Pourquoi la FIA n'a pas pu éviter la pénalité de Sainz à Las Vegas
Si Carlos Sainz n'a pas pu éviter une pénalité de 10 places qu'il a jugée "injuste", c'est parce que les commissaires de la FIA n'avaient pas la possibilité d'employer le cas de "force majeure" pour en écarter l'application.
Quand Carlos Sainz a percuté une valve d'évacuation des eaux lors des Essais Libres 1 du Grand Prix de Las Vegas, les dégâts ont été si importants qu'il a fallu procéder à plusieurs changements de pièces, dont celles de l'unité de puissance. Or, le remplacement de la batterie, hors quota, a automatiquement signifié que l'Espagnol allait recevoir une pénalité de dix positions sur la grille.
Cette situation, hors du contrôle du pilote ou de l'équipe et liée à un défaut du circuit, a entraîné une vague de compassion pour la Scuderia chez les fans et la concurrence. Fernando Alonso, qui a évité de justesse la valve, a par exemple déclaré : "Quelque chose que l'on pourrait changer, c'est la pénalité pour Carlos. C'est un petit peu dur".
Toutefois, la question de l'évitement des pénalités infligées en cas de changements sur l'unité de puissance ou la boîte de vitesses en raison de circonstances particulières et hors de tout contrôle n'est pas apparue le week-end dernier. En réalité, c'est un sujet qui a déjà fait l'objet de discussions par le passé, les équipes ayant bloqué l'ajout de cette possibilité dans la réglementation.
Évoquant ce sujet à Las Vegas, Frédéric Vasseur estimait que, contrairement à d'autres pièces de l'unité de puissance, dans le cas d'une batterie il n'y a pas vraiment de gain à retirer d'un changement "gratuit" : "Ce n'est pas quelque chose de facile, de donner un jeu de pneus ou un moteur, parce qu'il s'agit d'un gain de performance. Mais la batterie ? Il n'y a pas de performance dans la batterie.
"Étant donné que nous avons manqué les EL1, que nous avons subi deux ou trois millions de dégâts, que les mécaniciens ont travaillé comme des diables pour pouvoir reprendre la piste et ainsi de suite, je pense qu'il n'était pas trop stupide d'envisager le cas de force majeure."
Carlos Sainz est parti 12e après s'être qualifié second, terminant la course en sixième place.
Les commissaires n'étaient pas insensibles aux arguments avancés sur le sujet, toutefois ils n'ont pas pu trouver dans la réglementation de quoi leur éviter d'infliger la pénalité, comme ils l'ont indiqué dans la décision : "Les commissaires notent que s'ils avaient eu autorité pour accorder une dérogation, dans ce qu'ils considèrent en l'occurrence comme des circonstances atténuantes, inhabituelles et malchanceuses, ils l'auraient fait ; cependant, la réglementation ne permet pas une telle mesure."
En effet, si la "force majeure" est bien évoquée dans le Code Sportif International (CSI) de la FIA ou le Règlement Sportif de la F1, en ce qu'elle est définie dans le CSI comme un événement "imprévisible, irrésistible et extérieur", elle est limitée à des cas très précis qui concernent l'annulation d'épreuve, le retrait d'un concurrent, un changement de pilote ou encore les règles concernant les restrictions sur les essais aérodynamiques et les tests sur banc d'essai des unités de puissance.
Il n'y a donc pas de possibilité de rendre une décision sur cette base pour les commissaires. Et s'ils empruntaient tout de même cette voie, la décision serait illégale et attaquable par voie d'appel avec des conséquences potentiellement plus graves sur les résultats de l'épreuve.
Le PDG d'AlphaTauri, Peter Bayer, qui fut récemment secrétaire général et directeur exécutif F1 à la FIA avant de prendre ses responsabilités au sein de l'écurie italienne, a ainsi confirmé que les écuries avaient elles-mêmes bloqué toute modification réglementaire pour tenir compte de telles circonstances dans l'application de pénalités.
"Ayant été de l'autre côté de la barrière, nous avons eu de nombreuses discussions sur l'opportunité d'avoir ce genre de clause de force majeure", a-t-il révélé pour Motorsport.com. "En fait, les équipes de F1, dans leur quête de perfection et leur paranoïa absolue, ont pensé que si quelqu'un pouvait déclencher un cas de force majeure, cette personne aurait beaucoup de pouvoir, car beaucoup de gens pourraient probablement invoquer un cas de force majeure à de nombreuses reprises."
"C'est pourquoi ils ont dit 'n'ouvrons pas la boîte de Pandore'. Cela dit, honnêtement, dans ce cas, si on nous l'avait demandé en tant qu'équipe, nous aurions soutenu Ferrari. Ce n'est vraiment pas de leur faute."
La Commission F1 va se réunir à Abu Dhabi ce week-end, dans le cadre du dernier Grand Prix de la saison. Il pourrait s'agir d'une première occasion de soulever cette question... encore.
Avec Adam Cooper
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