Opinion
Formule 1
Nico Hülkenberg, si proche et pourtant si loin
Être dans la bonne équipe au bon moment, Nico Hülkenberg n'y est pas parvenu. La carrière de l'Allemand en Formule 1 aurait dû être plus glorieuse et mérite d'être saluée, bien au-delà de ses exploits au Brésil en 2010 et 2012.
Ben Edwards
Mis à jour: 14 nov. 2021, 15:47
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Nico Hülkenberg a récemment admis que sa carrière en Formule 1 était terminée, et c'est un moment triste pour moi. Pour l'avoir commenté pendant 15 ans, je reste perplexe devant ce podium qu'il n'a jamais obtenu.
La première fois que je l'ai observé de près, c'était à Zandvoort en 2006. La deuxième saison de l'A1GP débutait et Hülkenberg pilotait pour Team Germany. Il avait remporté le championnat 2005 de Formule BMW dans son pays natal avant de prendre le volant de ces monoplaces de 550 chevaux.
Lorsqu'un orage a frappé le circuit, nous avons découvert à quel point il était talentueux. La moitié des voitures pilotées par des habitués du championnat sont parties en tête-à-queue ou dans le bac à gravier, mais Hülkenberg a tenu sous la pluie et réalisé un brillant dernier relais en pneus slicks pour s'imposer aux dépens de Jeroen Bleekemolen.
Huit autres victoires ont suivi avec le titre à la clé, dont une leçon sous la pluie en Malaisie avec 43 secondes d'avance. Hülkenberg a ensuite remporté la F3 Euro Series puis le GP2, a été enrôlé par Williams dans son programme junior et a travaillé avec l'ingénieur de course Tom McCullough, désormais directeur de la performance chez Aston Martin.
En 2010, tous les deux ont été promus. Hülkenberg a rejoint Rubens Barrichello chez Williams et McCullough est devenu son ingénieur de course. Hülkenberg était confiant mais a vite compris que le talent et l'expérience de Barrichello ne lui rendraient pas la tâche facile. Néanmoins, il s'est révélé en décrochant sa première et unique pole position au Brésil, dans des conditions difficiles.
"En Q3, tout le monde était en intermédiaires", se souvient McCullough. "La seule chose que j'ai décidée a été de l'envoyer le premier en piste pour qu'il puisse faire autant de tours que possibles. Beaucoup de monde avait un demi-tour de retard et ils se gênaient les uns les autres."

Nico Hülkenberg a brillamment décroché la pole au Brésil en 2010.
Le choix des pneus slicks dans les dernières minutes est-il venu de Hülkenberg ou McCullough ? "Ni l'un ni l'autre… c'était Rubens !", poursuit l'ingénieur. "J'ai dit à Nico : 'Tu es sixième et Rubens mise sur le sec'. Et il a répondu : 'OK, faisons un essai'."
C'est ainsi que le pilote allemand a décroché la pole avec plus d'une seconde d'avance sur les Red Bull de Sebastian Vettel et Mark Webber. Pour McCullough, la performance de Hülkenberg ce jour-là se résume ainsi : "Il a piloté en attaquant à fond. Ce tour le caractérise bien comme pilote ; un contrôle phénoménal de la voiture et un talent naturel pour être capable de piloter ainsi. Il est tout simplement naturellement rapide."
Ce sentiment est partagé par Jolyon Palmer, qui a plus tard été son coéquipier chez Renault : "Il a un talent naturel pour ressentir le grip et emmener la voiture à la limite, rarement en allant au-delà ou en commettant des erreurs. Il avait les qualités pour être dans un top team s'il en avait eu la chance, mais ça lui a échappé."
La relation de travail entre McCullough et Hülkenberg a été interrompue en 2011 et 2012. L'Allemand a perdu sa place chez Williams au profit de Pastor Maldonado et a donc rejoint Force India comme réserviste en 2011. Il a ensuite remplacé Adrian Sutil comme titulaire pour 2012 et a brillé dans des conditions mixtes lors du dernier Grand Prix de la saison au Brésil. Toujours chez Williams, McCullough l'observait de près.
"Je savais que j'allais travailler avec Nico l'année suivante chez Sauber, donc ça m'intéressait", se souvient-il. "Cette course, c'était pareil : tout dépendait de Nico. L'équipe l'a rappelé plusieurs fois pour qu'il passe les intermédiaires, mais il a dit non. Il a décidé de rester en slicks et à un moment donné, ça lui a donné près d'un tour d'avance sur tout le monde, à l'exception de Jenson Button."
Malheureusement, tout a mal tourné lors d'un dépassement de Lewis Hamilton pour reprendre la tête, qui s'est soldé par un contact, une pénalité et une cinquième place finale. C'est un peu l'histoire de la carrière de Hülkenberg : si proche et pourtant si loin. Les quatre années suivantes, la collaboration McCullough/Hülkenberg a perduré chez Sauber et Force India, mais les opportunités n'ont cessé de leur tourner le dos.

L'ingénieur Tom McCullough a beaucoup d'admiration pour Nico Hülkenberg.
"Nous prenions parfois des décisions stratégiques faisant qu'il avait pour objectif de terminer sur le podium", raconte l'ingénieur. "Puis des circonstances survenaient pour l'en priver. À Monaco en 2016, Sergio Pérez a terminé troisième alors qu'il était loin d'être aussi rapide tout le week-end."
L'histoire a été la même lorsque Hülkenberg a quitté les troupes de McCullough pour rejoindre Renault en 2017. Une troisième place à Singapour s'est envolée à cause de la stratégie et de problèmes mécaniques, puis le podium était de nouveau dans le viseur sous la pluie de Hockenheim en 2019, mais une erreur – rare – lui a fait perdre le contrôle.
Pourtant, son passage chez Renault, notamment en 2019 aux côtés de Daniel Ricciardo, a eu un grand effet sur Hülkenberg, qui est brièvement revenu travailler avec McCullough à Silverstone en 2020 en tant que remplaçant de Pérez, touché par le COVID-19.
Il est arrivé au pied levé et un problème moteur l'a empêché de prendre le départ du Grand Prix de Grande-Bretagne, mais il s'est remarquablement qualifié au troisième rang lors de la course suivante, toujours à Silverstone pour le Grand Prix du 70e Anniversaire.
"Lorsque Nico est revenu chez nous, il nous a époustouflés en nous montrant à quel point il était devenu meilleur", assure McCullough. "Il était meilleur notamment grâce à Daniel et à ce qu'il avait appris de lui. Ça m'a fait prendre conscience que Nico avait manqué d'expérience à ses côtés jusque-là, et il en a ensuite gagné énormément. C'est un meilleur pilote grâce à ça."
Malheureusement, il est peu probable que nous revoyions en F1 ce Nico Hülkenberg devenu meilleur. Mais nous pouvons tout de même saluer un pilote qui a tout donné pour cette discipline et qui a su allier talent et intelligence sans jamais abdiquer.
Nico Hülkenberg n'a pas manqué son retour en F1 lorsqu'il a remplacé Sergio Pérez chez Racing Point en 2020.
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