Opinion – Retour en grâce de Kimi Räikkönen : la bulle a explosé (1/2)

Les plus de 200'000 réponses provenant du sondage mondial du GPDA ont rendu des réponses pour le moins intéressantes, mais pouvant aussi soulever quelques contradictions. En effet, à l'heure où nombre d'amateurs de F1 souhaitent plus d'accessibilité de la part des pilotes et toujours plus d'informations au sujet de la vie sportive et personnelle de ceux-ci, l'homme le plus populaire de la grille est pourtant l'un de ceux qui en donnent le moins devant les micros et sur les réseaux sociaux.

C'est cependant pour son caractère marqué et le distinguant des "robots" que Kimi Räikkönen demeure la coqueluche du plateau, et reste devant Jenson Button, Fernando Alonso, Lewis Hamilton et Daniel Ricciardo dans le cœur des fans. Revenu en grâce chez Lotus après deux saisons de rallye, le Champion du Monde 2007 est sans aucun doute l'un des pilotes les plus fascinants du plateau, même lorsque ses performances n'atteignent pas le niveau escompté. Mais son lustre d'antan semble désormais bel et bien passé, et la comparaison avec ses équipiers respectifs ces trois dernières saisons ne tourne pas à son avantage.

 

2012, un retour dont tout le monde avait besoin

Il faut dire que le retour de Kimi Räikkönen en F1 était ce qu'attendait la discipline : au milieu de l'ère de domination Red Bull et de l'ennui relatif des succès de Sebastian Vettel, l'audience F1 espérait l'arrivée de toute alternative à laquelle s'accrocher pour apporter du piment. Les chances d'un Fernando Alonso portant à bout de bras le "mythe" Ferrari étaient survendues par des médias désireux –nécessiteux- de faire tenir la saison jusqu'à son terme.

De par son statut d'équipe indépendante cherchant des sponsors et pouvant se permettre une communication décalée, Lotus a servi son pilote-star autant que celui-ci a aidé le team à récolter de convaincants résultats en piste comme en termes de perception.

 

GALERIE : Les photos de Kimi Räikkönen

 

 

Indifférent à son image, Räikkönen a ainsi laissé son team s'exprimer et conquérir Internet autour d'une image je-m'en-foutiste mais toujours redoutable derrière le volant. L'ère s'y prêtait à merveille : le cahier des charges technique, imposant une usure excessive des gommes, flattait en 2012 autant les styles de pilotages doux (comme celui d'Iceman) que les monoplaces pensées autour de cette caractéristique quasi-artificielle, comme la Lotus pensée par James Allison. Le mythe était ainsi ressuscité! Il était agréable de penser qu'Iceman n'avait rien perdu de sa superbe : après tout, la comparaison avec Romain Grosjean, prône aux approximations dans le peloton, était plus que flatteuse grâce à une formidable régularité. Le Räikkönen des années McLaren (injustement vierges de titres mondiaux), semblait revenu.

Le divorce avec Lotus fut cependant impropre des deux côtés. Certes, le team laissait des ardoises à nombre de têtes pensantes et fournisseurs, ou retardait tout du moins les paiements au-delà de l'acceptable vis-à-vis hommes qui contribuaient à son succès. Mais la baisse de régime de Räikkönen en piste fut également très –trop- perceptible. Le paddock y vit une baisse de motivation comme Iceman en a connu tant, plus qu'une baisse de régime. Grosjean, pourtant, devenait en même temps un challenger régulier des Red Bull, alors qu'il comprenait sa capacité à devenir le N°1 du team. Et la comparaison entre le Franco-Suisse et son équipier ne se faisait plus uniquement sur le nombre de points collectés à l'arrivée, mais bien sur la vitesse pure.

 

Ferrari/Räikkönen, une opportunité de réunion qu'aucun côté n'espérait réellement

C'est vers Red Bull que Räikkönen lança des appels du pied pour se replacer, sachant Ferrari déjà engagé avec Nico Hülkenberg. La motivation du Finlandais passait, pour commencer, par une auto capable de jouer la victoire, mais également par la certitude de voir ses émoluments réglés comme il se devait, tout en pouvant maintenir des exigences strictes concernant une implication minimale dans les opérations de relations presse et la vie publique de l'équipe.

Malheureuse dans ses plans d'avenir avec Robert Kubica, l'équipe au Cheval Cabré, elle, avait déjà failli signer Mark Webber en 2013, cherchant à se lier sur le court terme à un pilote capable de rapporter de grosses unités dans l'optique du Championnat du Monde des Constructeurs, tout en affaiblissant Red Bull. Cerise sur le gâteau, l'Australien était managé par Flavio Briatore, tout comme le coq de la basse-cour Ferrari, Fernando Alonso. Ferrari souhaitait également se donner du temps pour juger sur pièces du plein potentiel de quelques jeunes, comme Jules Bianchi (Ferrari Academy), envisagé chez Sauber et Force India après un baptême chez Marussia, ou de Sergio Pérez, intéressant en raison des ouvertures crées sur le marché de l'Amérique Centrale et Latine.

Mais c'est justement le statut d'intouchable d'Alonso qui commençait à embarrasser Ferrari. Après des années passées à s'escrimer à décrocher un troisième titre mondial, Alonso, qui avait bâti autour de lui un environnement blindé –et suffocant pour Massa et Smedley, de l'autre côté du garage-, donnait la perception d'un pilote dont dépendait trop la Scuderia. Pour le dire autrement, il devenait embarrassant pour le management Ferrari de voir le N°1 Espagnol s'attribuer ses résultats arrachés à la force du poignet et mettre en cause année après année son équipe pour son incapacité à fournir année après année un matériel capable de réellement jouer les couronnes grâce à la performance pure.

L'occasion fit le larron pour Ferrari comme pour Räikkönen au moment de sceller une entente prestigieuse pour les saisons 2014 et 2015. Alors que le Finlandais réglait ses comptes avec Lotus en prétextant l'urgence absolue d'une opération dorsale jusque-là remise à la Saint-Glinglin pour justifier son incapacité à s'aligner sur les dernières manches d'une saison encore impayée, le chemin était libre pour trouver refuge chez l'équipe l'ayant fait Champion du Monde en 2007.

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