Komatsu : S'adapter aux freins est "très difficile" pour Grosjean

Dans un entretien exclusif accordé à Motorsport.com, Ayao Komatsu, ingénieur de course de l'écurie Haas F1, est revenu sur les problèmes de freins dont souffre fréquemment Romain Grosjean.

Il y a des habitudes qui ont la vie dure les week-ends de Grand Prix, et celle des messages radio du pilote français, le plus souvent pour se plaindre de ses freins, est rarement escamotée. Grosjean lui-même a déploré le fait d'être souvent une des "stars" des essais libres en raison de ses difficultés récurrentes et de leur extériorisation sans ambages.

Toujours est-il que cela met l'accent sur un domaine dans lequel le numéro 8 est particulièrement sensible dans la recherche de la performance et la construction de ses GP. Ayao Komatsu, ingénieur de course en chef de Haas, qui suit l'ancien pilote Lotus depuis sa période Enstone, où il était alors son ingénieur de course attitré, est revenu dans une interview pour Motorsport.com sur ces difficultés récurrentes.

"Ce n’est pas une seule chose", lance-t-il au moment d'évoquer cette question dans sa globalité. "C’est s’habituer aux matériaux, s’assurer que les températures sont sous contrôle, etc. Donc, oui, toutes ces choses. Parfois nous pouvons les avoir sous contrôle, pour mieux fonctionner. Parfois ce n’est pas le cas."

Grosjean n'a pas un "retour précis" des freins

Quand la question de l'impatience de Grosjean est posée, il répond : "Ça a un impact. Mais après, nous savons à quel point la sensation au freinage est importante, surtout pour quelqu’un comme Romain. Même Kevin [Magnussen] n’est pas heureux. Mais Romain a seulement besoin d’un meilleur ressenti des freins parce que son style de pilotage s’appuie véritablement sur le fait d’avoir un retour précis des freins. Et pour l’instant, il n’a pas ça."

"Kevin ne l’a pas non plus. Mais Kevin a moins besoin de ces sensations. Il peut, disons, contourner cela, mais le style de pilotage de Romain fait que ce n’est pas possible, vraiment. Il a vraiment besoin que les freins fonctionnent précisément, il a vraiment besoin d’avoir ce retour des freins pour être en confiance quand il entre en virage."

Justement, le Franco-suisse doit-il essayer d'être plus flexible vis-à-vis des difficultés qu'il rencontre pour tenter de passer outre ? "C’est très difficile pour lui de s’adapter. Cela fait partie, je pense, des choses fondamentales dont il a besoin de la voiture. Quand il n’y a pas de problème ou de gros problème avec les freins, on sait à quel point il est rapide."

"Mais quand on a un immense problème avec les freins, comme à Bakou... Il ne s'agissait pas seulement des freins, cela venait aussi des pneus, mais la faible adhérence [...] a exagéré le problème des freins. Nous n’avons pas changé le matériel de freinage pour l’Autriche, mais il a pu mieux les gérer. Pourquoi ? Parce que le niveau d’adhérence est plus important, l’appui est plus important. Donc ça masque un peu. À chaque fois que l’on retire de l’adhérence, ces problèmes deviennent plus importants. Et c’est là qu’il a le plus de mal."

Entre frustration et recherche de la perfection

Même si elle est bien souvent omniprésente du fait des choix de réalisation de la FOM, la frustration provoquée par la problématique des freins chez Haas n'est pas seulement liée à Grosjean, l'équipe expérimentant depuis plusieurs mois deux marques différentes pour essayer de corriger le tir.

Aussi, Komatsu assure que le constructeur américain comprend tout à fait la frustration de son leader : "Oh oui, évidemment. Du point de vue de l’équipe, c’est frustrant de ne pas pouvoir lui donner ce qui lui convient. Donc oui, dans les deux sens. Il connaît sa limite mais c’est très difficile parce que la raison de ses difficultés dans de telles conditions est la même pour laquelle il est si rapide dans des conditions différentes, comme en Autriche. Parce qu’il exige ce ressenti précis des freins. Quand il l’a, il est très, très rapide."

Un perfectionnisme qui expose forcément à un plus grand risque d'insatisfaction mais aussi à des performances notables quand les planètes finissent par s'aligner. "Ça ne concerne pas que la course : si vous êtes un perfectionniste, si les choses ne sont pas parfaites, vous allez avoir plus de mal. Si vous n’êtes pas un perfectionniste, vous vous en moquez."

"Je ne dis pas que Kevin n’est pas un perfectionniste, mais Kevin peut le surmonter, alors que Romain ne peut parfois pas. Mais le fait même qu’il ne puisse pas le surmonter veut dire qu’il exige certaines choses de la voiture. Ensuite, quand il les obtient, il est très, très rapide. Donc il est parfois difficile de l’avoir dans les deux sens."

Propos recueillis par Oleg Karpov

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Tags ayao komatsu, freins