C'était un 20 juin : la mort du plus vieux vainqueur en F1

Le 20 juin 1952, Luigi Fagioli perd la vie après un accident lors des essais du GP de Monaco 1952. Avec lui, s'éteint le vainqueur le plus âgé de l'Histoire de la F1 et membre du trio qui porta Alfa Romeo lors des débuts du Championnat du monde.

C'était un 20 juin : la mort du plus vieux vainqueur en F1

Des "Trois F", le surnom donné au trio de pilotes Alfa Romeo aux débuts du Championnat du monde de Formule 1, l'Histoire fait évidemment beaucoup de faveurs à Juan Manuel Fangio, titré en 1951 pour la marque italienne puis à quatre autres reprises par la suite, et à Giuseppe Farina, pionnier qui signa la première pole, la première victoire et fut le premier sacré de cette toute nouvelle discipline en 1950. 

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Le troisième, Luigi Fagioli, n'a pas autant marqué la discipline. Il faut dire que, même à une époque où l'âge moyen des pilotes était bien plus élevé qu'aujourd'hui, ce cinquantenaire qui a en plus débuté sur le tard à 27 ou 28 ans a déjà le gros de sa carrière derrière lui.

Surnommé "le voleur des Abruzzes", il s'est surtout illustré dans les années 1930 et aurait pu devenir une grande star de l'entre-deux-guerres s'il n'avait pas conservé son caractère fougueux, obstiné et son âpreté parfois excessive dans les duels en piste. Après deux ans chez Maserati, où il remporta principalement des victoires mineures et s'illustra avec une poignée de podiums en Grand Prix, il rejoignit la Scuderia Ferrari, qui engageait des Alfa Romeo, en 1933. 

Du mal avec les consignes...

Alfred Neubauer avec Luigi Fagioli au GP de France 1935

Alfred Neubauer avec Luigi Fagioli au GP de France 1935

C'est à cette période qu'il connut ses plus grands succès, avec notamment la victoire au Grand Prix d'Italie et le titre très prestigieux à l'époque de Champion d'Italie. L'année suivante, en 1934, il fut engagé par Mercedes qui faisait alors son (premier) grand retour en compétition. Alfred Neubauer, le célèbre patron de la marque à l'étoile, le recruta pour mener l'équipe au cas où le grand Rudolf Caracciola ne retrouve pas ses moyens après son accident de Monaco en 1933.

Cependant, des tensions apparurent très rapidement entre Neubauer et Fagioli : lors de l'Eifelrennen, après qu'il lui a été demandé de ne pas dépasser son équipier Manfred von Brauchitsch pour assurer sa victoire, Fagioli, proche de finir en seconde position, ralentit ostensiblement à quelques mètres de l'arrivée, se contenta de garer sa voiture et s'en alla en marchant. Il compensait son attitude par une vitesse qui lui permit de remporter la Coppa Acerbo ainsi que les GP d'Italie (en partageant la voiture de Caracciola) et d'Espagne. En 1935, il signa d'autres victoires à Monaco, sur l'AVUS et à Montjuïc.

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Bientôt, toutefois, son caractère le mit en difficulté. Refusant à nouveau d'écouter les consignes lors du GP de Belgique, il fut remplacé lors d'un arrêt au stand par le plus docile Von Brauchitsch. Frustré par l'hégémonie de Caracciola au sein de l'écurie, il honora le reste de son contrat et quitta Mercedes au terme d'une saison moins faste, fin 1936. Envisageant un temps la retraite, il s'engagea ensuite pour Auto Union à partir de 1937. Il s'illustra à nouveau par son comportement quand, battant Caracciola pour la cinquième position à Tripoli mais lui reprochant de l'avoir bloqué pendant toute la course, il descendit furieux de sa voiture, se dirigeant vers le stand Mercedes  avant de lancer au pilote allemand un marteau puis de se saisir d'un couteau ! Heureusement, il fut stoppé par Neubauer et un mécanicien.

Luigi Fagioli, Mercedes, au GP d'Allemagne 1936

Luigi Fagioli, Mercedes, au GP d'Allemagne 1936

Retour et victoire amère

Son passage chez Auto Union tourna court puisque, victime de sévères rhumatismes qui l'empêchèrent de courir, il prit la décision de se retirer. Il fit finalement son retour avec Maserati une dizaine d'années plus tard, après la Seconde Guerre mondiale, avant d'être engagé par Alfa Romeo pour le Championnat du monde de F1. Même si l'Alfa 158 fut une voiture extraordinaire qui explosa la concurrence, Fagioli se trouva lui-même surpassé par ses deux équipiers, plus jeunes. Il termina troisième du classement pilotes, avec quatre deuxièmes places à la clé.

Il lui fallut attendre la saison suivante, et le Grand Prix de France 1951, pour signer sa seule victoire en discipline reine. Une victoire au goût amer. En qualifications, Fagioli était le moins bien classé des Alfa 159, à plus de sept secondes de la pole de Fangio. En course, toutefois, après un départ prudent, il remonta dans le top 3, à la faveur de quelques problèmes devant lui. Fangio, notamment, était bloqué au stand depuis le 12e tour pour des problèmes d'allumage. Aussi, quand Fagioli fut le premier à s'arrêter au 25e tour, le directeur sportif d'Alfa Giovanni Guidotti lui ordonna de céder son baquet à l'Argentin. Il s'exécuta avant de repartir, plus tard, au volant de la voiture du futur quintuple Champion, à plus de 20 tours de la tête de course.

Luigi Fagioli, Alfa Romeo 159, lors du GP de France 1951

Luigi Fagioli, Alfa Romeo 159, lors du GP de France 1951

Fangio de son côté prit la tête au 51e des 77 tours pour ne plus la lâcher, s'offrant et offrant du même coup la victoire à Fagioli. À 53 ans et 22 jours, l'Italien devenait le vainqueur le plus âgé de l'Histoire de la F1, record qui tient toujours aujourd'hui et aura sans doute du mal à être battu. Mais il n'eut pas vraiment le cœur à fêter ce succès. Mécontent d'avoir été contraint de céder sa place, il claqua la porte d'Alfa Romeo : son seul Grand Prix remporté fut donc le dernier.

Il poursuivit sa carrière avec comme résultat marquant la troisième place aux Mille Miglia pour le compte de Lancia, après plus de 12 heures de course, devançant au passage de huit minutes son vieux rival Caracciola. Attraction du GP de Monaco 1952 qui était réservé aux voitures de sport et non aux F1, il s'accidenta à la sortie du Tunnel en essais. Un crash qui le laissa inconscient quatre jours, avec un bras et une jambe cassés, mais qui ne semblait pas devoir mettre sa vie en danger. Toutefois, en fait victime de blessures internes, il succomba finalement trois semaines plus tard, le 20 juin 1952.

 

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