Pourquoi la F1 est épargnée par les scandales de dopage

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Pourquoi la F1 est épargnée par les scandales de dopage
Kate Walker
Par : Kate Walker
Traduit par: Benjamin Vinel
9 janv. 2016 à 13:00

Bien que le dopage soit une affaire sérieuse, il est assez fréquent que les infos qui l'entourent médiatiquement frôlent le ridicule.

Alors que les cyclistes professionnels se font faire des transfusions sanguines dans leur hôtel (enfin, peut-être pas tous...), les pilotes de course amateurs sont sous le coup d'une suspension dès l'utilisation de cette célèbre drogue, la marijuana.

Elle est bien connue comme améliorant les performances des concurrents lors des compétitions d'alimentation sportive (vous savez, manger le plus de nourriture en un temps limité), mais elle est bien moins efficace lorsqu'il s'agit de manœuvrer à haute vitesse une machine à deux ou quatre roues.

La majorité des suspensions de pilotes pour ce type d'infraction se produit lorsque des traces de la drogue en question sont retrouvées à la suite d'un test d'urine, ce qui ne prend pas en compte le fait que les traces de THC (l'ingrédient actif dans le cannabis) peuvent rester dans le corps pendant des semaines. Par conséquent, être contrôlé positif ne garantit aucunement que le pilote en question n'était pas sobre au volant.

Des tests toujours négatifs, mais pourquoi?

En sport automobile professionnel, les scandales de dopage sont particulièrement rares. Voilà longtemps que la FIA s'accorde avec les standards de l'Agence Mondiale Antidopage, et les pilotes de F1 sont régulièrement et aléatoirement contrôlés tout au long de l'année, que ce soit pendant les week-ends de course ou non. Jamais un test ne s'avère positif, pas plus que ne l'est l'humeur des pilotes qui sont réveillés plus tôt que prévu pour fournir leurs échantillons!

"Ces gars-là sont irréprochables," déclarait Gary Hartstein, ancien délégué médical de la FIA, au journal The National en 2013. "Je ne dis pas ça par optimisme ou par naïveté, je le dis parce que j'étais très impliqué dans la campagne anti-dopage de la FIA et je sais ce dont ces gars-là ont besoin pour piloter à leur meilleur niveau. Il n'y a rien sur la liste d'éléments prohibés qui le leur permettrait, point à la ligne. Et ils le savent."

Jean-Charles Piette, délégué médical de la FIA, m'a dit en 2012 qu'à son avis, l'absence de dopage en F1 tient principalement au fait que les pilotes sont parfaitement conscients qu'en piste, le dopage pourrait très mal se terminer. On a déjà vu des athlètes s'effondrer au milieu d'un match par exemple, mais si cela devait arriver à un pilote de course...

"Se doper en sport automobile et se doper en athlétisme ou en football, ce n'est pas pareil," souligne Piette. "Si un joueur de football se dope, il met sa santé en danger, mais pas l'équipe ou les spectateurs. Dans une course, si un pilote se dope, les risques potentiels ne le concernent pas seulement lui, mais aussi ses rivaux en piste, les spectateurs, les commissaires... Ils doivent prendre les autres en considération, en plus d'eux-mêmes."

Dans un sport qui reste dangereux malgré les efforts en cours pour améliorer la sécurité, il y a déjà suffisamment de risques inhérents à cette compétition elle-même sans y ajouter le dopage.

La F1, un sport complexe

Mais il y a aussi le facteur de complexité à prendre en compte. La Formule 1 est un sport qui mesure le succès au millième de seconde, et l'amélioration la plus marginale qui soit peut faire toute la différence dans la lutte pour le titre. Un bon pilote a besoin de réflexes foudroyants, d'être endurant mentalement et physiquement, d'un bon niveau de concentration, d'un corps musclé (surtout la partie supérieure et tout particulièrement le cou), ainsi que d'une énorme dose de talent et de courage.

Pour qu'un pilote soit dopé efficacement, il aurait besoin de perfectionner un cocktail de substances en prenant quelque chose comme de l'Adderall pour améliorer la concentration, des stéroïdes de quelque sorte pour accroître la masse musculaire, des amphétamines ou autres stimulants pour couper l'appétit et pour maintenir un poids aussi léger que possible, de façon à ce que l'équipe puisse placer autant de lest que possible ; la liste est longue.

"Que pourrions-nous imaginer, quel type de substances pourrait améliorer le niveau de performance d'un pilote?", demande Piette. "Je pense que nous avons deux aspects : l'un est dans la compétition, et l'autre est hors de la compétition. Hors de la compétition, par exemple, il pourrait y avoir des substances qui aident à faire croître la masse musculaire. Si on regarde les pilotes de Formule 1 de dos, comme pendant les briefings, ce qui est frappant, c'est qu'ils ont des muscles du cou particulièrement développés. Pour résister aux forces G, pour les supporter."

"Certaines substances pourraient renforcer les aptitudes et les compétences à piloter," poursuit-il. "En théorie, on pourrait imaginer leur potentiel, qu'elles soient bénignes comme la caféine ou la nicotine, ou plus sérieuses comme les amphétamines ou la cocaïne. Dans d'autres sports, certaines personnes sont contrôlées positives, et il n'est pas toujours évident que ce soit pour un usage récréatif."

Récemment, certains pilotes de F1 auraient utilisé de la tacrine, un médicament développé pour traiter la maladie d'Alzheimer, pour apprendre plus facilement les configurations complexes des circuits. Mais la tacrine ne se trouve pas sur la liste des éléments prohibés par l'AMA. Les médicaments représentant des substances approuvées constituent-ils du dopage lorsqu'il y a un lien direct avec le niveau de performance? La question se pose.

Même Stirling Moss!

L'Histoire des sports mécaniques est pleine de pilotes qui ont couru sous l'emprise de la morphine, des amphétamines, pour ne citer que quelques exemples.

"Moi-même, je prenais certaines substances," confesse Sir Stirling Moss, légende du sport automobile des années 1950. "Pas en course, mais sur les rallyes. C'était la norme. Ce n'était pas considéré comme du dopage, à l'époque. Toute cette histoire de dopage a commencé lorsque les sportifs ont commencé à les utiliser pour améliorer leur corps."

"Mais je ne vois rien que l'on puisse prendre qui rende un pilote meilleur. Donc on prenait des amphétamines, du Benzedrine ou du Dexedrine, simplement pour rester éveillé. Je ne sais pas ce qui était dans ce que Fangio m'a donné [pour les Mille Miglia 1955] mais aujourd'hui, ce serait certainement une substance prohibée."

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À propos de cet article

Séries Formule 1
Auteur Kate Walker
Type d'article Analyse