Mexico 1991 - Le jour où Patrese imposa sa loi à Mansell

Il y a 25 ans, le Grand Prix du Mexique marqua le début de la domination des Williams-Renault et fut le théâtre d'une lutte superbe et fratricide remportée par Riccardo Patrese.

Mexico 1991 - Le jour où Patrese imposa sa loi à Mansell

En 1991, Nigel Mansell était de retour au bercail. Après qu'il eut annoncé au début de l'été précédent sa retraite de pilote pour la fin de saison 1990, dégoûté par la domination de son équipier Alain Prost et miné par la politique interne du Français qui faisait tout, selon lui, pour mettre Ferrari à sa botte, Frank Williams avait su le rattraper par le col et le convaincre de revenir à Didcot – où se trouvait alors le QG de l'équipe – où il avait connu la gloire durant la décennie précédente.

En effet, sur l'ensemble des saisons 1986 et 1987, avec les surpuissants moteurs turbo Honda, le moustachu le plus célèbre de la F1 avec son mentor Colin Chapman (qui l'avait fait débuter en 1980 chez Lotus) avait remporté quasiment une course sur deux mais sans s'adjuger le titre ; Prost avait tiré profit de sa lutte interne avec Nelson Piquet chez Williams en 1986, et la régularité du Brésilien alliée à une meilleure fiabilité avait fait pencher la balance en sa faveur l'année d'après. Mansell? Un vrai Champion sans couronne.

Renault, le bon plan

Williams, entre temps, s'était associé à Renault qui, après avoir amené le turbo en F1 à la fin des années 70, avait dégainé le premier son V10 atmosphérique une fois les moteurs suralimentés interdits pour de bon en 1989. L'association franco-britannique montait en puissance, même si McLaren-Honda gardait la main. Thierry Boutsen était en fin de contrat. Le Belge, vainqueur de trois Grands Prix en 1989 et 90, ne faisait pas le poids face au revenant auquel il dut céder sa place.

À ses côtés, ce dernier retrouvait Riccardo Patrese, arrivé chez Williams en 1988 alors que l'Anglais y effectuait sa dernière saison avant de rejoindre Maranello. Patrese, immense espoir de la F1 une quinzaine d'années plus tôt, était finalement passé à côté d'une grande carrière qui lui avait semblé promise au point que Ferrari avait songé à l'engager. En partie à cause de fausses accusations lui ayant mis sur le dos la responsabilité du carambolage fatal à Ronnie Peterson à Monza en 1978 – accusations que la justice italienne mit des années à infirmer – et furent un frein à sa progression, en partie parce qu'il ne s'était jamais retrouvé dans la bonne équipe au bon moment. Il avait lui aussi remporté une victoire pour Williams en 1990 et serait un parfait numéro deux pour Mansell.

Sauf que le patron, comme à son habitude, et même si Mansell était considéré de fait comme le pilote n°1, ne voulait pas entendre parler de consignes d'écurie. Cela faisait partie de l'ADN de Williams. Quitte à laisser filer des titres, comme en 1981 où Nelson Piquet avait profité de la rivalité entre Alan Jones et Carlos Reutemann, et en 1986 où Alain Prost s'était faufilé entre Mansell et Piquet.

Un surdoué nommé Newey

En 1991, la nouveauté se situait aussi au niveau technique à Didcot. Conscient d'être quelque peu dépassé en matière de design, Patrick Head, associé de Frank et concepteur historique des F1 victorieuses de l'équipe depuis la fin des seventies, avait pris du recul dans ce domaine pour mieux se concentrer sur la direction de l'ingénierie. À sa place, il avait engagé un jeune designer anglais passé par le CART aux États-Unis, avec March, dans les années 80 avant de suivre le constructeur de châssis anglais en F1 où il avait conçu les monoplaces les plus fines et efficaces en aéro des saisons 1988 à 90. Son nom? Adrian Newey.

Véloces mais pas suffisamment fiables, les Williams-Renault FW14 (monoplaces les plus avancées de la grille techniquement parlant, avec une boîte semi-automatique, un contrôle de traction, un système d'anti-blocage des freins et une formidable suspension active), portant incontestablement ce qu'on pouvait déjà qualifier de “griffe” Newey, ne purent empêcher la McLaren-Honda d'Ayrton Senna de dominer le début de saison en remportant les quatre premières courses.

