Lola-Mastercard, le fiasco qui tua la carrière d'un pilote

Lola espérait retrouver le succès en Formule 1 en 1997 mais l'aventure, précipitée par Mastercard, a tourné au fiasco.

Vincenzo Sospiri, Lola T97/30 Ford

Sur le papier, le retour de Lola en F1 semblait bien se profiler pour 1997 : un nouveau châssis T97/30, le V8 Ford Zetec-R certes un peu daté mais normalement provisoire et surtout, un soutien important de Mastercard. Mais le succès ne se fait pas sur papier, et la réalité a été un désastre total. Le moteur de ce projet était la volonté de Mastercard de lancer le 'F1 Club' pour les détenteurs d'une carte, et celui-ci devait aider au financement de l'équipe.

Le projet a donc été pressé par l'entreprise bancaire et a été lancé une année plus tôt que ce qui était prévu initialement, dans le but de rivaliser avec le rival HSBC, qui se lançait en F1 avec la nouvelle équipe Stewart Grand Prix. Mais celle-ci avait un an de préparation derrière elle et un accord à long terme avec Ford. Du côté de Lola, la voiture n'était pas aboutie, et le duo de pilotes constitué de Vincenzo Sospiri et Ricardo Rosset avait peu de chance d'en tirer parti pour se faire une place sur la grille.

Le châssis reprenait des solutions utilisées par Lola en F1 en 1993 ainsi que des idées développées pour son retour avorté en 1995, et la T97/30 comportait également des concepts empruntés au châssis développé par le constructeur en Champ Car, l'ancêtre de l'IndyCar. La voiture n'était pas conçue pour le V8 Ford mais pour un V10 développé par Lola qui n'a finalement jamais vu le jour.

La fourniture du huit cylindres Ford est venue de l'équipe Forti, qui s'était retirée en 1996, mais la fiabilité n'était pas au rendez-vous, le moteur allant jusqu'à casser lors de tests en ligne droite. L'arrière du fond plat était repris d'une ancienne monoplace et intégré à une voiture développée quatre ans plus tard mais n'avait pu être testé en soufflerie, l'équipe ne bénéficiant pas d'une telle infrastructure au moment de créer la monoplace, qui aurait dû faire ses débuts en 1998.

Cinq mois seulement après le début de sa conception, la Lola T97/30 était envoyée à Melbourne pour disputer le Grand Prix d'Australie. Sospiri, champion de F3000 deux ans auparavant, fit de son mieux en qualifications mais n'entra pas dans les 107% du temps de la pole position, requis pour participer à la course. Plus tôt, le fondateur de Lola, Eric Broadley, avait déclaré : "La règle des 107% offre une marge assez large. Si l'on ne parvient pas [à se qualifier], nous n'avons rien à faire là."

Vincenzo Sospiri, Lola T97/30 Ford

Vincenzo Sospiri, Lola T97/30 Ford

Photo de: Sutton Images

Ricardo Rosset and Vincenzo Sospiri, Lola

Ricardo Rosset and Vincenzo Sospiri, Lola

Photo by: Sutton Images

De manière étrange, Sospiri rejeta la faute sur Jacques Villeneuve pour sa non-qualification : "S'il n'avait pas fait ce tour fantastique pour la pole position, je me serais qualifié". Le Canadien avait en effet près de deux secondes d'avance sur ses rivaux, mais le pilote Lola était tout de même loin d'un temps lui permettant de prendre le départ.

L'Italien était en effet à 11 secondes du chrono signé par Villeneuve, et à cinq secondes de Pedro Diniz, qui avait manqué de peu les 107%. Tom Walkinshaw, son directeur, avait discuté avec la direction de course après la séance de qualifications et avait obtenu le repêchage du Brésilien, qui avait montré un rythme suffisant en essais libres. Ce n'était pas le cas des Lola, qui étaient très loin du compte.

"Ricardo était plus lent d'une seconde et demie par rapport à moi", se défend Sospiri au sujet de son équipier de l'époque. "La voiture n'était pas la meilleure à piloter. Nous avions fait 12 tours [de tests] à Silverstone, c'était tout. Elle était très difficile à manier dans les virages et manquait de grip aérodynamique. Même en ligne droite, elle allait à gauche et à droite ! Personne ne semblait savoir pourquoi."

Ricardo Rosset,  Mastercard Lola with his team mate Vincenzo Sospiri,  Mastercard Lola

Ricardo Rosset, Mastercard Lola with his team mate Vincenzo Sospiri, Mastercard Lola

Photo by: Sutton Images

Vincenzo Sospiri, Lola T97/30 Ford

Vincenzo Sospiri, Lola T97/30 Ford

Photo by: Motorsport Images

Ricardo Rosset, Lola T97/30 Ford

Ricardo Rosset, Lola T97/30 Ford

Photo by: Motorsport Images

Ricardo Rosset, Lola

Ricardo Rosset, Lola

Photo by: Sutton Images

De son côté, Rosset avait résumé son expérience au volant de la T97/30 dans Autosport : "C'était dur, comme je m'attendais à ce que ça le soit. Nous avions de nombreux problèmes. Nous avions un manque d'appui aérodynamique et trop de traînée. Le plus gros problème était que nous n'avions aucun set-up de base pour la voiture, donc nous devinions les réglages et quand ils étaient mauvais, c'était un peu la panique."

Les problèmes ont empiré avant la course suivante, qui était le Grand Prix du Brésil à Interlagos. Sospiri était bien décidé à tenter de se qualifier au volant de la rétive Lola, mais ce projet avait déjà coûté plus d'argent qu'il n'en avait rapporté, et l'équipe affichait alors des dettes de six millions de livres. Ces dettes furent la raison pour laquelle elle fut placée sous administration judiciaire quelques semaines plus tard.

"J'ai découvert que l'équipe mettait la clé sous la porte dans un journal brésilien, le jeudi matin avant le Grand Prix", se rappelle Sospiri. "L'article disait 'Lola quitte la F1' et je me suis demandé ce qui se passait, j'ai appelé Ricardo et il m'a dit que c'était vrai. Il était dans le camion, et m'a annoncé qu'il allait être mis sous scellé, donc je lui ai dit de récupérer mes affaires et mon casque ! Je suis allé sur le circuit et tout était fermé. Tout était terminé."

Bien que Sospiri ait été pilote d'essais pour Benetton, Ligier et Simtek, sa carrière en F1 s'est terminée après une seule tentative manquée en qualifications. Il se souvient du moment où il a accepté de rejoindre Lola : "Ça semblait être un excellent accord, j'ai quitté mon poste d'essayeur avec Benetton et j'ai signé pour quatre ans. Ils avaient un plan pour construire leur propre moteur l'année suivante, mais le budget n'a jamais été là. Tout ce qu'ils m'avaient dit n'était pas vrai. En F1, quand ça arrive, il ne faut jamais longtemps pour le découvrir."

Finalement, Sospiri s'est tourné immédiatement vers les États-Unis et l'Indy Racing League, où il a atteint la première ligne de la grille lors de l'Indy 500 cette année-là, derrière Arie Luyendyk et Tony Stewart. Il a également roulé en Endurance, où il a connu le succès avec la Ferrari 333SP, avant de raccrocher le casque et de gérer des équipes et des pilotes, notamment Luca Filippi.

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