Prost et Suzuka 1989 : "J'ai été surpris par la vitesse de Senna"

Prost/Senna : tout a été dit, écrit et réécrit sur ce qui marque encore à ce jour la plus fascinante des rivalités observées en Formule 1. Et pourtant...

Prost et Suzuka 1989 : "J'ai été surpris par la vitesse de Senna"
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Qui de mieux placé qu'Alain Prost lui-même pour revenir une nouvelle fois sur sa manière de voir les choses, plusieurs décennies plus tard ? C'est ce qu'a fait le magazine mensuel Grand Prix Racing lors d'un tête-à-tête avec le Professeur.

Et pas besoin d'y aller par quatre chemins lorsque l'on parle de ce thème : le quadruple Champion du monde sait très bien sur quel terrain il se lance. Alors, entre Ayrton Senna et lui, à la chicane de Suzuka en 1989, qui était le fautif ?

"Il n'y a pas de faute", commence Prost, se gardant de dénoncer la manœuvre de Senna ou de questionner sa réaction à celle-ci. "Je connais beaucoup de gens qui, peut-être, ne comprennent pas. Cela dépend de s'ils sont fans d'Ayrton ou de moi. Mais pendant cette course, j'étais sous contrôle. J'étais vraiment, vraiment sous contrôle. Avant la course, j'ai dit à Ron [Dennis, le patron de l'équipe McLaren à l'époque] et à Ayrton que si je me retrouvais dans une telle situation, je n'allais pas ouvrir la porte parce que je l'avais déjà fait tant de fois en 1988 et 1989."

Analytique et laissant les émotions de côté sur le sujet, Prost développe et relate son point de vue comme si ce fameux week-end japonais avait eu lieu la semaine précédent cet entretien.

"Si vous vous souvenez, j'ai travaillé très dur sur les réglages de la course mais Ayrton a été beaucoup plus rapide en qualifications, ce qui n'a [pourtant] pas posé de problème", reprend-il. "J'étais beaucoup, beaucoup plus rapide au warm-up et j'avais vraiment la course sous contrôle. Et quand il est passé dans la chicane... [Prost met ses deux mains devant lui et imite la manœuvre de Senna], il est vraiment arrivé très vite."

"À ce moment-là, si j'avais ouvert la porte [pour laisser passer Senna], je n'aurais pas franchi la chicane moi-même. Et ce n'était pas une possibilité pour moi si je voulais être Champion du monde. Il n'y a donc pas de faute. Il a essayé et je n'ai pas assez mis la voiture devant lui. En fait, j'ai été surpris par la vitesse à laquelle il est arrivé, alors évidemment nous nous sommes touchés."

Ce que regrette le plus Prost dans la narration qui est restée de cet incident, c'est que l'imaginaire collectif retient, selon lui, cet épisode de Suzuka comme l'unique moment clé ayant compromis les chances de titre mondial de son rival brésilien. Pour le Français, il s'agit en fait d'une vision incomplète de la situation.

"Ce n'était pas un gros impact", poursuit-il, "mais je pense qu'il est très important de dire ceci : les gens disent toujours que Senna n'est pas devenu Champion du monde à cause de ce moment, mais si vous regardez les résultats, il devait aussi gagner le Grand Prix d'Australie pour être champion. Donc, même avec cette victoire, cela n'aurait pas fait de différence au championnat…"

Les querelles entre pilotes McLaren à cette époque dépassaient largement leur propre confrontation sportive. Des relations personnelles positives avec de nombreux membres de l'équipe étaient devenues impossibles en interne, à de nombreux niveaux. Il s'agit d'ailleurs, dans le cas de Prost, de l'un de ses plus grands regrets.

"Je pense que si je regrette quelque chose, c'est que fin 1989, j'ai eu de mauvaises relations avec Ron [Dennis]", confesse-t-il. "Sachant que c'est quelqu'un pour qui j'avais vraiment – et j'ai encore aujourd'hui – beaucoup de respect. Ron a même été un exemple pour moi lorsque j'ai dirigé ma propre équipe de Formule 1 [Prost Grand Prix]."

"C'est ce que je regrette le plus de mon passage chez McLaren, pour être honnête. Cinq ou six ans plus tard, je suis revenu chez McLaren pour travailler avec lui. Mais je regrette d'avoir terminé avec de mauvaises relations en 1989."

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