Les pétroliers influenceront-ils la course au titre ?

Dans la lutte qui met aux prises les motoristes de Formule 1, la qualité du carburant joue désormais un rôle primordial.

Afin de retrouver toute sa compétitivité et se battre pour le titre mondial en 2017, Red Bull Racing a décidé d'utiliser l'essence et les huiles concoctées par ExxonMobil cette saison.

Si Mercedes et Petronas détiennent le haut du pavé, Red Bull Racing et ExxonMobil espèrent resserrer l’écart qui les sépare de l’écurie allemande, et de nouveaux produits, encore plus performants, seront nécessaires. Il semble que des essences et des lubrifiants améliorés soient prêts alors que les essais hivernaux commenceront à la fin du mois, à Barcelone. Assisterons-nous à une lutte féroce cette saison entre ces deux équipes ?

Une décision survenue en décembre

Red Bull Racing a annoncé en décembre dernier avoir réussi à s'attacher les services d’ExxonMobil, qui était pourtant un partenaire de très longue date de McLaren.

Même si Red Bull Racing et ExxonMobil viennent tout juste de commencer à travailler ensemble, Bruce Crawley, responsable international du sport automobile pour le pétrolier, affirme que tout se déroule bien et que des innovations encore plus importantes arriveront dans les prochains mois.

"Nous pensons avoir connu un bon début", affirme Crawley. "Notre essence et le moteur disposent d’un certain avantage, et nous sommes satisfaits des premiers résultats. Nous travaillons maintenant sur d’autres améliorations."

Après avoir passé plus d’une vingtaine d’années comme partenaire de McLaren, ExxonMobil a été séduit par la volonté de réussir qu’affiche Red Bull Racing.

Crawley croit que son entreprise, ayant travaillé étroitement avec Mercedes et Honda, possède une solide expérience sur laquelle Red Bull Racing peut s’appuyer.

"Le défi de ce nouveau partenariat avec Red Bull Racing est de déterminer la compatibilité du moteur avec notre essence et notre huile. Nous avons la possibilité de fouiller dans une vaste gamme de produits. Dans le cas qui nous intéresse, le génie mécanique rencontre la science pétrochimique. Notre but est de concocter le meilleur produit, qui engendrera la plus haute performance."

"Nous sommes habitués à relever des défis. Nous sommes en F1 depuis plus de 35 ans et nous avons dû faire face à plusieurs changements de motorisation. Cela s’applique aussi aux autres catégories dans lesquelles nous sommes impliqués à travers le monde, où nous devons travailler avec des architectures de moteur très différentes. Ce nouveau partenariat n’est pas un nouveauté pour nous."

Quand Red Bull Racing et ExxonMobil ont entrepris les discussions techniques l’an dernier, la confidentialité commerciale et les limitations causées par les améliorations apportées au moteur Renault ont limité le nombre de passages au banc d’essai.

"Dans un monde idéal, nous aurions aimé profiter de plusieurs mois de travail", ajoute Crawley. "Nous aurions aimé disposer de six mois de préparation, mais nous avons dû compresser notre programme de développement sur une courte période de temps. Ce fut un gros challenge, car lors de nos débuts avec Red Bull Racing, nous ne disposions d’aucune donnée technique. Nous nous basons habituellement beaucoup sur les données techniques. Nous avons alors dû nous fier à notre expérience et nos évaluations théoriques afin de commencer le travail et donner une direction à nos recherches."

De nouveaux produits

Les fûts de carburant, de lubrifiants et d’huiles sont déjà en route pour Melbourne, en Australie. Crawley ajoute que les essais hivernaux seront déterminants afin de peaufiner les mélanges pour la suite de la saison. Il révèle aussi que les exigences du moteur Renault sont très différentes de celles du Honda.

À savoir jusqu’à quel point l’entreprise a dû modifier ses produits pour les adapter au moteur Renault, Crawley répond : "Ils sont différents, très différents. Les exigences du moteur Renault sont très différentes de celles du moteur Honda, et le moteur Honda était aussi très différent du Mercedes."

"Nous en sommes à notre troisième moteur turbo hybride. Nous ne sommes pas étonnés de constater qu’ils sont tous très différents, et qu’ils reposent sur des solutions, des mécanismes et des matériaux différents. Tous ces facteurs ont une influence sur la composition de l’essence et des huiles. En fait, j’aurais été très étonné si les trois moteurs avaient été identiques."

Compétition interne

Un aspect intéressant de cette situation est de constater que Renault travaillera cette année avec deux pétroliers différentes. Si Red Bull Racing et Toro Rosso emploieront les produits ExxonMobil, l’écurie Renault d’usine a changé de partenaire et travaillera avec BP/Castrol, ce qui signifie que le motoriste français devra faire homologuer deux types de carburant cette saison.

Il y a un revers à la médaille, car les développements apportés au moteur pourraient mieux convenir à un type de carburant plutôt qu'à un autre. Mais Crawley croit néanmoins que cette situation aura ses avantages.

"C’est beaucoup plus complexe de faire fonctionner deux programmes différents, mais je crois qu’il y a des avantages et des désavantages à cela. On assistera à une course technologique, car notre concurrent voudra faire mieux que nous. Nous savions que nous aurions un rival. Red Bull Racing a décidé de travailler avec nous en raison de notre vaste expérience et de notre capacité à procurer des gains tangibles. Red Bull Racing souhaite remporter le titre cette saison et nous sommes vraiment intéressés pour les aider à réussir. Si un autre partenaire travaille avec Renault, quelle différence cela fait-il ? Nous avons désormais un adversaire, un objectif, et cela nous maintient motivés."

Un impact sur la saison 2017

S’il existe des incertitudes concernant le niveau de performance des équipes de pointe cette saison, reste à savoir quelles seront les conséquences de la nouvelle réglementation technique. Les monoplaces seront plus rapides, et cela aura une influence directe sur leur fiabilité, alors qu'ils rouleront à fond durant de longues périodes de temps.

Crawley avoue que si la performance du moteur demeure un facteur crucial en 2017, les pétroliers travailleront pour assurer une bonne fiabilité du groupe motopropulseur.

"Le cycle de vie du moteur sera plus complexe, car il y aura beaucoup plus de contraintes sur les moteurs", avoue-t-il. "Le moteur tournant à fond plus longtemps, cela aura indéniablement un impact sur sa durée de vie. Nous devrons donc garder un œil attentif sur toute dégradation afin de conserver une bonne fiabilité."

"Il y a toujours un équilibre à trouver entre performance et fiabilité. Toutes les pièces mécaniques en mouvement seront soumises à de fortes charges en virage, que ce soit les roulements à billes, les arbres de transmission, les cardans, tout sera mis à rude épreuve. Nous commençons à en voir les effets et nous devons adapter nos produits en conséquence. De plus, nous devons augmenter la puissance nette du moteur, et nous analysons le phénomène de combustion afin de produire de meilleurs carburants et nos huiles sont destinées à réduire les frictions internes."

Il ajoute : "Nous devons aussi surveiller d’autres paramètres comme les propriétés thermiques, le poids, le volume et l’encombrement afin d’assurer un refroidissement adéquat. Car si la puissance augmente, le stress thermique augmente aussi. Il y a là un autre équilibre à trouver. C’est un défi intéressant, car il nous oblige à nous attarder sur des détails qui n’avaient pas, ou peu d’importance au cours des dernières années."

Bien des choses seront nouvelles cette saison, mais l’objectif des équipes demeure inchangé : gagner.

Écrire un commentaire
Montrer les commentaires
A propos de cet article
Séries Formule 1
Type d'article Analyse
Tags carburant, essence, exxonmobil