinaison de gorille que Kimi portait pour la course de bateaux à moteur. Cela lui a quand même valu, ainsi qu'à ses amis, le prix de l'équipe la mieux habillée.

Une autre fois, quelqu'un qui aurait dû être mieux informé a demandé à Kimi ce que son casque signifiait précisément pour lui, espérant que son design complexe ouvrirait en quelque sorte une fenêtre jusqu'alors non ouverte sur son âme. Kimi a écouté la question, avant de répondre du bout des lèvres : "Il protège ma tête".

Ce qui protège vraiment sa tête, au sens psychologique, c'est le mur invisible qu'il a construit autour de lui : une part intégrante du "Iceman". Il a expliqué sa philosophie une fois, en assurant que quoi que vous disiez, les gens le déformeront. Alors la meilleure chose à faire est de ne rien dire du tout. C'est drôle, on n'a jamais considéré Kimi comme un fan de Ronan Keating. Il préfère le heavy metal finlandais.

Ironie du sort, c'est ce qui a aidé à faire de Kimi un héros populaire. Plus il s'est montré distant et taciturne, plus les gens l'ont aimé. Lui pense que la plupart des gens sont assez bizarres, et peut-on vraiment le blâmer vu le cirque humain dont il est entouré depuis qu'il a 20 ans ?

Il peut être tout à fait charmant quand il le veut. Demandez à Thomas, un petit garçon aux couleurs de Ferrari qui avait fondu en larmes après avoir vu son pilote préféré abandonner dès le premier virage du Grand Prix d'Espagne 2017. Ces larmes avaient rapidement séché quand il avait pu rencontrer Kimi dans le garage Ferrari.

Tout comme James Hunt – qui a remporté en 1973 le tour de Grande-Bretagne en Chevrolet Camaro, tout autant que des prix d'élevage de perruches – Kimi est quelqu'un d'énigmatique aux nombreux talents, avec deux faces distinctes. Il y a la personne publique, connue pour son silence et ses lunettes de soleil, et il y a quelqu'un de beaucoup plus chaleureux – que peu de monde voit –, avenant, donnant de son temps, et incroyablement drôle.

C'est le vrai Kimi, celui qui a désormais hâte de mener une vie normale. Bien sûr, "normal" est toujours relatif mais Kimi, père de deux enfants, s'est beaucoup calmé par rapport à avant. Il aime toujours raconter ses vieilles histoires, avec son sourire de loup et son rire caractéristique qui peut illuminer une pièce. C'était le bon temps, mon ami. Et voici le présent.

The real side to Raikkonen may be seen more widely in retirement
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