Pourquoi le mécontentement sur les règles F1 2026 alimente le débat sur le V10
Alors que le règlement technique 2026 doit entrer en vigueur dans moins de neuf mois en Formule 1, l'idée d'un retour des V10 continue de faire son chemin dans un paddock où certains n'hésitent plus à remettre en cause la formule choisie pour l'année prochaine.
Les V10 de retour en F1 ?
Début 2025, la FIA a évoqué la possibilité d'un retour des moteurs V10 en Formule 1. Depuis, les discussions sur la question s'accumulent et le projet prend peu à peu forme.
Les mots de Carlos Sainz, l'un des pilote les plus expérimentés du paddock actuel, en conférence de presse ce jeudi à Sakhir étaient forts. Interrogé sur la réunion qui doit se tenir ce week-end entre la FIA et les motoristes pour discuter de l'éventualité d'un retour des moteurs V10 et sur sa propre opinion sur le sujet, l'Espagnol a d'abord pris le temps de formuler sa réponse.
Puis il a lancé : "Je ne serais pas trop favorable au retour d'un moteur V10 si j'aimais ce que je voyais concernant 2026. Mais comme je n'aime pas vraiment ce que je vois concernant 2026, au niveau de ce que la voiture va faire, du moteur, de la façon dont tout va fonctionner, je dirais que oui, j'aimerais le retour le plus tôt possible d'un moteur V10 avec quelques modifications."
Il a ensuite ajouté : "Mais en même temps, il n'est pas juste de ne pas donner une chance à cette réglementation, si tout le monde pense qu'elle est si bonne. Toutefois, tout le monde semble croire que ce n'est plus le cas, c'est pourquoi tout le monde en discute à nouveau. C'est donc quelque chose d'un peu étrange, n'est-ce pas ? Voyons où cela nous mènera. Cela ne dépend pas de moi. C'est de la politique. Les grands patrons décideront."
Les déclarations de Sainz ne manquent pas de traduire une certaine inquiétude. Pourtant, la règlementation moteur 2026 a été ratifiée à l'été 2022 et le règlement châssis a été validé l'an passé. Mais il est clair que derrière le débat sur le retour du V10, arrivé finalement très soudainement en ce début de saison, se nichent des craintes sur ce que sera la formule à compter de l'année prochaine.
Un règlement de compromis
Le concept F1 2026 de la FIA
Photo de: FIA
Le format des unités de puissance 2026 - toujours des V6 turbo hybrides un peu moins complexes mais avec une puissance venant à 50% de la partie électrique et alimentés par un carburant 100% durable - a même en réalité été décidé, dans les grandes lignes, lors de la fin de la présidence de Jean Todt en 2021. L'idée était alors de tenter de retenir Honda et d'attirer le peu de motoristes pas encore en F1 véritablement intéressés, tout en ne s'aliénant pas ceux qui y étaient déjà.
Au vu de la façon dont l'industrie automobile de l'époque évoluait, se tourner vers une part plus importante d'électrification faisait sens pour que la F1 reste pertinente. C'est d'ailleurs ce même raisonnement qui a contribué à la disparition du MGU-H pour 2026, très cher à développer et finalement peu démocratisé dans le monde des voitures routières.
La problématique s'est toutefois complexifiée quand il a fallu à la fois conjuguer les caractéristiques de ces futurs moteurs et le châssis où tout restait à faire, avec en sus la volonté de rendre les F1 plus petites et plus légères.
Le résultat est une règlementation de compromis, finalement validée assez tardivement dans son ensemble, où le châssis est employé pour tenter d'outrepasser les limitations techniques des moteurs, à l'image de la mise en place d'une aérodynamique active qui doit décharger la voiture du maximum d'appui en ligne droite. Le compromis, c'est l'art d'essayer de contenter le plus de gens possibles, mais c'est aussi le risque de n'en contenter finalement aucun.
En 2025, l'industrie automobile semble moins encline à s'orienter vers le tout électrique et les doutes sur la règlementation technique s'inscrivent aussi dans ce contexte. Face à la perspective du retour du V10, accompagné d'un carburant 100% synthétique, mise sur la table par Mohammed Ben Sulayem, quelques jours après les huées reçues par la FIA lors du F1 75 Live, les discours sont restés relativement neutres jusqu'ici chez la plupart des écuries ou des motoristes. Ce qui, en soi, en dit assez long sur le fait que le règlement 2026 ne suscite pas une passion débordante, même si d'aucuns ont peut-être des arrière-pensées sur le sujet.
