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Analyse

Pourquoi Red Bull semblait plus compétitif en Australie qu'en Asie

Le Grand Prix d'Australie avait laissé entrevoir quelques motifs d'optimisme pour la saison 2026 de Red Bull, mais les courses en Chine et au Japon ont rapidement ramené l'équipe à une réalité bien plus complexe.

Isack Hadjar, Red Bull Racing

Photo de: Andy Hone/ LAT Images via Getty Images

Dans le paddock, beaucoup s'attendaient à un début de saison compliqué pour Red Bull sous le nouveau règlement technique, mais pour une raison différente de celle qui se dessine aujourd'hui.

Avant les essais hivernaux, les principales interrogations concernaient le tout nouveau moteur de l'équipe conçu en interne. Le patron de Mercedes, Toto Wolff, estimait même que Red Bull avait "l'Everest à gravir" avec ce nouveau programme.

Le dirigeant autrichien a toutefois complètement changé de discours à Bahreïn, affirmant que Red Bull serait "la référence absolue" en matière de puissance moteur. Si Max Verstappen a immédiatement relativisé ces propos relevant avant tout de la communication politique, elle contenait malgré tout une part de vérité.

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Bien que ce soit finalement l'unité de puissance allemande la vraie référence de ce début de saison, le moteur Red Bull-Ford n'est en réalité pas si mal. Verstappen l'a lui-même reconnu après le Grand Prix du Japon.

Interrogé par Motorsport.com sur ce qu'il avait pu apprendre du déploiement d'énergie du bloc Mercedes en suivant l'Alpine de Pierre Gasly, le Néerlandais a insisté sur un autre facteur.

"Je pense que notre déploiement était bon. Ce n'est pas non plus notre plus gros problème, pour être honnête", expliquait le quadruple champion du monde. "Du côté du moteur, oui, la corrélation et certains aspects de calibration peuvent être améliorés, mais en termes de puissance pure, ce n'est certainement pas notre pire domaine."

Max Verstappen derrière Pierre Gasly au Japon.

Max Verstappen derrière Pierre Gasly au Japon.

Photo de: Lars Baron / LAT Images via Getty Images

"Nous ne sommes pas au niveau de Mercedes [en ce qui concerne le châssis] , ils sont très forts, mais nous avons surtout beaucoup de travail à faire sur la voiture."

Ce dernier point a été confirmé par les problèmes d'équilibre rencontrés par Red Bull en Chine et au Japon. Max Verstappen a indiqué que la voiture, contrairement aux saisons précédentes où l'équipe parvenait souvent à corriger le tir avant les qualifications, ne répondait pas aux changements de réglages.

Son coéquipier Isack Hadjar est allé encore plus loin, affirmant que la monoplace était si "inconduisible" à Suzuka qu'elle en devenait parfois dangereuse.

Deux facteurs qui expliquent un meilleur visage en Australie

Cela vient confirmer ce qu'a reconnu sans détour le directeur d'équipe Laurent Mekies au terme du Grand Prix du Japon : Red Bull a beaucoup de travail devant elle. Reste toutefois une question : pourquoi la situation semblait-elle plus favorable à Melbourne ?

Après tout, Hadjar y avait signé une impressionnante troisième place en qualifications, tandis que Verstappen, malgré son accident en Q3, était remonté jusqu'à la sixième position en course.

Isack Hadjar avait signé une impressionnante troisième position en qualifications à Melbourne pour sa première avec Red Bull.

Isack Hadjar avait signé une impressionnante troisième position en qualifications à Melbourne pour sa première avec Red Bull.

Photo de: Joe Portlock / Getty Images

Un rythme qui semblait bien meilleur qu'en Chine et au Japon, où le Néerlandais s'est longuement retrouvé coincé derrière une Haas puis une Alpine, même si Laurent Mekies souhaite nuancer cette impression.

"En sortant de Melbourne, nous pensions être à une seconde de Mercedes et à une demi-seconde de Ferrari", déclarait le patron Français. "La plus grande différence avec Melbourne, je pense, c'est que McLaren semblait encore à portée de main. Et en réalité, Max est remonté de la 20e place jusqu'à tomber sur la première McLaren."

"Ensuite, on a vu cet écart se creuser nettement en Chine, et vous nous avez vus commencer à nous interroger sur l'équilibre et les caractéristiques de la voiture. Puis au Japon, ça n'avait déjà pas l'air bon du tout le vendredi et le samedi."

"Il n'y a évidemment rien de satisfaisant en course, mais en termes d'écart global avec la concurrence, on reste assez proches du tableau de Melbourne : environ une seconde de Mercedes et une demi-seconde de la meilleure Ferrari. Mais désormais, McLaren est à ce niveau-là aussi. Donc nous sommes une force lointaine. C'est la réalité."

