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Analyse

La stratégie McLaren va-t-elle changer la guerre du développement ?

McLaren a pris le contre-pied de la tendance générale avec sa stratégie d'évolutions cette année. Mais cette approche devrait-elle être adoptée par d'autres ?

Oscar Piastri, McLaren MCL38

Photo de : Mark Sutton / Motorsport Images

Les équipes de F1 savent bien que si elles n'apportent pas constamment des évolutions à leurs monoplaces, elles risquent à coup sûr de dégringoler dans la hiérarchie. Mais l'une des particularités de la saison 2024 est que la marche de McLaren vers l'avant de la grille, et l'émergence de la MCL38 comme étant sans doute la voiture la plus rapide des derniers mois, est le fruit d'une approche quelque peu différente de la concurrence.

Alors que ses rivaux se sont empressés d'essayer de gagner en appui aérodynamique tout au long de la campagne avec une multitude de nouveaux planchers - la zone de la voiture où il y a le plus de performance à exploiter - McLaren s'est démarqué.

L'écurie a en effet délibérément conservé le même design de plancher que celui lancé pour la première fois lors du Grand Prix de Miami. Elle s'est ensuite plutôt attachée à apporter une série de modifications plus modestes à d'autres parties de la voiture, notamment les ailerons avant et arrière, les beam wings, les écopes de frein, la carrosserie et les éléments de suspension.

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En choisissant cette voie, McLaren sacrifie peut-être les gains potentiels en termes d'appui qu'un nouveau plancher pourrait apporter, mais l'avantage est de pouvoir démarrer chaque week-end avec un package qu'elle connaît bien et avec lequel les pilotes se sentent en confiance.

Et plus les adversaires ont eu du mal à faire fonctionner correctement leurs nouveaux planchers - Ferrari, Red Bull et Mercedes ont tous connu de tels problèmes - plus l'approche de McLaren semble avoir été la meilleure.

Comme l'a expliqué Laurent Mekies, le directeur de VCARB, à propos de la situation difficile de son équipe cette année, c'est en cherchant à réaliser des gains que les écuries ont connu le plus de difficultés.

Lando Norris s'envole vers la victoire au GP de Singapour 2024 de F1.

Lando Norris s'envole vers la victoire au GP de Singapour 2024 de F1.

Photo de: Steven Tee / Motorsport Images

"Nous avons débuté la saison timidement", a déclaré le Français. "Nous savions que nous n'en avions pas fait assez pendant l'hiver, puis nous avons commencé à récolter les fruits les plus faciles en matière de développement de la voiture, et nous avons réussi à améliorer ses performances."

"Ensuite, en essayant d'apporter plus d'appui, nous l'avons rendue plus lente, ce qui n'arrive pas très souvent. Mais c'est probablement lié aux toutes dernières années de la réglementation actuelle, où tout est déjà tellement optimisé qu'il est assez facile de casser quelque chose quand on pense ajouter de la charge à un endroit."

Le phénomène des évolutions du plancher n'apportant pas les gains espérés est commun à tous les niveaux de la grille, il n'est donc pas étonnant que la concurrence se demande désormais si l'approche de McLaren, consistant à s'en tenir à ce qui est connu, n'est pas réellement plus judicieuse.

Le directeur d'Aston Martin, Mike Krack, a récemment admis que son équipe avait conscience qu'il serait "stupide" de ne pas évaluer si un changement de tactique dans le programme de développement était vraiment préférable.

"Nous y réfléchissons beaucoup", a reconnu le Luxembourgeois. "Si l'on compare le rythme, que l'on voit quand ils [McLaren] ont fait un pas en avant et que l'on peut comparer cela avec certaines améliorations qui sont déclarées, car nous n'avons jamais une vue d'ensemble, il y a des corrélations. Et l'on peut [avoir une idée] de ce qui a été changé et des potentielles [conséquences]."

"Quand on voit, par exemple, les évolutions apportées à Zandvoort [par McLaren], [il y en a] un peu [partout sur la voiture]. On voit à quel point ces voitures sont devenues subtiles et complexes, alors je pense qu'il serait stupide de ne pas s'y intéresser."

