Pourquoi tant d'équipes de F1 sont en Angleterre
Dix des onze équipes présentes en F1 ont des installations en Angleterre. Mais pourquoi ont-elles choisi ce pays ? Zoom sur la Motorsport Valley, un pole industriel et technologique unique au monde.
Photo de : Mercedes AMG
L'Angleterre : la terre de la pop culture, d'une gastronomie discutable, de la pluie et... des équipes de F1. Car si certains reprochent parfois à Alpine de ne pas être une équipe aussi française qu'elle prétend l'être puisqu'elle est installée à Enstone et a abandonné la division moteurs de Viry-Chatillon, il ne faut pas oublier que Mercedes, écurie allemande, et Red Bull, équipe autrichienne, sont elles aussi basées en Angleterre.
En fait, toutes les équipes du plateau, à l'exception notable de Ferrari, ont au moins un pied en Angleterre. Dans une zone située à l'ouest et au nord de Londres, il suffit simplement de parcourir une soixantaine de kilomètres pour se rendre du siège de Williams, à Grove, à celui d'Aston Martin, situé à Silverstone. Sur la route, quelques détours permettent de rallier les usines de Mercedes, à Brackley, et Red Bull, à Milton Keynes.
Cette zone géographique forme ce que l'on appelle la Motorsport Valley, dans l'idée de la Silicon Valley pour les entreprises technologiques aux États-Unis, ou de la région toulousaine pour le secteur aéronautique.
On y trouve une concentration inédite d'équipes engagées dans une multitude de championnats, la F1 en tête, mais aussi leurs fournisseurs de plusieurs grandes écoles dont sortent une grande partie des ingénieurs. Ces entités sont pour la plupart basées entre Oxford et Northampton, deux villes entre lesquelles on trouve le circuit de Silverstone.
Un double symbole qui ne doit rien au hasard : le tracé a accueilli la première course de l'histoire du championnat, ce qui lui offre un statut à part alors qu'il reste le théâtre du GP de Grande-Bretagne, et il est né sur le site d'un ancien aérodrome, ce qui est à l'origine de la prospérité des sports mécaniques dans la région.
Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, ces installations ont perdu leur utilité et les pistes ont trouvé une nouvelle vie en étant reconverties en circuits. Rapidement, le développement des sports mécaniques a offert des emplois à d'anciens ingénieurs qui travaillaient sur les avions dans cette région. Une nouvelle industrie était née.
Au fil des décennies, les "garagistes" britanniques ont écrit l'histoire de la F1 jusqu'à faire de la Motorsport Valley un véritable pôle technologique, aujourd'hui incontournable.
Si vous êtes un ingénieur travaillant en Formule 1, s'installer dans cette zone permet de passer d'une équipe à l'autre sans avoir besoin de déménager et de bouleverser une vie familiale. Et en cas d'échec, les chances de retrouver un emploi sont plus élevées, que ce soit dans une autre équipe ou chez un prestataire.
Le bureau d'Adrian Newey à l'usine Aston Martin de Silverstone.
Photo de: Aston Martin
Toyota l'a payé cher, à tous les sens du terme, dans les années 2000. Pour son arrivée en F1, le constructeur japonais a préféré maintenir sa base à Cologne, en Allemagne, qui s'était occupée de ses programmes en rallye et aux 24 Heures du Mans. Une erreur stratégique, puisque bien avant l'avènement du télétravail, il fallait convaincre les ingénieurs de changer de pays, souvent au prix d'un salaire plus élevé.
Les meilleurs experts étaient peu enclins à accepter de s'expatrier, sachant que si cela tournait mal, il serait plus difficile de trouver un point de chute qu'en restant dans la Motorsport Valley. Et puisqu'une grande partie de l'activité est dans cette zone, Toyota était aussi à distance d'un nombre important de ses sous-traitants, avec les complications logistiques que cela implique.
Ces dernières décennies, plusieurs ingénieurs renommés ont ainsi été réticents à quitter l'Angleterre. Si Adrian Newey a signé chez Aston Martin, c'est en partie parce qu'il ne voulait pas être contraint de se rapprocher de l'Italie pour travailler chez Ferrari, qui semblait pourtant prête à le faire travailler depuis le Royaume-Uni.
Dans les années 1980 puis dans les années 1990, c'est déjà ce qu'a fait John Barnard en dirigeant le département technique de la Scuderia depuis un bureau en Angleterre, hors de la Motorsport Valley dans le Surrey. Mais cette solution n'a pas perduré, notamment en raison d'un manque de fluidité dans les communications à l'époque.
Une véritable industrie, soutenue par le Royaume-Uni
Talents, entreprises, savoir-faire et outils sont donc réunis dans la Motorsport Valley, ce qui en fait la destination idéale pour toute nouvelle équipe. Malgré les moyens de communication modernes qui facilitent une présence hors de cette zone, elle continue même à prendre de l'ampleur en Formule 1. Aujourd'hui, il ne s'agit pas que d'une spécificité géographique mais d'un pôle industriel et économique en expansion, appuyé par une volonté politique.