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Si Red Bull estime encore que l'écart avec Mercedes reste globalement similaire à celui observé à Melbourne, les chiffres montrent une dégradation en qualifications. Hadjar était à 0,785 seconde de la pole en Australie, l'écart est passé à 0,938 en Chine, puis à 1,2 seconde au Japon.

Cette évolution s'explique principalement par le fait que Red Bull disposait encore d'un équilibre correct à Albert Park, alors qu'en Asie, l'équipe n'a jamais réussi à placer la RB22 dans une fenêtre de fonctionnement optimale. Un point préoccupant, car pilotes comme direction reconnaissent que cela ne s'explique pas uniquement par les réglages.

"Nous pensons clairement qu'en Chine, nous avons fait un pas en arrière, et nous le mesurons non seulement par rapport aux meilleurs, mais aussi face au peloton du milieu qui s'est rapproché de nous", admettait Laurent Mekies.

"Je ne pense pas que ce soit uniquement lié au nombre de virages. Il y a plutôt une couche supplémentaire : dans certaines plages de vitesses et de conditions en courbe, nous perdons des performances par rapport à ce que notre package devrait offrir. C'est ce sur quoi nous devons travailler."

"C'était un peu mieux au Japon qu'en Chine, surtout en course. Nous ne l'avons pas vu, car nous étions encore très loin du compte, et au final, être une force lointaine n'intéresse personne."

Isack Hadjar (Red Bull)

Isack Hadjar (Red Bull)

Photo de: Lars Baron / LAT Images via Getty Images

L'explication du meilleur visage montré par Red Bull à Melbourne par rapport à la Chine et au Japon est double. Tout d'abord, lors des deux derniers week-ends, l'écurie a rencontré beaucoup plus de difficultés à placer la voiture dans une fenêtre de fonctionnement acceptable, un point essentiel pour comprendre la hiérarchie actuelle et les enjeux des prochaines courses.

Ensuite, comme l'a souligné Laurent Mekies, McLaren n'était pas encore à son plein potentiel en Australie, ce qui a pu donner une image légèrement trompeuse de la compétitivité de Red Bull.

Dans l'hémisphère sud, l'attention restait encore largement centrée sur la compréhension du groupe propulseur, un domaine dans lequel Red Bull était déjà relativement solide dès Bahreïn. Depuis, les autres équipes - notamment McLaren et Mercedes - ont nettement progressé, mettant davantage en lumière les faiblesses de Red Bull sur le plan du châssis.

À la recherche des causes profondes

La seule note positive pour Red Bull est que l'équipe dispose désormais de quelques semaines pour corriger ses faiblesses. Mais la première étape, essentielle, consiste encore à comprendre précisément les problèmes, ce qui n'était pas le cas au Japon.

Max Verstappen a d'ailleurs indiqué à la presse néerlandaise que le package de mises à jour apporté semblait avoir eu peu d'effet, soulignant qu'introduire de nouvelles pièces n'a que peu de sens tant que les causes profondes ne sont pas pleinement identifiées. Laurent Mekies s'est néanmoins montré confiant quant à la capacité de Red Bull à progresser rapidement sur ce point.

"Nous avons besoin de temps pour analyser en profondeur nos données", expliquait le Français.  "Nous avons besoin de temps pour retranscrire ce que nous observons dans les données dans la soufflerie et dans le simulateur. Tester différentes sensibilités, tout cela peut se faire sans course."

"Est-ce que cela signifie qu'en arrivant à Miami, tout sera réglé comme par miracle ? Non. Mais suis-je convaincu que les équipes vont parvenir à cerner le problème et commencer à apporter des améliorations dès Miami ? Je pense que c'est ce que vous verrez."

Max Verstappen, Red Bull Racing

Max Verstappen, Red Bull Racing

Photo by: Alastair Staley / LAT Images via Getty Images

Red Bull a deux priorités dans ce travail : retrouver de la performance pure, mais aussi améliorer significativement l'équilibre de la monoplace, afin de redonner aux pilotes une voiture exploitable et capable d'attaquer. Un élément qui a particulièrement fait défaut dans les Esses de Suzuka.

"Il y a une part du problème qui tient au fait que nous ne parvenons pas à exploiter pleinement le package et à donner à Max et Isack une voiture avec laquelle ils peuvent attaquer", ajoutait Mekies.

"Et je ne dis pas qu'il s'agit de réglages. Je dis simplement qu'il y a quelque chose que nous cherchons encore à comprendre sur cette voiture, ce qui s'ajoute à notre manque de performance intrinsèque."

"Résoudre ce type de problèmes complexes et comprendre des limitations de cette nature, c'est notre cœur de métier. Donc même si c'est frustrant d'être aujourd'hui derrière les équipes de tête, c'est précisément pour cela que notre organisation existe : aller au fond de ces limitations, les comprendre, puis apporter des évolutions pour les atténuer et progresser."

"C'est difficile en ce moment, mais j'ai une totale confiance dans le fait que c'est exactement ce que notre équipe sait très bien faire."

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