Monaco 2001 : Bernoldi bloque Coulthard, Dennis furieux

Il y a 20 ans jour pour jour, Enrique Bernoldi s'est fait remarquer en résistant au poleman David Coulthard pendant plus de 30 tours au Grand Prix de Monaco, avant de se faire incendier par Ron Dennis.

Monaco 2001 : Bernoldi bloque Coulthard, Dennis furieux
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Né en 1978 au Brésil, Enrique Bernoldi est surtout connu pour avoir été plébiscité par Red Bull, sponsor de l'écurie Sauber, pour un baquet de titulaire lors de la saison 2001, où Peter Sauber a finalement préféré parier sur le très inexpérimenté Kimi Räikkönen. Dietrich Mateschitz a toutefois pu placer son protégé chez Arrows, et Bernoldi a fait ses débuts au Grand Prix d'Australie aux côtés de trois futurs grands noms de la Formule 1 : ce même Räikkönen, Fernando Alonso et Juan Pablo Montoya. Soixante victoires en Grand Prix au total !

On se souvient également de Bernoldi pour ce qui s'est passé cette année-là à Monaco : le poleman David Coulthard n'a pu prendre le départ du tour de formation et a dû s'élancer de la voie des stands. Le pilote McLaren s'est efforcé de remonter mais a buté sur l'Arrows pendant 35 tours, jusqu'à l'arrêt au stand du bolide orange. Ron Dennis était si frustré qu'il a dit ses quatre vérités à Bernoldi après la course...

Schumacher vs Coulthard

La saison 2001 allait-elle être un quatrième duel entre Michael Schumacher et Mika Häkkinen ? On pouvait le croire, mais l'année a commencé de manière catastrophique pour le Finlandais, qui n'a marqué que quatre points sur les six premiers Grands Prix. À ce stade, Schumacher était en tête du classement général avec 42 points au compteur, mais David Coulthard le talonnait de près pour McLaren, détenteur de 38 unités.

Les qualifications allaient être cruciales en Principauté, à une époque où la séance durait une heure avec douze tours par pilote (en général quatre tours lancés). Victime du trafic et d'un contact avec le rail au Portier, Schumacher a dû se contenter de la deuxième place, deux dixièmes derrière Coulthard. Ce dernier avaient pourtant heurté le mur en essais libres et perdu un temps de piste précieux. Häkkinen, lui, était à trois dixièmes de son coéquipier.

Les premières courses avaient montré que la McLaren-Mercedes pouvait tenir plus longtemps que la Ferrari niveau carburant, et il était donc crucial que Coulthard reste devant pour effectuer quelques tours rapides une fois Schumacher rentré au stand. Ce dernier devait espérer faire l'undercut, bien moins simple à l'ère des ravitaillements en essence que de nos jours.

Une défaillance coûteuse

David Coulthard

Tout s'est joué à l'extinction des feux, avec un envol compliqué par la présence d'un launch control récemment légalisé, donnant des maux de tête à toutes les écuries tentant de le perfectionner. Les essais de départ n'étaient pas autorisés au bout de l'étroite pitlane de Monaco, mais pour la première fois, la FIA a mis en œuvre la possibilité de les effectuer sur la grille de départ à la fin de chaque séance d'essais libres, soit quatre essais de départ possibles en comptant le warm-up.

McLaren n'a pas eu de pépins à ce moment-là, mais pour la quatrième fois de l'année, un souci s'est présenté au moment crucial. Häkkinen avait déjà calé au départ au Brésil et en Autriche, commettant une erreur dans les deux cas. En Espagne, Coulthard avait eu un problème de logiciel au début de l'ultime tour de formation, lequel s'est reproduit à Monaco.

"C'est une situation que nous n'avions peut-être pas préparée comme il faut", expliquait le directeur technique Adrian Newey en Espagne. "Quelque chose s'est produit que nous n'avions pas véritablement envisagé, ce qui a causé le problème. David a fait quelque chose légèrement différemment, mais je dois dire que le système aurait probablement dû le supporter. Inutile de rejeter la faute sur quelqu'un."

Le problème subi à Monaco était similaire, mais pas identique. "Cela n'avait rien à voir avec David", a expliqué Dennis après la course. "Le système est complexe. Un ensemble de paramètres s'est manifesté au départ, et parce que le système n'était pas en mesure de satisfaire ces paramètres, il a coupé le moteur. Quand il voit un ensemble de conditions auquel il ne s'attend pas, un ordinateur éteint toujours le moteur, afin d'éviter toute panne. C'est ce qui s'est produit."

