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Pourquoi Bearman et Hadjar doivent "mériter le droit" de suivre Verstappen

Les escapades de Max Verstappen en endurance ont fait des envieux, mais pour les jeunes pilotes de Formule 1 comme Oliver Bearman et Isack Hadjar, ce luxe reste encore conditionné à une chose : faire ses preuves en Grand Prix.

Oliver Bearman, Haas F1 Team, Isack Hadjar, Racing Bulls Team

Photo de : Sam Bloxham / LAT Images via Getty Images

Depuis deux ans, Max Verstappen exprime une forme de frustration liée à la Formule 1 en s'essayant à d'autres disciplines du sport automobile, en plus de sa passion déjà bien installée pour le simracing.

En 2024, le Néerlandais a remporté le Grand Prix d'Émilie-Romagne depuis la pole position, tout en participant parallèlement aux 24 Heures du Nürburgring virtuelles sur la plateforme iRacing, que son équipe a remporté également.

Il  a ensuite associé son nom à une structure engagée en GT World Challenge Europe et, alors qu'il se montrait de plus en plus désabusé par les performances de Red Bull durant la saison 2025 de F1, il a pris part à une manche de la Nürburgring Langstrecken-Serie (NLS) entre les Grands Prix d'Azerbaïdjan et de Singapour.

Il y a un peu plus de deux semaines, il a rejoint Lucas Auer, Daniel Juncadella et Jules Gounon pour effectuer ses débuts "réels" aux 24 Heures du Nürburgring au volant d'une Mercedes-AMG GT3. La voiture occupait alors confortablement la tête de course avant d'abandonner sur une rupture de transmission survenue durant le relais de Juncadella, à environ trois heures de l'arrivée.

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Il est rare que des pilotes de F1 en activité changent de discipline en pleine saison. Fernando Alonso avait notamment fait l'impasse sur le Grand Prix de Monaco 2016 pour disputer les 500 Miles d'Indianapolis, tandis que Nico Hülkenberg avait pris part aux 24 Heures du Mans 2015 au volant de la Porsche victorieuse. Mais les activités extérieures à la F1 sont généralement considérées comme une distraction peu souhaitée pour les pilotes.

Néanmoins, l'ensemble du paddock de F1 s'est intéressé aux exploits de Verstappen au Nürburgring, même si tous les pilotes ne sont pas prêts à suivre son exemple.

"Non, je suis assez content en F1", a déclaré Oliver Bearman lorsqu'on lui a demandé s'il envisagerait de participer à une course comme les 24 Heures du Nürburgring. "On a déjà assez à faire pour le moment."

"Mais ce que Max a montré, c'est que chaque discipline a ses propres nuances et ses aspects intéressants. Et je pense que l'endurance est quelque chose de vraiment très cool et unique dans le sport automobile."

"Cependant, Max a gagné quatre titres mondiaux et est l'un des meilleurs pilotes, sinon le meilleur du plateau. Donc je pense qu'il faut le mériter : mériter le droit d'aller explorer d'autres catégories, et ce n'est pas quelque chose que j'ai fait."

Isack Hadjar (Red Bull Racing)

Isack Hadjar (Red Bull Racing)

Photo de: Brett Farmer / LAT Images via Getty Images

Le coéquipier de Max Verstappen, Isack Hadjar, faisait également partie de ceux impressionnés par les aventures du Néerlandais sur la Nordschleife. Mais tout comme son jeune homologue britannique, le Français n'estime pas encore "mériter" d'imiter son voisin de garage.

"J'avais sa caméra embarquée sur ma télévision. Je me suis endormi vers 2 heures du matin, je pense, donc j'ai vu la majeure partie de sa course, et je me suis réveillé en apprenant qu'il avait dû abandonner", a expliqué Hadjar à Motorsport.com.

"Mais honnêtement, c'était très divertissant à regarder. C'est un type de course très différent, avec une approche totalement différente, donc c'était vraiment intéressant à suivre."

"J'aimerais beaucoup [participer à ce genre de courses], mais pour le moment, je ne peux pas vraiment me le permettre. Je suis entièrement concentré sur la F1, mais oui, peut-être un jour."

Ça n'a pas toujours été comme ça

Lorsque le calendrier de F1 ne dépassait guère la dizaine de courses, les pilotes de premier plan évoluaient régulièrement dans d'autres disciplines. Jusqu'aux années 1970, les courses d'endurance étaient même souvent plus lucratives en termes de primes.

Cette dynamique a commencé à évoluer avec la montée en puissance de la F1 à la télévision et son exposition mondiale croissante dans les années 1980. La décennie suivante, l'allongement du calendrier et l'intensification des programmes de tests ont entraîné une chute progressive du nombre de pilotes de Grand Prix en activité engagés en endurance.

Nico Hülkenberg a remporté les 24 Heures du Mans 2015 avec Porsche 919 n°19.

Nico Hülkenberg a remporté les 24 Heures du Mans 2015 avec Porsche 919 n°19.

Photo de: Clive Mason/Getty Images

Jusqu'à la victoire de Nico Hülkenberg au Mans en 2015, le dernier pilote de F1 en activité à s'être imposé dans la Sarthe était Yannick Dalmas en 1994 et, compte tenu du fait qu'il n'avait disputé que deux Grands Prix cette saison-là, le qualifier de pilote F1 "en activité" relève déjà d'une interprétation assez large.

Au-delà des contraintes de calendrier, la professionnalisation croissante a rendu de plus en plus complexe le fait pour des pilotes sous contrat avec des équipes F1 constructeurs de courir pour d'autres marques. Par ailleurs, le détenteur des droits commerciaux Bernie Ecclestone s'est longtemps montré hostile à tout ce qui pouvait détourner l'attention ou les investissements de la F1, d'où le fait qu'un Grand Prix était fréquemment programmé en même temps que les 24 Heures du Mans.

L'année 2015 a constitué une rare exception, sans conflit entre Grand Prix et Le Mans. Mais lorsque Hülkenberg est revenu dans le paddock F1 en Autriche le week-end suivant, il a rapidement été convoqué dans le motorhome d'Ecclestone et sommé de cesser de parler de sa victoire aux 24 Heures.

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Si l'ère Ecclestone appartient désormais au passé, la F1 est aujourd'hui une entreprise plus importante que jamais, ce qui explique qu'il existe toujours de fortes incitations à éviter toute dispersion de l'attention vers d'autres disciplines. De plus, avec 24 week-ends de Grand Prix par an, les opportunités de s'engager ailleurs restent limitées, même en l'absence de conflits avec Le Mans.

Lorsque Max Verstappen a pris part aux 24 Heures du Nürburgring virtuelles en 2024, il disposait de son propre simulateur construit sur mesure et installé dans son motorhome.

On comprend que ni le directeur d'équipe de Red Bull, Christian Horner, ni le conseiller Helmut Marko n'étaient particulièrement favorables à ces activités extra-sportives. Mais en tant que quadruple champion du monde et pilier de l'équipe, Verstappen pouvait difficilement se voir refuser ce type de projet.

À l'inverse, un pilote n'en étant qu'à sa deuxième saison complète de F1 dispose d'une marge de manœuvre bien plus limitée.

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