Newey - La domination des motoristes est "malsaine"

Pour Adrian Newey, la domination exercée sur la F1 par les motoristes n’est pas saine et devrait conduire à un changement d’équilibre au niveau réglementaire.

Après quatre années à truster les trophées et les titres, Red Bull est redescendu sur terre suite à l’introduction de la technologie des V6 turbo hybrides. La faute, notamment, à un virage réglementaire mal négocié par son motoriste Renault, qui s’est empêtré dans des difficultés fondamentales lors de ces deux premières saisons, causant entre autres un net rafraîchissement des relations entre les deux entités.

Mais pour Adrian Newey, grand artisan des succès du taureau rouge à son poste de directeur technique, le règlement moteur actuel pose question. Il estime que la Formule 1 n’est pas dans une situation saine, la faute à l’importance trop grande donnée aux unités de puissance.

"Pour moi, ce qui est malsain par rapport à la F1 en ce moment, c’est que c’est le moteur qui domine," explique-t-il pour The National, journal d’Abu Dhabi en langue anglaise. "Les règlements châssis sont très limités, les règlements moteur sont très libres."

Des moteurs inégaux

Selon lui, aucune écurie cliente ne dispose du matériel et des logiciels dont bénéficient les constructeurs, ce qui favorise un statu quo de la hiérarchie.

"Si vous prenez les moteurs construits par Mercedes ou Ferrari, quand ils fournissent leurs unités de puissance à des équipes clientes, les clients n’ont pas le même moteur, ni le même logiciel non plus. Le logiciel devient très important maintenant."

"Donc nous sommes dans cette position où Mercedes a un moteur très bon et très puissant. Leurs clients n’ont pas les mêmes spécifications. Donc il est difficile pour les équipes clientes de battre l’équipe Mercedes. Ferrari a un moteur pas aussi bon que le Mercedes, mais un bon moteur quand même. Mais le même problème est le même avec leurs équipes clientes. Honda et Renault, jusqu’ici, ont été assez loin derrière."

"Donc nous sommes dans une position où, pour le moment, seule une équipe officielle Mercedes, et possiblement une équipe officielle Ferrari, gagnent des Championnats et des courses parce que c’est fortement dominé par le moteur. Je pense que c’est une situation qui n’est pas saine du tout pour la Formule 1, où seulement une, voire deux équipes, peuvent gagner. Peut-être Honda dans le futur, mais pas encore."

Le contrôle du sport par Mercedes et Ferrari

Adrian Newey pense que cet aspect réglementaire, couplé au système de prise de décisions de la Formule 1 actuelle, représente le plus gros problème de la discipline. Pour lui, la FIA doit remettre les choses à plat.

"Pour moi, c’est le plus gros problème que la F1 doit régler pour le moment, parce que le résultat de cela est que Mercedes et Ferrari contrôlent le sport. Le système de vote est démocratique, ce qui est bon en principe. Mais parce que les équipes clientes de Mercedes et Ferrari doivent voter comme leurs fournisseurs le dictent, même si ce n’est pas dans leur intérêt, alors dans les faits c’est contrôlé par Mercedes et Ferrari."

"J’espère que la FIA va prendre le contrôle de la situation. La F1 est plus saine quand des moteurs compétitifs sont disponibles pour toutes les équipes. Alors tout le monde peut se battre proprement."

Ces propos ne sont évidemment pas sans faire référence à la volonté affichée par Bernie Ecclestone, directeur général de la FOM, et par Jean Todt, président de la FIA, d’introduire un moteur standard visant à offrir une solution à bas coûts mais compétitive pour les écuries qui le souhaitent. Cette solution a été rejetée lors de la dernière Commission F1 mais un mandat a été donné aux deux hommes pour avancer sur ces questions.

Le "moteur FIA"

Red Bull soutient ardemment ce projet. L’ingénieur britannique expose alors sa vision d’une Formule 1 plus homogène et concurrentielle, moins chère et peut-être plus attrayante.

"Les moteurs physiques doivent être les mêmes, ceux fournis aux équipes clientes. Ça ne concerne pas seulement le matériel, mais aussi le carburant et le logiciel. Donc la première chose que vous pouvez faire est de changer les règlements pour que les équipes clientes aient le même logiciel et la même essence, s’ils le souhaitent, que les équipes officielles."

"Le second problème, qui est comment faire venir de nouveaux gens, Audi peut-être, est plus compliqué. Actuellement, le coût pour courir en F1 pour les constructeurs est immense, bien au-dessus des 200 millions d’euros à l’année. Probablement plus proche des 300 millions. Donc c’est énorme."

"Une alternative qui est proposée par la FIA est qu’il devrait y avoir un moteur différent, un moteur FIA, que les petites équipes peuvent utiliser, un moteur qui serait compétitif. Je pense que ça serait une très bonne solution. Mais les constructeurs n’en veulent pas, donc c’est une lutte."

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A propos de cet article
Séries Formule 1
Équipes Red Bull Racing , Mercedes , Ferrari
Type d'article Actualités
Tags adrian newey, déclaration, honda, moteur standard, renault, v6 turbo hybride