Habituellement, Dennis ne critiquerait jamais un membre de sa propre écurie en public, mais cette fois-là, il n'a pas caché son agacement : "Il s'est passé la même chose qu'à Barcelone, à part le fait que la cause était différente. Et c'est très frustrant, car les ingénieurs qui en sont responsables ont passé en revue tous les paramètres pour tenter d'empêcher que ça se reproduise. Je suis sûr qu'ils vont se sentir mal à l'aise..."

Schumacher hérite de la pole

The start

Placé sur la deuxième position de la grille, Schumacher s'est retrouvé en tête du peloton et a conservé la première place devant Häkkinen à l'extinction des feux. Il a attaqué pendant quelques tours avant de lever le pied pour économiser le carburant lorsqu'il s'est rendu compte qu'il ne parvenait pas à creuser l'écart autant qu'il le voulait sur le pilote McLaren. Son avance a atteint deux secondes et demie au bout de cinq tours avant de retomber à une seconde au 12e passage.

"Comme Mika attaquait, nous devions décider d'économiser nos pneus et notre carburant pour essayer de creuser l'écart plus tard, ou bien essayer de creuser l'écart à ce moment-là", a expliqué Ross Brawn, alors directeur sportif de la Scuderia Ferrari. "C'était une sacrée bataille, n'est-ce pas ? L'un accélérait et l'autre ripostait. Ils essayaient de savoir qui pouvait aller le plus vite, ayant tous deux pris le départ en pneus neufs. Puis Mika a abandonné..."

Pile au moment où il est revenu à une seconde de Schumacher, Häkkinen s'est retrouvé au ralenti et est rentré au stand. Après un nouveau tour d'exploration, il est revenu au garage pour abandonner, victime d'un problème de direction.

Les espoirs de McLaren reposaient alors sur Coulthard, malgré des dépassements plus difficiles à Monaco que sur n'importe quel autre circuit. Dernier au premier tour, l'Écossais a doublé Luciano Burti, dont la Prost avait l'aileron avant cassé, puis la Minardi de Tarso Marques. Il a ensuite réduit l'écart sur Jos Verstappen (Arrows) en l'espace de deux tours, jusqu'au moment où le Néerlandais s'est défait de son coéquipier, un certain Enrique Bernoldi. C'est là que le cauchemar de Coulthard a commencé.

Enrique Bernoldi, Arrows A22 Asiatech leads David Coulthard, Mclaren MP4-16

À ce stade, après huit tours de course, Coulthard accusait déjà 34 secondes de retard sur le leader Schumacher. Bernoldi, lui, a un temps tenu le rythme de Verstappen avant qu'un pépin technique ne le contraigne à adopter une cartographie prudente quant à la consommation de carburant, ce qui l'a légèrement ralenti. Mais Coulthard n'arrivait pas à le doubler. En 17 tours, l'écart avec Schumacher est passé de 34 secondes à 79 secondes, et Coulthard s'est fait prendre un tour. Ses derniers espoirs de podium s'envolaient.

Bernoldi était aidé par son avantage au niveau du poids : il n'avait de carburant que pour 43 tours de course, tandis que Coulthard, avec le réservoir plein, a pu effectuer 65 boucles sans s'arrêter, ayant économisé un peu d'essence derrière l'Arrows. Une fois Bernoldi rentré au stand, Coulthard était à un tour de Villeneuve, qui occupait la cinquième place, et a repris ce tour de retard.

David Coulthard

Les arrêts au stand des Arrows et l'accident de Giancarlo Fisichella ont permis à Coulthard d'intégrer le top 10 en l'espace de trois tours. Le pilote McLaren a ensuite dépassé la Minardi de Fernando Alonso, puis profité de l'arrêt au stand de Jenson Button, de l'accident de Heinz-Harald Frentzen et de la panne de Ralf Schumacher, qui occupait une belle troisième place.

Coulthard a conservé la sixième position au moment de son arrêt au stand et a finalement hérité de la cinquième place grâce à la crevaison de Jean Alesi. Malgré son meilleur tour en course, il accusait encore 58,5 secondes de retard sur la quatrième place occupée par Jacques Villeneuve sous le drapeau à damier, et les deux points inscrits représentaient une bien maigré consolation par rapport aux dix unités procurées à Schumacher par sa victoire.

