Lewis Hamilton, 32 ans et dans le rythme des plus grands

À l'occasion du 32e anniversaire de Lewis Hamilton, osons une comparaison statistique avec d'autres grands pilotes de Formule 1, quand ils avaient le même âge que le Britannique.

Lewis Hamilton, 32 ans et dans le rythme des plus grands

Lewis Hamilton a 32 ans. Outre le petit coup de vieux qui accompagne certains d'entre nous à la lecture de cette information, l'anniversaire du triple champion du monde britannique est l'occasion de se pencher sur ses "temps de passage" par rapport à d'autres grands pilotes de la discipline reine.

À tout le moins de ceux qui ont remporté autant ou plus de titres que lui. Cela permet donc d'établir une liste de dix légendes de la discipline (même si elle en compte bien d'autres, mais il faut faire un choix) et de comparer leurs statistiques en F1 au jour de leur 32e anniversaire :

PALMARÈS DES DIX PILOTES LES PLUS TITRÉS EN F1
AU JOUR DE LEUR 32E ANNIVERSAIRE
  32 ans le... Saisons Titres Départs Victoires Poles Podiums Abandons
 Juan Manuel Fangio* 24/6/1943 - - - - - - -
 Jack Brabham 2/4/1958 3 0 6 0 0 0 4
 Jackie Stewart 11/6/1971 7 1 66 14 8 26 30
 Niki Lauda 22/2/1981 9 2 113 17 24 39 48
 Nelson Piquet 17/8/1984 7 2 89 12 13 25 46
 Alain Prost 24/2/1987 7 2 105 25 16 48 36
 Ayrton Senna 21/3/1992 9 3 127 33 60 67 43
 Michael Schumacher 3/1/2001 10 3 144 44 32 83 40
 Lewis Hamilton 7/1/2017 10 3 188 53 61 104 25
 Sebastian Vettel** 3/7/2019 10 4 178 42 46 86 29

*Le Championnat du monde de Formule 1 n'existait pas quand Fangio a eu 32 ans.
**Vettel aura 32 ans en cours de saison 2019.

Force est de constater que, sur le plan des chiffres, Hamilton est un très bon élève : il est en tête en termes de victoires, de poles et de podiums. Finalement, Sebastian Vettel - qui n'a que 29 ans - est le seul à le devancer dans un domaine : l'Allemand compte un titre de plus.

Mais la comparaison des chiffres bruts n'est pas toujours représentative. En effet, au fil des années, entre autres, le calendrier de la F1 a évolué de façon considérable et le même nombre de saisons dans les années 1950-1960 et dans les années 2000-2010 n'équivaut pas du tout au même nombre de Grands Prix.

Ainsi, il est encore plus intéressant de se pencher sur la question des ratios, à savoir la pondération des statistiques par le nombre de courses effectivement disputées : 

PALMARÈS PONDÉRÉ DES DIX PILOTES LES PLUS TITRÉS EN F1
AU JOUR DE LEUR 32E ANNIVERSAIRE
  Ratio
victoires/GP courus
Ratio
poles/GP courus
Ratio
podiums/GP courus
Ratio
abandons/GP courus
 M. Schumacher 30,6% (1) 22,2% (4) 57,6% (1) 27,8%
 L. Hamilton 28,2% (2) 32,4% (2) 55,3% (2) 13,3%
 A. Senna 26,0% (3) 47,2% (1) 52,8% (3) 33,9%
 A. Prost 23,8% (4) 15,2% (6) 45,7% (5) 34,3%
 S. Vettel 23,6% (5) 25,8% (3) 48,3% (4) 16,3%
 J. Stewart 21,2% (6) 12,1% (8) 39,4% (6) 45,5%
 N. Lauda 15,0% (7) 21,2% (5) 34,5% (7) 42,5%
 N. Piquet 13,5% (8) 14,6% (7) 28,1% (8) 51,7%
 J. Brabham 0,0% (9) 0,0% (9) 0,0% (9) 66,7%
 JM. Fangio - - - -

Cette fois, Hamilton, n'est plus en tête, mais il est tout de même situé à une place honorable puisqu'il est second dans chaque classement : juste derrière Michael Schumacher en termes de victoires et de podiums, et loin derrière Ayrton Senna en termes de pole positions.

Du jeune loup au vieux lion ?

Évidemment, malgré toutes les précautions possibles, la comparaison demeure un exercice compliqué car, au final, en dehors de Hamilton et Vettel, qui ont commencé la même année, en 2007, ces pilotes ont couru lors d'époques différentes, qui ont toutes eu leurs spécificités. Il n'est pas question ici de juger cela, car si la tendance est au "c'était mieux avant", c'est oublier que le passé avait ses travers et que le présent a ses qualités.

Hamilton peut se targuer, à ce stade de sa carrière, d'être d'ores et déjà parmi les grands de sa discipline grâce à son nombre de titres, de victoires et de poles. Un palmarès qui est bien sûr aussi le fruit d'un nombre de courses par saison qui a augmenté et d'une fiabilité qui s'est accrue très nettement.

Mais pour être juste, beaucoup de ses contemporains ont bénéficié des mêmes conditions sans pour autant parvenir à faire autant. Et pour l'être totalement, la pondération des statistiques ne le place pas vraiment parmi "les moins bons des meilleurs" ; de nouveau, il figure en très bonne position. En ce qui concerne la fiabilité, elle est certes un facteur important mais, de nouveau, l'amélioration de la fiabilité étant générale, cela veut aussi dire que les adversaires abandonnent moins. En clair, à bien des égards, les choses peuvent s'équilibrer si l'on veut bien regarder attentivement les deux faces de la même médaille.

