Quel projet pour le retour d'un Grand Prix F1 à Magny-Cours ?

Le circuit de Nevers Magny-Cours veut renouer avec son Grand Prix. Alors que la Formule 1 ne s'y est plus rendue depuis 2008, Motorsport.com s'est entretenu avec Denis Thuriot, maire de Nevers, qui œuvre sur ce projet aux perspectives multiples.

Quel projet pour le retour d'un Grand Prix F1 à Magny-Cours ?
Charger le lecteur audio

Mon idée pour le Grand Prix de France, c'est d'essayer d'être en complémentarité entre circuits plutôt qu'en concurrence

 Denis Thuriot, maire de Nevers

Quelles précisions pouvez-vous donner sur le projet de retour de la Formule 1 à Magny-Cours et sur ce qu'il en est réellement ?

Je suis maire de Nevers depuis 2014 et nous avons racheté à peu près 15% des actions de la société d'exploitation du circuit, donc je suis associé à la gouvernance. J'essaie effectivement de faire revenir un Grand Prix de Formule 1 à Nevers, car nous sommes un circuit de Formule 1, nous avons à nouveau l'homologation pour cinq ans. J'essaie de récupérer la F1, et on s'est d'ailleurs positionnés l'an passé à la suite de l'annulation du Grand Prix de Turquie. Là, je me dis que l'on a peut-être une carte à jouer, y compris avec l'annulation du Grand Prix de Russie pour, pourquoi pas, regénérer un Grand Prix d'Europe. J'ai eu l'occasion de rencontrer plusieurs fois le président de la FFSA, Nicolas Deschaux. Mon idée pour le Grand Prix de France, c'est d'essayer d'être en complémentarité entre circuits plutôt qu'en concurrence.

Aujourd'hui, un Grand Prix de Formule 1, ça coûte aux collectivités. Ça a toujours coûté, simplement on n'a plus les mêmes latitudes pour combler les trous et on ne remplit plus comme avant. On a 150 000 places ici, on ne les remplira pas. L'idée que j'ai proposée à Christian Estrosi et Renaud Muselier, c'est de le faire un an sur deux après leur période de cinq ans.

Est-ce que cela veut dire qu'aujourd'hui il y a des discussions ouvertes avec le GIP du Grand Prix de France au Paul Ricard ?

Oui, je les avais déjà un peu engagées et je vais les reprendre. Compte tenu de la période que l'on a connue, il y a eu d'autres priorités. Et je ne vous cache pas qu'il y a des conditions pour que ça puisse se faire. C'est quand même un Grand Prix de l'État, national, que la région Sud assume seule, et ici nous n'avons pas les mêmes latitudes et j'ai besoin du soutien de l'État. J'avais commencé à en parler au président de la République. Le préalable est d'avoir le soutien de l'État et, si possible, de la région ici car au niveau des collectivités locales, on ne pourra pas tout financer seuls.

Avez-vous également eu des contacts avec les dirigeants de la Formule 1 ?

Oui bien sûr, notamment le directeur du circuit, Serge Saulnier. J'ai aussi reçu les ministres de l'Union européenne en matière de télécom et j'ai proposé qu'une partie de la réception, qui était sur deux jours, se fasse sur le circuit pour qu'ils découvrent les lieux et puissent s'y intéresser. Imaginons que l'on commence par un Grand Prix d'Europe, il est toujours intéressant que l'ensemble des pays européens connaissent le circuit. Pour moi il y a un aspect politique, un aspect financier et un aspect organisationnel. Très franchement, si demain on nous dit qu'il y a un Grand Prix qui arrive dans quinze jours, on est prêts.

Nevers-Magny-Cours n'a plus accueilli la Formule 1 depuis 2008.

Nevers-Magny-Cours n'a plus accueilli la Formule 1 depuis 2008.

Vous évoquez l'appellation de Grand Prix d'Europe, est-ce que cela pourrait se faire avec une participation européenne au montage financier ? On comprend donc qu'il y a deux options pour faire revenir la Formule 1...