Cause ou conséquence ?

Toutefois, un débat existe sur la question de savoir si l'approche de McLaren en matière de plancher est réellement une solution miracle.

Les F1 en file indienne dans les stands de Marina Bay.

Les F1 en file indienne dans les stands de Marina Bay.

Photo de: Mark Sutton / Motorsport Images

Tout d'abord, si la structure de Woking affirme utiliser le même plancher depuis Miami, cela ne signifie pas qu'elle n'a pas procédé à des ajustements pour l'améliorer. Un rapide coup d'œil sur les améliorations déclarées à la FIA montre que si le plancher lui-même est inchangé, des modifications ont été apportées aux bords du plancher - il n'est donc pas identique à ce qu'il était en mai.

Si, comme l'a souvent dit le patron de l'écurie, Andrea Stella, le succès en F1 se joue désormais au millimètre, alors le fait de peaufiner ce qui existe déjà serait un bon moyen d'améliorer les performances sans procéder à une refonte majeure.

De plus, les concurrents n'ont aucun moyen de savoir si la partie inférieure de la voiture est la même que celle que McLaren avait à Miami, ou si elle a été modifiée de quelque manière que ce soit. Les règles de la F1 qui exigent que les équipes divulguent leurs évolutions ne s'appliquent qu'à des pièces importantes spécifiques, de sorte que les modifications apportées aux dérives sous la voiture n'ont jamais à être révélées.

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L'article 19.1 c) du règlement sportif de la F1 dispose que : "Chaque concurrent doit fournir au délégué aux médias un document récapitulatif indiquant le nom et une brève description de tous les principaux composants et ensembles aérodynamiques et de carrosserie qui n'ont pas été utilisés lors d'une épreuve précédente ou d'un TCC [test avec des voitures actuelles]."

Un autre aspect entre également en ligne de compte dans le plan de développement de McLaren, à savoir le fait qu'elle a eu le luxe d'être l'une des équipes les plus rapides du plateau. Lorsque vous êtes en tête du peloton, et en particulier dans un scénario où vos adversaires ont fait quelques faux pas avec des évolutions qui n'ont pas fonctionné, il n'y a pas du tout la même pression extérieure pour apporter une modification que lorsque vous êtes en train de rétrograder.

Par essence, il s'agit presque d'un cercle vertueux : si l'on s'en tient à ce que l'on sait être le meilleur, l'avantage est assuré car les autres, qui trébuchent en cherchant à gagner du terrain, ne rattrapent jamais leur retard.

Oscar Piastri devant Nico Hülkenberg et Fernando Alonso au GP de Singapour.

Oscar Piastri devant Nico Hülkenberg et Fernando Alonso au GP de Singapour.

Photo de: Lionel Ng / Motorsport Images

Rob Marshall, designer en chef de McLaren, a récemment expliqué que le fait, pour l'écurie, d'être plus réfléchie sur ce qu'elle faisait et sur ce qu'elle modifiait sur sa voiture était un avantage significatif. Cela lui a également donné la marge de manœuvre nécessaire pour s'assurer que les changements importants se traduisent bien par les performances attendues.

"Il est agréable d'apporter de nombreuses petites améliorations en permanence... mais il faut aussi parfois patienter un peu en attendant qu'une série de changements interviennent tous en même temps", a-t-il déclaré.

"L'avantage de cette méthode, c'est que souvent les éléments ne se combinent pas très bien, ou pas aussi bien qu'on le pense. Si on les apporte en une seule fois, cette combinaison de pièces a été étudiée en CFD, développée et est passée dans la soufflerie ensemble, ce qui permet d'être plus confiant quant au fonctionnement de ce groupe d'éléments."

"Alors que si on les introduit petit à petit, on peut introduire une amélioration sur une pièce, puis travailler sur une autre pièce et découvrir qu'elle est un peu compromise par la modification précédente."

VIDÉO - Le résumé du GP de Singapour

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