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Laura Müller conseille les femmes du sport auto : "N'acceptez les conneries de personne"

Première femme ingénieure de course de l'Histoire de la Formule 1, Laura Müller ne court pas après la lumière. Mais si son parcours peut inspirer une nouvelle génération de femmes, l'Allemande a un conseil très simple à leur donner : "Si vous voulez faire quelque chose faites-le et n'acceptez les conneries de personne."

Laura Mueller, Haas F1 Race Engineer

Photo de : Clive Rose / Motorsport Images

Le mardi 23 juin était célébrée la Journée internationale des femmes ingénieures, une occasion mise à l'honneur par plusieurs équipes de Formule 1 sur les réseaux sociaux. Pour l'événement, Laura Müller, première et unique femme ingénieure de course de l'Histoire de la F1, a accordé un long entretien au site officiel de la discipline.

Nommée en début de saison 2025 aux côtés d'Esteban Ocon chez Haas, Laura Müller a franchi une étape majeure pour la féminisation du sport automobile, et plus particulièrement de la F1, en accédant à ce poste. Dans cette interview, l'Allemande est revenue sur ses 18 premiers mois passés sur le muret des stands de l'équipe américaine, expliquant notamment que sa promotion avait suscité bien plus d'attention qu'elle ne l'avait imaginé.

"Je savais évidemment que j'allais être la première femme ingénieure de course, mais je pensais qu'il y aurait juste un petit article dans un coin d'Autosport", a-t-elle reconnu. "Je ne m'attendais vraiment pas à recevoir autant d'attention, et ça m'a un peu effrayée. Surtout qu'avant même que ma nomination soit officiellement annoncée, je recevais déjà énormément de messages de personnes qui avaient simplement lu un article ou entendu parler de moi."

"Je n'aime pas particulièrement être sous les projecteurs et je voulais simplement faire mon travail. C'est pour ça que Stu [Morrison, directeur de la communication chez Haas] et toute l'équipe ont fait en sorte que je puisse me concentrer là-dessus, au moins pendant la première moitié de l'année dernière, ce qui était vraiment appréciable. Je veux juste faire mon travail !"

Laura Müller est arrivée en même temps qu'Esteban Ocon chez Haas.

Laura Müller est arrivée en même temps qu'Esteban Ocon chez Haas.

Photo de: Guido De Bortoli / LAT Images via Getty Images

La Journée internationale des femmes ingénieures célébrait cette année sa 13e édition. Il y a 13 ans, Laura Müller s'orientait tout juste vers des études d'ingénierie. Si cette journée est aujourd'hui mise à l'honneur par plusieurs équipes de Formule 1, ce n'était pas le cas à l'époque, où le simple fait d'envisager une carrière dans ce domaine était, selon elle, "assez difficile" pour une femme.

À cette époque, les figures féminines occupant des postes d'ingénieures dans le sport automobile étaient encore bien plus rares qu'aujourd'hui. Laura Müller cite toutefois Leena Gade comme une source d'inspiration. La Britannique est devenue en 2011 la première femme ingénieure de course à remporter les 24 Heures du Mans avec Audi.

"Je ne l'ai rencontrée qu'une seule fois, très brièvement", a souligné l'ingénieure Haas. "En réalité, je ne la connais pas vraiment, mais à l'époque je me disais : 'C'est génial, c'est une femme qui occupe un poste extrêmement important'."

"À part elle, il n'y avait pas beaucoup de modèles auxquels s'identifier. Aujourd'hui, je trouve formidable que l'on voie autant de femmes en F1 : on les voit à la télévision, on les entend à la radio, on les voit sur les podiums... Je pense que, pour moi, il y a treize ans, cela aurait été très important."

"Donc je n'aime pas spécialement l'attention, mais si elle permet de donner de la visibilité aux femmes dans l'ingénierie, alors c'est évidemment très important."

Laura Müller était initialement ingénieure performance avant d'être promue sur le muret des stands de Haas.

Laura Müller était initialement ingénieure performance avant d'être promue sur le muret des stands de Haas.

Photo de: James Sutton / LAT Images via Getty Images

Laura Müller avait déjà été mise à l'honneur plus tôt dans l'année. Aux côtés de Hannah Schmitz, stratège en chef de Red Bull Racing, elle a vu le virage n°6 du circuit de l'Albert Park à Melbourne rebaptisé en leur honneur à l'occasion du Grand Prix d'Australie.

Si les deux femmes partagent une nature discrète et préfèrent rester loin des projecteurs, elles sont pleinement conscientes du rôle de modèle qu'elles incarnent auprès des générations futures et de son importance.

"Je crois que ce qui nous rapprochait surtout [avec Hannah], c'est que nous n'aimons ni l'une ni l'autre être sous les projecteurs", a expliqué Laura Müller. "Mais nous étions toutes les deux très fières d'avoir un virage à notre nom. J'ai reçu un petit cadre que j'ai accroché chez moi et j'ai trouvé ça vraiment sympa."

"J'aime surtout le fait que cela mette en avant notre métier, les possibilités qu'il offre et tout ce que cela représente. J'aime beaucoup discuter avec les jeunes femmes et les jeunes filles pour leur dire qu'il n'est pas nécessaire d'avoir tout planifié très tôt. On n'a pas besoin de savoir à 14 ans que l'on veut devenir ingénieure de course."

"Je pense qu'il est très important de montrer aux jeunes filles que, même à 21 ans, on peut encore se dire : 'C'est ça que je veux faire', puis réussir à le faire. Aujourd'hui, c'est de plus en plus accessible et cela paraît beaucoup moins intimidant."

N'acceptez les conneries de personne. Si vous voulez quelque chose, allez le chercher et ne laissez personne vous détourner de votre chemin.

S'adressant justement aux femmes et aux jeunes filles qui la regardent et l'admirent, Laura Müller n'a qu'un conseil à donner à celles qui veulent se faire une place - ou simplement tenir bon - dans un milieu encore difficile et loin d'être pleinement inclusif comme celui du sport automobile.

"C'est quelque chose que j'avais déjà dit il y a quelques années : n'acceptez les conneries de personne", a-t-elle déclaré. "Si vous voulez quelque chose, allez le chercher et ne laissez personne vous détourner de votre chemin, parce que des gens essaieront de le faire, peu importe ce que vous voulez accomplir."

"J'ai toujours voulu arriver en F1, mais avant même mon entretien chez Haas, sans avoir abandonné ce rêve, je me disais : 'Peut-être que je n'y arriverai jamais, et ce n'est pas grave, je ferai autre chose'. Et j'aurais été heureuse comme ça aussi."

"Ne poursuivez pas un rêve pour les autres. Poursuivez-le pour vous-même, et assurez-vous que c'est vraiment ce que vous voulez faire et que c'est le bon choix pour vous."

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