Quand bien même la proposition d'un retour au V10 gagne en popularité et ne disparaît pas, ce qui est là aussi un signe qu'il existe un terreau fertile à cette situation, il reste encore beaucoup de discussions à avoir et d'échéances à fixer pour envisager actuellement autre chose que ce qui est prévu pour 2026. Audi a aussi rappelé que son engagement en F1 est intrinsèquement lié au règlement qui doit entrer en vigueur l'année prochaine et Honda a insisté sur l'importance de l'électrique, sans se fermer à la discussion.
Le V10, "bien meilleure solution" ou excès de "nostalgie" ?
Charles Leclerc, Ferrari
Photo de: Mark Thompson - Getty Images
Les pilotes se montrent évidemment bien plus libres sur le sujet et avec Sainz, c'est aussi Charles Leclerc qui a livré sans détours son opinion : "Je peux assurément vous dire ce que je pense. Je pense que les V10 seraient géniaux. Ce que j'ai vu pour l'année prochaine n'est pas particulièrement excitant pour moi. Je dirais que la plupart d'entre nous partagent la même opinion. Peut-être que certains seront plus virulents que d'autres pour des raisons différentes. Mais je pense que nous sommes tous d'accord pour dire que le V10 sera une bien meilleure solution."
Le Monégasque a d'ailleurs été jusqu'à évoquer des doutes en matière de sécurité, sacro-saint pilier des règlementations modernes de la F1 : "Nous ferons ce qu'on nous dit de faire, c'est tout. Je ne pense pas que nous ayons beaucoup à dire en tant que pilotes dans ce genre de discussion. Il est clair que pour l'instant, ce que nous voyons n'est pas terrible. Ce n'est pas seulement pour la course, c'est pour tout. Même en termes de sécurité, dans certains cas, c'est assez délicat."
"Ce sont donc des choses que la FIA examinera, mais je ne sais pas si nous disposons de suffisamment de temps pour nous attaquer à ces problèmes. Je pense que ces choix ont été faits et que nous devons composer avec eux de la meilleure façon possible. Notre objectif sera d'être aussi compétitif que possible. Mais du point de vue du pilote, ce n'est pas très excitant."
Toutefois, il semble peu probable, à l'heure actuelle, que la F1 se dirige vers autre chose que la mise en place de la réglementation technique prévue en 2026, faute d'alternative crédible. La discussion s'oriente déjà, pour beaucoup, sur la façon de raccourcir le plus possible ce cycle, même si certains dans le paddock - dont Oscar Piastri ce jeudi en conférence de presse - ne manquent pas d'étonner que les débats sur la future réglementation moteur prennent autant de place alors même que la prochaine règlementation n'est pas encore entrée en vigueur.
"Je pense qu'il est assez bien documenté qu'il y a eu quelques défis à relever", a déclaré l'Australien. "Mais c'est ce qui nous attend pour l'année prochaine et pour les années à venir, et je pense que nous devons essayer de faire le meilleur travail possible pour rendre le sport passionnant, rendre les voitures aussi agréables à piloter que possible, et faire en sorte que les courses soient bonnes."
"Oui, il y a évidemment beaucoup de nostalgie et de romantisme autour des moteurs V10. Je n'étais pas encore assez âgé pour les entendre lorsqu'ils étaient en course, donc je n'ai peut-être pas la même nostalgie. Mais ce serait toujours une bonne chose à avoir, bien sûr."
"Au moment d'aborder un nouveau règlement, on parle déjà d'une autre éventualité potentielle. Il faut juste être un peu prudent et ne pas dévaloriser ce que nous aurons dans les années à venir. Je piloterai tout ce qu'on me donnera. Je suis un pilote de Formule 1 et je serai toujours heureux de piloter dans le pinacle du sport auto. Mais attendons de voir."
Enfin, pour Esteban Ocon, la question du bruit, souvent cité comme l'un des grands problèmes de la génération actuelle de moteurs, ne repose pas forcément sur la question de disposer d'un V10 ou non : "Personne n'a pensé à un moteur à aspiration naturelle avec un système hybride, comme c'est le cas pour certaines voitures de route, par exemple la Valkyrie ou la LaFerrari à l'époque. Il s'agissait plutôt d'un système KERS [système de récupération d'énergie cinétique, au freinage, ndlr]. Mais nous pourrions utiliser un moteur à aspiration naturelle - V6, V8, peu importe - même un cinq cylindres sonnerait bien, même un trois cylindres sonnerait bien. Mais le problème, c'est le turbo. C'est ce qui enlève le son de la voiture."
D'ici là, beaucoup d'eau aura coulé sous les ponts et la dynamique du V10 aura peut-être été brisée par, au hasard, un changement de leadership à la FIA ou bien une saison 2026 passionnante.
Avec Stuart Codling
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