Bernoldi, quant à lui, a franchi la ligne d'arrivée neuvième, sur dix pilotes à l'arrivée. Et dès son retour dans la pitlane, il a été accosté par Ron Dennis directeur de l'écurie McLaren, et Norbert Haug, vice-président de Mercedes Motorsport. "Ils n'auraient pas fait ça à Michael [Schumacher], à Jacques [Villeneuve] ou à quelqu'un qui a des couilles", a confié un pilote resté anonyme. Qu'aurait-il fait s'il avait été à la place de Bernoldi ? "Je leur aurais dit d'aller se faire foutre !"

La frustration de Dennis était compréhensible, McLaren ayant perdu du terrain sur Ferrari dans les deux championnats alors que Coulthard et même Häkkinen avaient de belles chances de victoire. Le Britannique estimait que Bernoldi aurait dû laisser passer Coulthard, simplement car ce dernier était candidat au titre, mais le pilote Arrows lui a répondu qu'il ne faisait que suivre les consignes de son équipe. Dennis a immédiatement eu l'impression qu'un complot avait été fomenté contre son équipe, alors que Bernoldi soulignait juste que la McLaren était dans le même tour et qu'il n'était donc aucunement obligé de la laisser passer.

Ron Dennis

"Il est vrai que j'ai parlé à Bernoldi après la course", a reconnu Dennis. "Je trouvais qu'un pilote qui joue la 15e place et qui ferme la porte à un pilote en lice pour le titre mondial – actuellement deuxième du championnat – ce n'est acceptable que pendant un certain temps. Mais le temps que cela a pris était inacceptable. Je lui ai dit que je trouvais son comportement antisportif et peu représentatif de l'attitude que devrait avoir un jeune pilote pour sa carrière."

"Sa réponse a été que l'équipe lui avait demandé de le faire. Je dis juste ce qu'il a dit. Si cette équipe veut passer à la télévision si désespérément qu'elle doit recourir à ces stratégies, alors il faut remettre en question le comportement de cette équipe dans son ensemble. Je n'ai pas de problème avec Arrows ou avec les pilotes, mais en fin de compte, nous avons tous un féroce esprit de compétition. Nous voulons voir ça comme un sport, et en course, il faut avoir un comportement sportif..."

Quand il a appris que cette conversation avait eu lieu, Tom Walkinshaw, patron de l'écurie Arrows, était furieux. Il a cru que Dennis et Haug avaient averti son pilote qu'ils pouvaient "mettre un terme à [sa] carrière", bien que d'autres versions de l'histoire laissent entendre que leur déclaration réelle ressemblait plutôt à "tu ne vas pas faire long feu en F1 si tu pilotes comme ça".

Dennis a ainsi détourné l'attention des problèmes de fiabilité de McLaren, et Walkinshaw en était bien conscient. "Il ne peut s'en prendre qu'à lui-même, plutôt que de s'énerver sur tout le monde..." a-t-il lâché.

Enrique Bernoldi

La plupart des observateurs ont pris la défense de Bernoldi, qui pouvait légitimement défendre sa position. De plus, en Autriche, Dennis était contrarié que Barrichello ait laissé passer Schumacher ; cette fois, il était contrarié qu'un pilote n'ait pas laissé passer le sien ! En même temps, aucun pilote n'avait priorité sur l'autre chez McLaren dans la course au titre, malgré les 34 points (plus de trois victoires à dix points) d'écart entre Coulthard et Häkkinen, et ce dernier n'était donc pas tenu d'aider son coéquipier.

Et si l'on fait les comptes, même si Coulthard n'avait pas été coincé derrière Bernoldi, il n'aurait pas fait mieux que cinquième. Même si l'Arrows avait laissé passer la McLaren d'emblée, Coulthard aurait ensuite eu affaire à Verstappen, Button, Frentzen, Alesi et Fisichella. Quoi qu'il en soit, malgré les deux points sauvés ce jour-là, l'Écossais accusait désormais douze longueurs de retard sur le leader Schumacher au classement général, déficit qui allait très vite s'accroître pour atteindre 58 unités entre le Champion et son dauphin.

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