La Motorsport Industry Association, qui réunit 200 acteurs du secteur et cherche à faciliter les connexions entre eux, a publié en 2025 un rapport qui faisait état d'un chiffre d'affaires atteignant 16 milliards de livres (plus de 18 milliards d'euros) pour les entreprises de la Motorsport Valley pour l'année 2023, soit une hausse de sept milliards de livres (huit milliards d'euros) par rapport au précédent rapport, qui portait sur l'année 2012. L'association a comptabilisé 50 000 emplois dans la zone, contre 41 000 onze ans plus tôt.
Ce secteur n'est donc pas négligeable dans l'industrie britannique et les responsables politiques ont intérêt à favoriser son essor. Plusieurs programmes ont ainsi été mis en place, avec des crédits d'impôt pour une partie des frais liés à la recherche et au développement, ainsi qu'un impôt sur les bénéfices à taux réduit lorsqu'ils sont liés à l'exploitation des brevets détenus.
La F1 accueillie par le premier ministre Keir Starmer au 10 Downing Street en 2025.
Photo de: Carl Court / Getty Images
Signe de l'importance de la Motorsport Valley, une délégation de 150 personnes travaillant en F1 a été reçue avant le GP de Grande-Bretagne 2025 par le premier ministre du Royaume-Uni, alors Keir Starmer.
"En tant que premier ministre, je suis vraiment fier de ce que la Formule 1 fait pour notre pays, pas seulement cette technologie, pas seulement cette innovation, pas seulement l'argent dans notre économie et la joie immense qu'elle apporte à énormément de monde, mais aussi le soft power et le rayonnement international qu'elle donne au Royaume-Uni", avait souligné Keir Starmer.
La destination incontournable
Être installé hors de la Motorsport Valley représente un risque à plusieurs niveaux. L'exemple Toyota n'est pas le seul puisqu'Alain Prost a plusieurs fois évoqué l'implantation de son équipe, Prost GP, à Guyancourt, dans les Yvelines, comme l'une des raisons de son échec, entre la difficulté à attirer les talents et une fiscalité moins favorable.
L'Angleterre n'est pourtant pas un exemple à part puisqu'en Italie, la Motor Valley abrite aussi des acteurs importants et bénéficie d'un soutien de la région Émilie-Romagne. C'est dans cette zone que sont installées Ferrari et Racing Bulls, mais aussi Dallara, partenaire de Haas et fournisseur des monoplaces des principales formules de promotion, ou encore Ducati en MotoGP.
Mais la Motorsport Valley reste la destination privilégiée et cette situation n'est pas prête de changer, comme le montrent les derniers mouvements. Haas est une équipe américaine, basée à Charlotte, qui coopère avec Ferrari et Dallara en Italie et désormais Toyota en Allemagne... mais l'équipe de course est bien basée en Angleterre, à Banbury.
La seconde équipe américaine arrivée cette année, Cadillac, a logiquement choisi de s'installer en Angleterre, à Silverstone. Elle cherche à renforcer sa présence aux États-Unis et construit une base à Fishers, près d'Indianapolis, tout en prévoyant de développer son moteur à Charlotte, mais il serait inconcevable de délaisser la base anglaise. "Compte tenu de la concentration des talents de la F1 au Royaume-Uni, l'essentiel de notre recrutement a eu lieu là-bas", a confirmé Dan Towriss, le directeur général de l'équipe, cette semaine.
Cette réalité s'impose à tous les acteurs du championnat, même les plus puissants. Audi a rejoint la Formule 1 en rachetant Sauber, installé en Suisse, à Hinwil, et développe son moteur en Allemagne, à Neubourg-sur-le-Danube, mais la firme aux anneaux a jugé nécessaire de mettre en place une base à Bicester, dans la Motorsport Valley. Mattia Binotto, le grand patron de l'équipe, a affiché la volonté de "puiser dans le vivier de talents" de la région.
L'usine Sauber Motorsport Technology Centre d'Audi au pôle Bicester Motion.
Photo de: Sauber
Racing Bulls conserve son antenne principale à Faenza, en Italie, mais a longtemps eu un département aérodynamique également situé à Bicester, et l'a déplacé à Milton Keynes, dans le campus de Red Bull, pour pouvoir l'agrandir. Et c'est naturellement là que Red Bull développe et fabrique son moteur, avec le soutien de Ford.
Partenaire d'Aston Martin, Honda a une partie de son activité de motoriste, dédiée à la maintenance, en Angleterre, et y a installé une division du HRC. Mercedes n'a quant à lui jamais envisagé de délaisser l'usine de Brixworth pour son activité de motoriste, née en rachetant Ilmor, un constructeur anglais. Son équipe est aussi solidement installée à Brackley, sur le site créé par BAR et ensuite occupé par Honda et BrawnGP. Des rachats d'équipes expliquent également la présence de Red Bull et Alpine en Angleterre.
À tous ces exemples s'ajoutent naturellement les acteurs britanniques : McLaren, situé dans la banlieue de Londres à Woking, Williams à Grove et Aston Martin à Silverstone, où l'équipe a intégré une nouvelle usine en 2023, avec des outils renouvelés, mais aussi en partie hérités de Jordan, historiquement implanté dans la zone.
Ne manque donc que Ferrari, même si des rumeurs évoquent de temps à autre l'ouverture d'une division en Angleterre...
Où sont basées les équipes de F1 ?
| Équipe | Usine principale | Site secondaire |
|---|---|---|
Où sont basés les motoristes en F1 ?
| Motoriste | Usine | Base secondaire |
|---|---|---|
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