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L'histoire de la plus célèbre photo de ravitaillement en F1

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L'histoire de la plus célèbre photo de ravitaillement en F1
Par :
25 juil. 2019 à 09:41

Alors que la Formule 1 pèse le pour et le contre d'un potentiel retour des ravitaillements en carburant en 2021, rien n'en rappelle mieux le danger que ce qui s'est produit à Hockenheim il y a 25 ans.

Ce qui aurait dû être un arrêt au stand normal pour Jos Verstappen a failli tourner au désastre lorsque de l'essence s'est échappée du tuyau : la Benetton s'est embrasée. La scène a été diffusée en direct à la télévision et immortalisée par une célèbre photo où l'on voit le mécanicien Paul Seaby tenter d'échapper aux flammes.

Nous nous sommes entretenus avec trois personnages clés de ce moment d'exception : le pilote Jos Verstappen, le photographe Steven Tee et Paul Seaby lui-même.

L'arrêt au stand

Jos Verstappen's pitstop at the 1994 German GP

Le Grand Prix d'Allemagne 1994 a eu lieu dans un contexte tendu au sein du paddock : Benetton venait de faire appel des deux courses de suspension infligées au leader du championnat Michael Schumacher pour avoir ignoré le drapeau noir lors de la course précédente, à Silverstone. Schumacher espérait devenir le premier Allemand à s'imposer à domicile, mais savait que cela n'allait pas être facile, car les longues lignes droites de Hockenheim favorisaient le moteur V12 Ferrari.

Après un premier tour chaotique, avec un carambolage qui a valu à Mika Häkkinen d'être suspendu, Schumacher s'est affirmé comme le principal rival de Gerhard Berger pour la victoire. Le pilote Benetton est rentré au stand au 13e tour pour son premier ravitaillement, sans souci. Deux boucles plus tard, c'était au tour de son coéquipier Jos Verstappen.

Jos Verstappen

"Je me rappelle être rentré pour ce que je pensais être un ravitaillement classique. Assis dans la voiture, j'ouvrais toujours ma visière car quand j'étais à l'arrêt, je transpirais beaucoup. J'ai donc ouvert mon casque après m'être arrêté, afin d'avoir de l'air frais. Puis j'ai vu le liquide arriver. C'était avant que je puisse sentir quoi que ce soit, et c'est pourquoi j'agitais le bras. Puis tout a pris feu, je voyais tout noir et je n'arrivais plus à respirer. C'est une situation à laquelle on ne pense normalement pas : c'est comme se retrouver soudainement dans une pièce sombre et se dire qu'il faut en sortir...

C'était difficile d'enlever le volant, cela m'a pris quelques secondes. Puis j'ai dû détacher mon harnais. Il y avait donc beaucoup de choses à faire avant de me lever et de me rendre compte de ce qui s'était passé."

Fire during Jos Verstappen's pitstop at the 1994 German GP

Paul Seaby

"J'étais chargé de la roue avant droite, je tournais donc le dos au ravitailleur. C'est pourquoi je me suis retrouvé aspergé dans le dos.

La course avait été normale jusque-là, et nous faisions l'arrêt au stand de Jos. Nous montions les roues quand j'ai aperçu ce que j'ai cru être de l'eau dans l'air. Je me suis dit que c'était inhabituel, puis je me suis rendu compte que c'était du carburant et j'ai décidé de décamper, mais c'est là que ça a pris feu. Il y a eu un gros 'woof' et j'ai pris mes jambes à mon cou. Je suis allé dans le garage, c'était le chemin le plus direct pour s'éloigner de la voiture."

Steven Tee, Motorsport Images

"À l'époque, nous travaillions pour Benetton, et j'ai décidé de faire la course depuis l'infield [l'intérieur du circuit]. J'allais faire le départ de là et voir ce qui se passait, et je voulais être dans l'infield pour l'arrivée car je me disais que si Michael gagnait, il y aurait des drapeaux partout.

Le milieu de la course s'est avéré un peu ennuyeux, et je me suis dit que j'allais rentrer faire des arrêts au stand, comme c'est à cinq minutes du bord de piste à pied. Je suis allé au garage Benetton et ils se préparaient pour l'arrêt au stand, donc j'ai pris les photos de là où j'étais, juste devant. C'est alors que j'ai remarqué quelque chose, un peu de carburant qui s'échappait, mais je n'y ai pas trop prêté attention. Puis d'un coup, au lieu de voir Jos dans la voiture avec les mécaniciens autour de lui, je voyais littéralement une grosse boule orange. Mais j'ai continué à prendre des photos. Dès que c'est arrivé, j'ai vu les mécaniciens courir vers le garage, et certains d'eux avaient pris feu. Je me suis reculé un peu pour ne pas gêner, puis je n'ai plus pensé aux photos que j'avais prises, car à l'époque, c'était sur une pellicule."

Les conséquences

Fire during Jos Verstappen's pitstop at the 1994 German GP

Le feu a été éteint en quelques secondes, mais l'incompréhension régnait dans le garage Benetton. Les mécaniciens ont même dû commencer à se préparer pour le deuxième arrêt de Schumacher, avant que son abandon ne permette de traiter les brûlures de ceux qui avaient été touchés par l'incendie.

Jos Verstappen

"Je me rappelle que l'équipe m'a versé de l'eau sur le visage, puis y a appliqué de la crème. Je suis allé effectuer des examens à l'hôpital, mais tout allait bien. Ma respiration était bonne également, donc je ne pense pas avoir beaucoup respiré quand c'est arrivé.