En dehors de ces aspects, Hamilton et ses statistiques sont aussi le produit d'une autre évolution de la discipline reine : le rajeunissement du plateau. En F1 depuis ses 22 ans (ce qui fait de lui le 49e pilote le plus jeune de l'Histoire à avoir pris le départ d'un Grand Prix), le Britannique a été sacré à 23. Dix ans plus tard, le talent aidant, il s'est presque constitué le palmarès le plus impressionnant de toute l'Histoire de la F1 pour un pilote de son âge, quand d'autres dans ces tableaux ont atteint leur apogée bien après leurs 32 printemps, à des époques où l'expérience (l'ancienneté ?) était la norme et la jeunesse l'exception.

En effet, si l'on regarde le premier tableau ci-dessus, il est facile de constater qu'à part Ayrton Senna, tous les pilotes ont obtenu au moins un titre supplémentaire après l'âge de 32 ans, quand ce n'est pas la totalité de leur palmarès pour Fangio et Brabham. Il est d'ailleurs arrivé à 29 reprises sur les 67 championnats disputés depuis 1950 qu'un champion soit âgé de 32 ans ou plus, mais ça n'a plus été le cas depuis 2004 et le dernier titre de Schumacher, à 35 ans, sept mois et 26 jours.

Et c'est peut-être finalement là que va se situer le véritable défi de Lewis Hamilton, au-delà du fait de marquer l'Histoire, qui est sans doute déjà réussi : celui de lutter, à 32 ans (et plus, puisqu'il se voit en F1 jusqu'au début des années 2020), contre l'inexorable rouleau compresseur de la jeunesse - symbolisé à l'extrême par Max Verstappen, vainqueur à peine majeur du Grand Prix d'Espagne 2016 - et qui pourrait tout écraser sur son passage si les planètes s'alignent rapidement pour les Carlos Sainz, Esteban Ocon, Pascal Wehrlein et autres Lance Stroll.

Celui de devenir, après avoir été l'un des plus jeunes champions de la discipline, représentant de cette "classe biberon" triomphante et de mieux en mieux armée face aux défis du pinacle du sport auto, un des champions les plus expérimentés de ces vingt dernières années et pourquoi pas d'atteindre des sommets si, là aussi, les planètes restent alignées suffisamment longtemps.

2016 l'a cependant à nouveau prouvé : même avec les meilleures cartes en main, même avec des résultats impressionnants, un palmarès - ici, un titre de plus ou de moins - ne tient pas forcément à grand-chose. Hamilton est d'ailleurs doublement bien placé pour le savoir, lui qui a perdu un titre pour un point lors de sa toute première saison.

De quoi sera fait 2017, personne ne peut le dire tant les changements réglementaires pourraient bouleverser la hiérarchie ou, au moins, bousculer un peu Mercedes. Alors, Hamilton va-t-il baisser de rythme ou garder le cap ? Réponse aux prochains épisodes.

En attendant, voici un comparatif des palmarès complets des pilotes évoqués précédemment :

PALMARÈS COMPLET DES DIX PILOTES LES PLUS TITRÉS EN F1
  Dernier GP à Saisons Titres Départs Victoires Poles Podiums Abandons
 Juan Manuel Fangio 47 ans 8 5 51 24 29 35 14
 Jack Brabham 44 ans 16 3 123 14 13 31 57
 Jackie Stewart 34 ans 9 3 99 27 17 43 37
 Niki Lauda 36 ans 13 3 171 25 24 54 80
 Nelson Piquet 39 ans 14 3 204 23 24 60 86
 Alain Prost 38 ans 13 4 199 51 33 106 59
 Ayrton Senna 34 ans 11 3 161 41 65 80 60
 Michael Schumacher 43 ans 19 7 307 91 68 155 68
 Lewis Hamilton ? 10 3 188 53 61 104 25
 Sebastian Vettel ? 10 4 178 42 46 86 29
PALMARÈS PONDÉRÉ COMPLET DES DIX PILOTES LES PLUS TITRÉS EN F1
  Ratio
victoires/GP courus
Ratio
poles/GP courus
Ratio
podiums/GP courus
Ratio
abandon/GP courus
 JM. Fangio 47,1% (1) 56,9% (1) 68,6% (1) 27,5%
 M. Schumacher 29,6% (2) 22,1% (5) 50,5% (4) 22,1%
 L. Hamilton 28,2% (3) 32,4% (3) 55,3% (2) 13,3%
 J. Stewart 27,3% (4) 17,2% (6)  43,4% (7) 37,4%
 A. Prost 25,6% (5) 16,6% (7) 53,3% (3) 29,6%

 A. Senna

25,5% (6) 40,4% (2) 49,7% (5) 37,3%
 S. Vettel 23,6% (7) 25,8% (4) 48,3% (6) 16,3%
 N. Lauda 14,6% (8) 14,0% (8) 31,6% (8) 46,8%
 J. Brabham 11,4% (9) 10,6% (10) 25,2% (10) 46,3%
 N. Piquet 11,3% (10) 11,8% (9) 29,4% (9) 42,2%
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