La vraie surprise, du côté de Williams, et même s'il avait mené une grande partie du travail de développement, fut de voir Riccardo Patrese prendre systématiquement le meilleur sur Nigel Mansell en qualification et le tenir en respect en course lors de ces quatre mêmes premières manches. Mansell fut certes tout près de s'imposer dans la cinquième, à Montréal, calant dans le dernier tour en... saluant la foule, mais Patrese avait signé la première pole position de l'équipe la veille avant de se laisser surprendre au départ.

Puis arriva le Grand Prix du Mexique.

Situation sous contrôle

Les Williams y furent encore une fois les plus rapides en qualification, avalant avec une aisance déconcertante les bosses de l'Autodromo Hermanos Rodriguez qui avait vu Ayrton Senna partir en tonneau dans le bac à gravier à l'extérieur de la fameuse courbe de Peraltada, dans laquelle les F1 donnaient l'impression de rouler sur un ovale – mais dans le sens des aiguilles d'une montre. De son côté, Patrese fut une nouvelle fois le plus rapide en qualifications devant Mansell, Senna et les Ferrari de Gerhard Berger et Jean Alesi.

Une nouvelle fois, l'Italien manqua son envol. Pire, il perdit trois places au profit de Mansell, Alesi – parti tel une fusée – et Senna, ne virant qu'en 4e position au bout de l'interminable ligne droite.

Impressionnant de maîtrise, il dépassa l'Avignonnais – sur lequel Senna avait rapidement repris le dessus – dès le 4e tour puis se lança à l'assaut du Champion en titre, qu'il déborda au début du 11e.

Une boucle plus tard, Patrese avait fait la jonction avec son équipier et portait une première attaque par l'extérieur – contrée avec force par un Mansell obligé de bloquer ses roues avant au freinage.

Rebelote un tour plus tard : Patrese se porta à la hauteur de Mansell mais à l'extérieur du premier virage à droite. Ne s'en laissant pas conter cette fois, il resta côte à côte avec la voiture sœur dans le premier droite, puis se glissa à nouveau derrière elle dans le gauche suivant pour plonger à l'intérieur dans le droite arrivant juste après... et prendre la tête.

 

 

Podium : le vainqueur Riccardo Patrese, le deuxième, Nigel Mansell
Podium : le vainqueur Riccardo Patrese, le deuxième, Nigel Mansell

Photo par : Williams F1

Le masque de Mansell

Avec une voiture manifestement plus à l'aise réservoir plein, Patrese se détacha inexorablement pour compter jusqu'à 24 secondes d'avance au 37e tour puis stabiliser cet écart jusqu'au 45e.

C'est alors qu'après avoir dû batailler pour rester devant Senna, Mansell, sa FW14 devenant à son tour la plus efficace des deux à mesure que le réservoir se vidait, se mit à revenir au rythme de plus d'une seconde par boucle en battant record du tour sur record du tour. Au 54e passage, l'écart était tombé à 10 secondes et continua de descendre au rythme d'une seconde par tour.

Patrese obéissait-il malgré tout à des consignes et allait-il laisser passer Mansell dans le dernier tour ? Non. Avait-il la situation entièrement sous contrôle ? Pas sûr, mais probable. Entamant le dernier tour avec 1”1 d'avance, il géra cet écart pour remporter la plus belle de ses victoires en F1.

L'accolade fut sincère entre les deux pilotes alors qu'ils venaient de mettre pied à terre, mais Mansell avait le masque et ne s'en départit pas durant la cérémonie du podium...

Épilogue

Cette course fut le point de départ d'une domination des Williams-Renault qui allait durer plusieurs années. Patrese signa encore la pole trois semaines plus tard à Magny-Cours, puis à Estoril plus tard dans la saison – un authentique exploit, puisqu'il battit Mansell sur la voiture de ce dernier à la toute fin des qualifications et alors que la sienne était immobilisée par un souci mécanique.

Son avance permit à Senna d'être titré en fin de saison 1991, mais Williams-Renault allait accumuler les titres jusqu'en 1997 (ne laissant que celui des pilotes en 94/95 et des constructeurs en 95). Quand Jacques Villeneuve coiffa ce qui reste la dernière couronne à ce jour de Williams en 97, Riccardo Patrese n'était plus de l'aventure depuis un certain temps déjà. Il avait quitté l'équipe fin 1992, finalement forcé de laisser la place à Alain Prost. En même temps, d'ailleurs, qu'un Mansell furieux à la perspective de retrouver le Frenchie et écœuré de la baisse de salaire qui lui était imposée pour favoriser l'arrivée de son vieux rival des années Scuderia...

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