Quand une voiture de course prend feu, comme quand Nico Hülkenberg a fait un tonneau à Abu Dhabi, on sent l'essence et on prend peur. Mais quand ça arrive dans les stands, c'est presque l'endroit le moins dangereux où ça puisse arriver. Je n'ai donc eu aucun problème à gérer ce qui s'est passé d'un point de vue mental."

Jos Verstappen, Benetton, suffers from burns after his pitstop fire

Paul Seaby

"C'était frénétique. Tout le garage était sous le choc. Une fois le feu éteint, les gens ont essayé de faire le point et d'évaluer ce qui s'était passé. Nous avons trouvé de l'eau et j'ai commencé à m'asperger le visage. Certains des mécanos s'activaient, car Joan [Villadelprat, directeur des opérations] s'était mis à crier dans le garage qu'il pouvait y avoir un autre arrêt au stand, et il faisait le tour en demandant : 'Vous pensez pouvoir le faire ?'. Nous avons dit 'oui, bien sûr' et avons commencé à remettre nos combinaisons pour aller faire l'arrêt de Michael. Ils essayaient d'enlever la voiture de Jos, il y avait de la poudre d'extincteur partout, et on nous a dit pendant que nous nous préparions que Michael avait un problème moteur et allait abandonner : pas besoin de nous inquiéter. C'était tout.

Nous nous sommes rendus au centre médical et nous sommes amusés à essayer de refroidir nos brûlures. Nous étions trois à être brûlés : Simon Morley, Wayne Bennett et moi. Simon et moi étions brûlés au visage : c'était pire pour lui, mais ça n'avait pas l'air si mal à ce moment-là, et nous nous faisions arroser à tour de rôle dans une baignoire. Wayne s'était brûlé la cheville et l'arrière du pied, et était le dernier à passer à la douche. Au final, il a dû mettre son pied dans les toilettes et tirer la chasse pour avoir suffisamment d'eau froide sur la cheville.

À part ça, il n'y avait pas de blessure permanente. Lors des courses suivantes, je n'avais pas un excellent état d'esprit, mais il fallait faire avec."

La photo

Bien que les images télévisées de l'incendie aient fait sensation, ce n'est que le lendemain matin que Tee s'est rendu compte de ce qu'il avait capturé avec son appareil photo, en faisant développer les pellicules à Londres.

Steven Tee

"Nous avons déposé les pellicules à Londres le dimanche soir, comme d'habitude, et sommes arrivés très tôt afin de les éditer pour Motoring News. J'ai passé les photos en revue ; il y en avait deux qui étaient floues, mais on voyait le carburant se disperser. La suivante était Paul Seaby flou, et celle d'après pareil. Mais c'est la troisième qui est devenue relativement célèbre : on le voit très clairement enveloppé par les flammes, s'éloignant de la voiture. On dirait que ça sort d'un film !

Il y avait un autre angle de l'incendie, pris par quelqu'un depuis le muret des stands et qui a été très utilisé, mais l'impact n'était pas aussi grand que celui-ci avec Seaby. Paul et moi en plaisantons depuis des années. Je lui ai donné des impressions grand format, et l'image a fini par se retrouver sur des dessous de verre ! Elle a été utilisée absolument partout. Cela lui rappelle cet incident en permanence."

Fire during Jos Verstappen's pitstop at the 1994 German GP

L'Héritage

Tandis que l'enquête de la FIA sur la cause de l'incendie s'est focalisée sur un filtre manquant, l'équipe a toujours estimé que cet élément n'y avait pas contribué. Tout cela est désormais consigné aux livres d'histoire, mais les souvenirs de ce qui s'est passé il y a 25 ans restent vivaces, et cette photo de Seaby est devenue l'une des plus célèbres en F1. C'est quelque chose que les hommes au cœur de ce feu n'oublieront jamais.

Jos Verstappen

"C'est ce que la plupart des gens retiennent de moi ! On voit souvent ces images.

Je n'ai pas d'effet secondaire durable, sauf parfois quand je bois de l'alcool, surtout du vin – et ce n'est pas tout le temps, juste parfois – soudain, ça me brûle. Puis l'endroit où j'ai été brûlé au visage devient rouge. Je le sens. Je ne sais pas pourquoi. Je pense que c'est une sorte de réaction. C'est tout ce qui me reste de cet incident."

Paul Seaby

"La seule chose que j'ai remarquée, c'est que ma joue gauche a une tache légèrement plus rouge, mais à part ça, aucun effet secondaire.

Quand j'ai vu la photo pour la première fois, je suis allé voir Steven Tee pour lui dire : 'Tu aurais pu éteindre le feu qui me brûlait plutôt que prendre des photos !' Mais je suis content qu'il les ait prises. Quand on est dans une telle situation, on s'arrache juste les vêtements et on ne sait pas exactement ce qui s'est passé. C'était donc vraiment intéressant de voir et étudier ce qui s'était passé.

J'aime vraiment la photo, et je suis content qu'il l'ait prise, car sans la vidéo et sans cette photo, ça aurait pu être facilement oublié. Rares sont ceux qui parlent de l'incendie chez Jordan à Spa [en 1995], par exemple.

J'ai eu quelques posters de cette image au fil des années. Quand j'ai commencé à sortir avec ma femme, la seule photo qu'avait ma belle-mère, qui n'est plus de ce monde, c'était celle-là. Sur son mur, chez elle, il y avait mon beau-frère et ma belle-sœur à leurs mariages, et à côté, une photo de moi en feu. Ça me faisait sourire."

Fire during Jos Verstappen's pitstop at the 1994 German GP
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À propos de cet article

Séries Formule 1
Événement Grand Prix d'Allemagne
Lieu Hockenheimring
Pilotes Jos Verstappen
Équipes Benetton
Auteur Jonathan Noble