Le jour où la surprise a saisi le Paul Ricard

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Le jour où la surprise a saisi le Paul Ricard
Jonathan Noble
Par : Jonathan Noble
Co-auteur: Franco Nugnes
21 juin 2018 à 07:09

Lors de la dernière visite de la Formule 1 au circuit Paul Ricard, la Leyton House d’Ivan Capelli a bien failli créer une gigantesque surprise.

Capelli, aux commandes de son humble Leyton House à moteur Judd, menait la course quand, à trois tours de l'arrivée, une soudaine baisse de la pression du circuit d’huile mit fin à ses espoirs de succès. Mais même sans victoire, cette domination a grandement marqué la F1.

Lors du Grand Prix précédent au Mexique, Capelli et son coéquipier, Mauricio Gugelmin, ne s’étaient même pas qualifiés. Toutefois, le revêtement parfaitement lisse du circuit varois allait mettre en évidence les qualités aérodynamiques stupéfiantes de la CG901, née du génie d’Adrian Newey.

Une modification apportée au diffuseur du bolide allait encore améliorer les choses et durant le week-end, Capelli s’est rendu compte qu’un petit truc pouvait faire une énorme différence lors du passage de l’ultra rapide virage de Signes.

"Cette voiture ne fonctionnait bien que sur les circuits lisses. C’était justement le cas du Paul Ricard, mais son revêtement était très abrasif", raconte Capelli à Motorsport.com.

"Nous étions très, très compétitifs lors des essais libres, et je me suis rendu compte que nous avions une chance de préserver nos pneus. Je ne négociais pas le virage de Signes à fond, car je savais que cela allait détruire mon pneu avant gauche. En soulageant légèrement l’accélérateur, nous avions une chance de disputer toute la course sans devoir nous arrêter pour changer de pneus, ce que tout le monde comptait faire."

Capelli s’était qualifié au septième rang tandis que Gugelmin était trois rangs derrière lui. Par contre, tout avait failli basculer à quelques instants du départ quand Gustav Brunner, le directeur technique, voulut brusquement imposer un changement de réglage.

Nigel Mansell, Ferrari 641 leads Gerhard Berger, McLaren MP4/5B Honda, Ayrton Senna, McLaren MP4/5B Honda, Alessandro Nannini, Benetton B190 Ford, Alain Prost, Ferrari 641, Riccardo Patrese, Williams FW13B Renault and Ivan Capelli, Leyton House CG901 Judd

"Juste avant le départ, disons que Gustav et moi avons eu une discussion… constructive à propos des réglages", poursuit Capelli.

"Gustav m’a dit : ‘Écoute, le vent a changé de direction. Il souffle très fort latéralement maintenant. Je voudrais ajouter un peu d’aileron à l’avant afin d’augmenter le grip’. Cela m’a inquiété, et je lui ai dit : ‘Non, la voiture est parfaite et bien équilibrée. Ne touche à rien, car je suis convaincu qu'elle sera très compétitive’. Mais Gustav a insisté, et nous somme parvenus à un drôle de compromis. Il n’a ajouté qu’un degré au volet de droite, et pas à celui de gauche. C’était un réglage asymétrique, et au fond, ce fut une excellente solution."

En début de course, les leaders se sont échappés tandis que Capelli et Gugelmin préservaient leurs pneus.

"C’était un pari risqué. Nous avions prévu de ne pas nous arrêter pour changer de pneus. Alors nous faisions attention de ne pas trop solliciter nos pneus Goodyear. Je me sentais à l’aise et quand mes rivaux se sont arrêtés pour changer de pneus, je me suis retrouvé en tête de la course. J’ai mené durant 46 tours, et j’étais convaincu que j’allais gagner. Même si Alain Prost était tout près de moi, je savais qu’il ne prendrait aucun risque pour tenter de me doubler, car il jouait le championnat. Mais à trois tours de la fin, en négociant le virage de Signes, j’ai vu le témoin de pression d’huile s’allumer et j’ai entendu un bruit suspect provenant du moteur."

"Je n’ai eu d’autre choix que de ralentir et Prost en a profité pour me doubler. À ce moment, j’étais détruit. J’avais une chance en or de gagner la course, et je savais qu’une autre chance comme cela ne se présenterait pas de si tôt. Plus tard, je me suis retrouvé sur le podium entre Prost qui venait de gagner la course et Ayrton Senna qui était troisième. J’étais alors très heureux. C’était fantastique de me retrouver entre deux grands personnages de la F1."

Ivan Capelli, Leyton House CG901 Judd devant Alain Prost, Ferrari 641

Comment Adrian Newey a-t-il raté ce moment ?
Par Edd Straw

Ce fut un moment historique dans la carrière de designer d’Adrian Newey, et ce dernier a raté ce moment. En effet, quelques jours avant ce Grand Prix de France, Newey avait accepté de joindre les rangs de l’écurie Williams pour les saisons suivantes.

"J’ai regardé la course à la télé", déclare Newey qui fut quand même satisfait de la performance de sa voiture. "Ce fut un moment agréable, d’autant que nous avions connu des problèmes en 1989 et au début de la saison 1990, causés par le fait que le plancher de la soufflerie de Southampton se déformait sous la contrainte. Nous en sommes arrivés à une solution efficace, et la voiture est devenue réellement compétitive."

Newey venait de prouver à son nouvel employeur, Patrick Head, que son concept aérodynamique pouvait produire une voiture gagnante.

"Ça a vraiment eu un effet sur Patrick", raconte Newey. "Il fut impressionné, sans le montrer. Cette performance en France et celle de la voiture au Grand Prix suivant en Grande-Bretagne ont suffisamment convaincu Patrick que je savais à peu près ce que je faisais. Il m’a alors donné carte blanche pour dessiner la FW14."

Cette Williams FW14 de 1991 a évolué en la formidable FW14B qui a raflé le titre mondial en 1992. La Leyton House de Newey n’a peut-être pas gagné en France, "mais au final, elle fut déterminante dans les succès futurs."

Podium : le vainqueur Alain Prost, Ferrari, le second Ivan Capelli, Leyton House Judd, le troisième Ayrton Senna, McLaren Honda, avec le président de la FIA, Jean-Marie Balestre
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