Pourquoi pas ? Je dois revoir très bientôt le directeur du circuit, on va essayer de se positionner. Il faut savoir aussi que lorsqu'un Grand Prix est annulé et que la FIA souhaite le remplacer, il y a souvent des conditions intéressantes car c'est un peu "à l'arrache", et ça peut permettre de baisser le prix du plateau. Si l'on peut s'insérer dans la saison, on saisira l'opportunité, c'est clair. On va d'ailleurs voir si l'on peut candidater à la place du Grand Prix de Russie. Et je vais reprendre langue avec Christian Estrosi et Renaud Muselier pour voir s'il y aurait un accord à trouver. Je sais qu'ils perdent de l'argent à chaque Grand Prix donc ça peut peut-être les arranger d'étaler sur deux ans. Et nous aussi, car si c'était chaque année, ce serait difficile de dire non mais ce serait très lourd. Un an sur deux, ce serait très bien.

À quel stade est réellement le projet aujourd'hui et à quel horizon peut-on imaginer voir la Formule 1 arriver à Magny-Cours ?

C'est un projet sur lequel j'échange depuis plusieurs années. Les conditions actuelles rendent difficile le fait de mettre ça en priorité sur la table du président de la République, mais sur une opportunité qui se présenterait, ça peut aller très vite. On a des infrastructures pour, on a fait des efforts financiers pour que le circuit reste au niveau de la F1. C'est un circuit qui est plutôt apprécié des pilotes que j'ai eu l'occasion de rencontrer. Sur le Grand Prix de France, je crois qu'on arrive au terme des cinq ans cette année, donc il faut que ça aille vite pour discuter et voir si l'on pourrait éventuellement faire une candidature commune. Je vous dis, je veux vraiment déjà voir si je peux m'entendre avec les élus de la région Sud, plutôt que de lancer les choses à l'avance puis qu'elles soient discutées. Il faut voir si, diplomatiquement, on peut se mettre d'accord sur une candidature qui soit l'alternance pour chacun.

Le circuit Paul-Ricard a accueilli les trois derniers GP de France en date.

Le circuit Paul-Ricard a accueilli les trois derniers GP de France en date.

Quels sont selon vous les atouts et les avantages que peut présenter le circuit de Nevers Magny-Cours par rapport au Paul Ricard ? Que peut-il offrir de plus ?

Mon ambition n'est pas d'être en concurrence, mais par rapport au Castellet on est vraiment en cœur de France. Le circuit est facilement accessible avec l'autoroute désormais, alors que ça nous pénalisait avant. Les gens peuvent plus facilement venir de partout. On monte aussi en hôtellerie alors que c'était un point faible. Et le circuit est intéressant pour les pilotes car il reprend un certain nombre de courbes d'autres circuits mondiaux. C'est un circuit très différent du Castellet, historique en France et il y a aussi l'histoire autour de ça, le conservatoire de la monoplace française, avec Ligier. On a des arguments, qui sont différents du Castellet, mais plutôt que se tirer la bourre à chaque fois que l'on renouvelle la candidature, on pourrait proposer cette alternance.

Qu'en est-il des retombées qu'apporterait le retour d'un Grand Prix à Magny-Cours ?

Il est certain qu'il y aurait des retombées économiques, avec Nevers qui se transforme en ville de 150 000 habitants pendant trois jours. Le tourisme est évidemment gagnant sur un périmètre assez large, ça remplit les hôtels et les campings. C'est sûr qu'il y a un retour sur l'économie, mais par contre il y a un coût pour les collectivités qui engendre un complément de fonds publics. C'est pour cela que je défends cette idée d'alternance, afin de supporter de façon un peu moins pénalisante un déficit éventuel. On a un équipement, et moi je n'aime pas les choses qui ne servent à rien. On a un bel outil, qui est peut-être moins connu aujourd'hui qu'avant mais qui a beaucoup progressé, et c'est aussi pour que ça serve. On est au milieu des vaches charolaises, c'est ce qui ne plaisait pas à Bernie Ecclestone, dont acte. Mais aujourd'hui on s'intéresse plus à la nature, on a un circuit en pleine nature, comme on a le Castellet en pleine montagne, et ça n'empêche pas de découvrir une région très belle et très touristique. On peut lier les amoureux du sport auto aux amoureux de la nature, ce n'est absolument pas contradictoire.

Lire aussi :

partages
commentaires

Binotto persiste et signe : Ferrari n'est qu'un outsider en 2022

Red Bull, Ferrari, Mercedes : les stats des essais hivernaux 2022